par Francis ROY, diacre,
Jésus est un maître en matière de communication, il pose sa question en deux temps. D’abord, il prépare ses disciples, en parlant de lui-même à la troisième personne, et en transposant la question de manière plus globale : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? ». Ainsi, les disciples n’ont pas à s’impliquer, il leur suffit de rapporter ce qu’ils ont entendu. La réponse attendue ici est objective.
Arrêtons-nous un instant tout de même sur les réponses à cette première question. C’est curieux, les gens ne disent pas de Jésus ce qu’il est, lui : par exemple, le fils de Joseph, ou un prédicateur, ou un homme extraordinaire… Non, tous font référence à un homme du passé : Celui qui vient en premier, c’est bien-sûr le plus récent, celui qui est encore dans les mémoires, qui est mort depuis peu : Jean-Baptiste. La seconde réponse, c’est Elie. Pour les juifs de l’époque, Elie, c’est l’archétype du prophète, c’est la référence.
Ils vont pourtant citer un autre prophète : Jérémie. Pourquoi Jérémie, et pas Ezéchiel, Osée, Amos, Elisée, Daniel ou Isaïe ? Il se trouve que Jérémie est le seul personnage important de l’Ancien Testament qui soit célibataire. Le célibat était un état très rare, exceptionnel, dans la culture proche-orientale. Or Jésus lui-même devait sans doute interroger par son choix du célibat, qui faisait de lui un homme très à part, comme c’était le cas pour le prophète Jérémie. C’est donc à un Jérémie ressuscité que les juifs vont penser pour dire qui est Jésus.
« Et vous que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? ». Jésus pose cette deuxième question à ses amis, à ceux qui le suivent et qui deviennent ses disciples. N’est-elle pas toujours d’actualité ? Ce Jésus de Nazareth dont les évangélistes nous rapportent les paroles, les gestes, l’enseignement, n’est-il pas le même qui nous réunit aujourd’hui ? N’est-il pas celui qui appelle et unit tous les chrétiens, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui ? Ne portons-nous pas son nom ? A chacun cette même question « qui suis-je pour toi ? » Aujourd’hui, elle garde encore toute sa pertinence ! Oui, pour moi qui es-tu Jésus ? Que puis-je dire de toi ? Et Vous, et toi, et toi que pourrais-tu dire ?
Sans doute pourrais-je dire tu es le fils de Marie, ou le fils du charpentier de Nazareth, un homme parmi les hommes. Et puis continuer en me souvenant de ce que j’ai appris au catéchisme ou bien, comme les juifs de ton temps, rapporter ce qui m’a été donné par ceux qui m’ont parlé de Toi avec conviction. Tout est vrai, tout est juste, mais ça ne serait que rapporter la parole de l’autre sans l’avoir digérée, sans l’avoir fait mienne.
Je pourrais peut-être continuer en me souvenant de ce que disent les évangiles de toi : le fils de l’Homme, le verbe fait chair, la Parole de Dieu, le Fils bien-aimé, le Sauveur et compléter par ce que tu dis toi-même de toi « je suis le chemin la vérité et la vie » « celui par qui passer pour aller au Père ». A Marthe tu diras « je suis la résurrection et la vie » et à la Samaritaine « Le Messie, je le suis moi qui te parle ». Enfin, comme nous allons le faire je peux reprendre les paroles du « je crois en Dieu » qui disent ta vie, ta mort et ta résurrection. Mais toutes ces affirmations aux quelles j’adhère et qui fondent ma foi, comment résonnent-elles en moi ? que disent-elles de ma relation à toi ? Parce que la question que tu me poses, elle est de cette dimension de notre relation… Vous que diriez-vous de Lui ? Et vous, qui allez vous approcher de la table, de cet autel où il se donne, que lui répondez-vous ?
Un de ses amis, le « chef » des apôtres, Simon Pierre, a cette fulgurance : « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant ! » une affirmation que je fais mienne ! Mais que lui répond Jésus ? « Cette réponse n’est pas de toi ! Elle n’est pas née de ta réflexion, elle ne vient pas de ton intelligence, elle ne vient pas de ton expérience. Ta réponse vient de bien plus profond, de bien plus grand que toi. Cette réponse elle t’a été donnée par l’Esprit qui t’habite. L’Esprit Saint que tu as laissé te guider, t’animer qui parle pour toi et par toi. Mais souviens-toi que c’est Dieu ton Père qui t’a donné cet Esprit de vérité ! »
Prolongeant les certitudes et les vérités qui nous sont données, en toute humilité, en toute simplicité, avec mes lacunes, mes hésitations, mes doutes je peux parler de lui et retrouver ce qui m’unit à lui. Alors, avec Pierre et tous ceux qui nous ont précédés, nous pourrions aussi lui dire : tu es celui que je prie quand je suis triste ou heureux, celui vers qui je me tourne pour hurler ma révolte devant la souffrance et l’injustice quand le monde ne m’entend plus… car tu es mon Seigneur et mon Dieu, un ami fidèle qui m’écoute et me console. Mon guide, mon frère aîné au cœur toujours grand ouvert prêt à pardonner et me libérer en me faisant confiance. N’es-tu pas celui qui à chaque eucharistie nous rejoint pour nous donner ton corps, nous partager ton sang, ta vie et s’offrir à tous ceux qui avancent vers cette communion qui dit notre fraternité, notre famille et ton amour.
Je vous invite frères et sœurs, comme Pierre, à laisser L’Esprit que nous avons reçu sans distinction, qui vit en nous, réveiller l’enfant de Dieu qui sommeille. Laissons l’Esprit Saint nous travailler par la douceur de sa bonté, nous inspirer pour donner à Jésus cette réponse personnelle. Une réponse emplie de foi et de ce qui m’a été donné de ce que j’ai expérimenté dans ma relation au Christ, à son amour, à ses souffrances, de ce que j’ai compris dans mes relations avec les autres en particuliers face à ceux qui souffrent, qui sont rejetés, exploités et qui continuent de croire à la Vie et à l’amour.
Il est temps de laisser la Parole, l’Esprit et le temps, travailler la glaise dont je suis fait pour devenir une pierre vivante qui construit un peu plus l’Église du Christ. Une pierre solide par ce qu’elle aura été façonnée par l’Esprit, passée au crible de l’amour, parce qu’elle s’unit à tous celles qui partagent le même chemin d’éternité parce que nous n’avons qu’une seule fondation, Jésus, le Christ, le chemin qui mène au Père.