homélie du 27 mai 2018 (Fête de la Sainte Trinité)

par Francis ROY, diacre

 

Nous fêtons donc aujourd’hui la Sainte Trinité, c’est-à-dire ce Dieu que nous proclamons en trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Pour ceux parmi nous qui sont croyants depuis toujours, c’est une évidence. Ça l’est moins pour les personnes plus récemment converties, ou pour les plus jeunes. Et pour ceux qui ne partagent pas notre foi, le concept de trinité est même carrément incompréhensible, pour ne pas dire plus. Les musulmans nous interpellent fortement sur la Trinité : ils y voient une preuve de notre hérésie vis-à-vis du monothéisme.

En effet, comment comprendre cela ? Nous proclamons un Dieu unique, et en même temps nous disons qu’il est en trois personnes, et que chacune de ces trois personnes est Dieu. Cela ferait donc trois dieux ! Le Mystère de la Trinité mérite bien son nom !

Cette personne unique en trois personnes distinctes, qu’elle ne nous étonne pas trop ! Parce que, finalement, nous connaissons beaucoup de personnes qui rentrent dans ce schéma ! Et je prendrai comme exemple ce que me racontais un frère diacre enseignant avec qui je discutais de ce mystère : « Un de mes élèves m’aperçoit dans la rue. Il dit à sa maman : « Tiens ! Voilà mon prof de techno ! » Et de fait, il a raison, pour lui je ne suis que son professeur de technologie. Un peu plus loin, je croise deux d’entre vous, qui se disent l’un à l’autre, « voici un diacre de notre paroisse ». Et ils ont raison. C’est ainsi qu’ils me connaissent. C’est même peut-être tout ce qu’ils savent de moi. J’arrive chez moi, une de mes filles m’accueille : « bonjour papa ! » Pour elle en effet, je ne suis pas autre chose que son père. Ne suis-je pas, pourtant, qu’une seule et même personne ? » Les personnages de cette histoire ont bien tous rencontré une seule personne : l’un a rencontré son prof, l’autre un diacre, et la troisième, son père. Trois personnes différentes, mais c’est bien la même personne. Rien de plus banal. Vous pouvez certainement aussi vous appliquer cette parabole à vous-mêmes, ou à des personnes que vous connaissez.

Cette analogie un peu forcée a bien évidemment ses limites. Mais si elle nous aide à faciliter notre approche de la Trinité, alors tant mieux.

Pour faire comprendre ce mystère, de nombreux pasteurs se sont essayés à comparer la Trinité avec des réalités concrètes. St Patrick, le plus connu, a évangélisé l’Irlande en proposant le trèfle pour modèle de la Trinité : une seule plante, trois feuilles. Un prédicateur, lors d’un pèlerinage avec ses paroissiens, leur propose de contempler la petite rivière qu’ils longent depuis un certain temps. « Ce ruisseau, dit-il, cette eau qui traverse notre paysage, qui irrigue et qui donne la vie, dans la Trinité, c’est l’image du Fils. C’est Jésus qui est venu parmi nous, traverser nos existences, et nous donner la vie, en étanchant notre soif. » Et la marche reprend, en silence, chacun méditant sur cette belle image. Un peu plus loin, le petit groupe arrive à la source. « Nous y voilà, reprend le prêtre : la source, c’est l’image de Dieu le Père. C’est lui qui est la source, l’origine de tout ce qui vit. Comme de cette source vient ce ruisseau, du Père vient Jésus, le Fils qu’il nous a donné. » L’un des paroissiens intervient alors : « nous avons bien compris l’image du Fils, et celle du Père. Mais l’Esprit Saint, où est-il ? »  Réponse du prêtre : « Observez cette feuille qui file le long du ruisseau. D’où lui vient son mouvement ? Du courant. Eh bien l’Esprit Saint, c’est le courant de ce ruisseau. C’est le mouvement qui vient de la source et qui fait exister la rivière ; c’est cette dynamique qui permet au Père d’engendrer le Fils, pour nous donner l’eau vive. C’est lui qui nous porte et nous fait avancer, comme cette feuille est portée par le courant. Comme le courant de cette rivière, l’Esprit Saint, on ne le voit pas, on ne voit que les effets de son action. »

Quand je rencontre des couples pour les préparer au mariage, ils me parlent souvent de leur amour comme s’ils me parlaient de quelqu’un. Et souvent ce quelqu’un ne tarde pas à prendre chair. C’est l’enfant : le symbole, la présence, la chair même de leur amour. Qu’il soit enfant de leur chair, qu’il soit enfant adopté ou même, s’ils restent sans enfant, leur amour prend le visage d’autres êtres qu’ils aimeront ensemble, et c’est toujours cet amour entre eux qui les fait sortir d’eux-mêmes, qui les fait s’ouvrir, se donner à l’autre, pour se recevoir de lui.

C’est ce même Amour qui saisit, qui inspire et appelle des hommes et des femmes à s’engager, dans la liberté, au service de leurs frères et sœurs dans le presbytérat, le diaconat, dans la vie religieuse, dans le célibat consacré ou dans une vocation d’agents de pastorale. Cet Amour ouvre le cœur à des milliers de personnes pour qu’ils fassent croître le Royaume de Dieu à travers des causes sociales ou des projets humanitaires, afin que les hommes, les femmes et les enfants aient un avenir meilleur.

Dire que Dieu est Trinité, c’est dire simplement que Dieu est Amour. L’Amour n’est pas un attribut de Dieu, fût-il le premier. L’Amour c’est l’être même de Dieu. Dieu est communion d’amour. C’est sa nature profonde. Communion à l’intérieur de lui-même : entre les trois personnes divines. Communion à l’extérieur de lui-même : avec nous tous et toutes. Comme l’icône devant moi le représente si bien : le cercle n’est pas fermé, il y a un espace pour l’autre, une ouverture à l’autre.

Et, s’il est ainsi, n’est-ce pas pour que nous devenions nous aussi des êtres de communion ? Avec lui, par notre foi, par notre écoute de sa Parole, et par l’Eucharistie et entre nous aussi, par l’amour que nous manifestons aux autres, par notre charité envers nos frères et sœurs, par nos gestes de solidarité, de tendresse et d’accueil, par nos paroles de réconfort inspirées par l’Esprit d’Amour. Après tout, ne sommes-nous pas « faits à son image et à sa ressemblance » ? Ne sommes-nous pas faits « enfants de Dieu et héritiers avec le Christ » nous dit saint Paul ?

En cette fête des mères n’oublions pas non plus de nous tourner vers la Vierge Marie, comme nous y invitait Benoît XVI : « Parmi toutes les créatures, la Vierge Marie est le chef d’œuvre de la Très Sainte Trinité : Tournons-nous vers Marie, avec une confiance filiale, afin de pouvoir, avec son aide, grandir dans l’amour et faire de notre vie un chant de louange au Père par son Fils et dans l’Esprit Saint. »

Que l’Eucharistie en cette fête de la Trinité nourrisse notre foi, raffermisse notre témoignage et qu’elle fasse résonner en nos cœurs les paroles même de Jésus : Allez sur les chemins du monde et « faites des disciples au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».

Amen.

agenda de la Semaine

 

Dimanche 20 : Pentecôte, après la messe, baptême de Victor THOUANT

17 h 00, Concert de « La Croch ‘chœur » : « Gospel et Moderne Songs »

Mardi 22 : rencontre de Doyenné

Vendredi 25 : 18 h 30, messe à la chapelle avec les familles des défunts accompagnés ce mois au crématorium

20 h 30, groupe de prières ATD Chemin de Vie

Samedi 26 et dimanche 27 : à l’issue des messes, vente de brioches par l’Adapei 21

(Association départementale de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis)

Samedi 26 10 h 00, célébration pour tous les enfants de l’Éveil à la Foi et la catéchèse primaire

Dimanche 27 : Fête des Mères – après la messe,  Baptême d’Inès BALLOT

Lundi 28 :    19 h 15, préparation de la liturgie des 2 et 3 juin

19 h 45, préparation de la liturgie des 9 et 10 juin

20 h 00, réunion animateurs MEJ

Mardi 29 : 18 h 00, catéchèse primaire, équipe CM1

19 h 45, préparation de la liturgie des 16 et 17 juin

Jeudi 31 : 20 h 00, concert des élèves du Conservatoire de Musique de DIjon

Dimanche 3 juin : Alexandre, Clémence, Constance, Elvire, Fanny,

François, Gabriel C, Gabriel T, Manon, Naïs, Ombeline, Paul-Eloi communient pour la 1ère fois

Après la messe,baptême de Gaspard JEANMOUGIN et Jules PADEANO

 

 

 


Déjà à noter : réserver vos dates !

23 juin : feux de la Saint Jean

1er juillet :     sortie paroissiale à l’abbaye Notre-Dame de Venière :

« Se rencontrer : comment nous pratiquons un verbe réfléchi et bien actif »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

homélie du dimanche 13 mai 2018

par Jean-Paul BERTHELOT, diacre

 

Dimanche dernier, nous avons écouté attentivement cette hymne à l’amour de St Jean. En Jésus, Dieu a fait battre un cœur d’homme « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » Ce Jeudi de l’Ascension, Jésus est monté aux cieux car il sait qu’il n’a plus besoin d’être à nos côtés puisqu’il veut être en nous. Il est notre force pour marcher, il devient notre vie. Il n’a plus à être vu puisqu’il devient notre regard, notre force d’aimer, il est notre parole au plus intime de nous-mêmes oui, nous sommes solidement plantés en terre.

Nous sommes désormais son unique présence auprès de nos frères, c’est pourquoi la première lecture nous montre l’urgence de remplacer Judas ce 12ème apôtre. L’Eglise a son fondement dans le groupe des douze, ceux qui ont accompagné Jésus durant son ministère et ont été témoins de sa résurrection. Exceptionnellement, ce nouvel apôtre sera tiré au sort. Oui, l’Eglise a besoin de témoins pour diffuser cette Bonne Nouvelle du Christ ressuscité ! Il est important dans nos communautés de veiller à trouver des remplaçants pour tous nos postes vacants si je puis dire : catéchistes, pastorale de la santé, liturgie, chants car nous avons toujours le sentiment que tout va bien ; mais hélas, le nombre de personnes diminue et il est bon de discuter comme les apôtres pour voir qui pourrait remplir les missions en déficit ou inexistantes.

Dieu connaît le cœur des hommes et des femmes et il peut nous éclairer car il nous aime comme nous le rappelle la première lettre de St Jean : « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » Si Dieu est notre ami, nous n’avons plus rien à lui cacher et nous sommes en communion, un peu comme des amoureux. Cela signifie que cet amour divin dont nous bénéficions doit se voir, s’exprimer, un peu à l’image d’une chute d’eau : en arrivant au sol, l’eau s’étale, s’étend, éclabousse et rejaillit. Eh bien nous aussi, en étant tendrement aimés de Dieu, nous devons aimer les autres à notre tour.

Tout ceci est de la gratitude, de la reconnaissance envers ceux que nous rencontrons comme le dit Marcel Proust : « Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries » L’homme doit aimer parce que lui-même est aimé. La foi chrétienne n’est pas une lubie, une idéologie, mais un attachement par la foi en la personne de Jésus Christ. Demeurer dans l’amour, c’est d’abord vivre l’amour fraternel et avoir foi en Dieu manifesté parmi nous par le Fils.

Le monde dans l’évangile de Jean désigne le mal : le terrorisme, la violence, l’égoïsme ou celui de l’argent triomphant. Non, Jésus n’est pas de ce monde-là car il s’est incarné pour sauver celui-ci. Nous aussi, si nous vivons de la joie du Christ ressuscité, nous ne sommes pas de ce monde mauvais, mais, nous vivons dans ce monde, c’est pourquoi avec l’aide de Dieu nous devons tout mettre en œuvre pour l’embellir. En effet, ne pas être du monde mais être dans le monde reste valable pour tous les temps. L’Evangile est une force de libération et de changement. Jésus est venu pour rassembler nos différences qui font notre richesse : race, niveau social, choix politique. L’avenir et la joie nous appellent à travailler ensemble, unis au Christ pour le bonheur de tous.

Avec l’aide de Dieu, le mal en nous et autour de nous peut être vaincu. Il n’est pas facile de vivre dans notre monde d’abus, de violences, de mépris pour les plus faibles, mais c’est dans ce monde-là que Dieu a envoyé son fils non pas pour le condamner, mais pour le sauver. Chaque dimanche, nous nous réunissons pour écouter la parole de Dieu et partager la vie du Seigneur. A la fin de L’Eucharistie, nous sommes invités à retourner dans le monde, retrouver nos familles, notre travail, notre milieu de vie où la mission nous attend.

Souvent une question revient dans les conversations : à quoi ça sert d’avoir la foi ? Pour tenter d’y répondre, regardons toutes ces personnes qui sont rayonnantes, qui ont repris goût à la vie grâce à Jésus-Christ. Oui, la foi n’est pas une équation que l’on pose et que l’on va résoudre. Ce serait trop simple. La foi ne se démontre pas, c’est la rencontre de personnes lumineuses à l’image de la citation de Marcel Proust avec les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries. La joie de Jésus, celle qu’il nous promet, celle qu’il nous donne c’est d’être aimé, aimé du Père et celle d’aimer nos frères. La joie est le fruit de l’amour, alors annonçons à notre monde d’aujourd’hui cette Bonne Nouvelle.

Amen.

6 jeunes scoutes de la Ière DIJON au Pérou cet été

du 13 juillet au 20 août,
Lucie, Carla, Pauline, Marie, Meryem, et Léa seront au Pérou : elles passeront 3 de leurs 5 semaines auprès d’enfants accueillis par une religieuse péruvienne de la communauté du Pain de Vie (soeur Marie)  à Isilluma, au cœur de la forêt amazonienne, pour favoriser les échanges  avec une classe de CM1 de l’école Alix Providence de Dijon. Elles participeront également à la rénovation et l’aménagement du jardin potager du village.

Pour en savoir plus et soutenir financièrement leur projet solidaire, suivez le lien : https://www.helloasso.com/associations/scouts-et-guides-de-france-groupe-1ère-dijon/collectes/les-compartichaut-en-projet-solidaire-au-perou

homélie du 6e dimanche de Pâques ( 5-6 mai 2018)

francis ROY, diacre

Vous avez bien entendu : tous les textes de ce jour nous parlent d’amour. Et pas de façon timide ! Dans la première lecture, les « Actes des Apôtres », Pierre baptise même les païens qui recevaient à profusion le don de l’Esprit Saint, ce lien d’amour entre le Père et le Fils. L’amour de Dieu est donné à tous les hommes et Pierre le bon juif, converti par la vision que Dieu lui a envoyée comprend qu’il ne faut plus faire de différence entre les hommes car Dieu lui-même ne fait pas de différence. «  Quelle que soit leur race, il accueille tous ceux qui l’adorent et font ce qui est juste ». Alors ne soyons pas stupéfaits, comme les juifs de l’époque de découvrir les dons de l’Esprit autour de nous. Ouvrons grand les yeux pour détecter son action qui n’est sûrement pas moins efficace qu’aux premiers temps de l’Église.

La deuxième lecture parle elle aussi d’amour à toutes les lignes, ou presque ! Nous retrouvons neuf fois le verbe « aimer » ou le mot « amour ». Dans ce texte, saint Jean ramène sa communauté à l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, autrement dit l’Amour. S’il fallait résumer ce passage, on pourrait dire : Dieu est amour, tout amour humain vient de Dieu. Vous cherchez à connaître Dieu, dit saint Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : mettez-vous simplement à son diapason. Puisque Dieu est Amour, tout ce qui en vous est Amour vient de Dieu ; et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason de Dieu.

« Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et connaissent Dieu. » Voilà un critère extrêmement simple et clair pour juger tout ce que nous faisons et tout ce que nous voyons faire. Il y a toute une éducation du regard ! Peut-être est-ce cela le rôle des croyants : être à l’affût, détecter tout ce qui est parcelle d’amour, regards d’amour, gestes d’amour, et, à chaque fois, savoir dire « Dieu est là. »

Et l’évangile, avec lui aussi ses neuf citations du mot amour ou du verbe aimer consolide définitivement la bonne nouvelle de ce jour : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. » Et cette joie ne peut nous être donnée qu’en nous désaltérant à l’eau vive de l’Amour vrai. La Source de tout amour vrai, c’est l’Amour du Père des cieux. Le Père n’existe que dans le don qu’il fait éternellement à son Fils. Ce qui le constitue Père, c’est qu’il ne vit que pour se donner à son Fils. Toute paternité véritable est pauvreté, en ce sens qu’elle est acceptation de sortir de soi pour se donner à un autre. Comme la source qui est au commencement de tout : du filet d’eau, de la rivière, du fleuve, le Père est au commencement de tout.

Peut-être avons-nous à redécouvrir la façon d’aimer de Dieu à travers tous les gestes terrestres du Christ. Lui seul sait aimer vraiment. Lui seul peut nous donner d’aimer. Lui seul peut nous révéler la splendeur de l’amour du Père grâce à son humanité.

Alors si notre amour est branché sur l’Amour du Christ, ceux que nous aimerons seront transformés, vivifiés par cette eau vive qui vient de la même Source, par la mystérieuse médiation du Fils. Et nous serons comblés de joie, car il n’y a pas de joie plus grande que celle d’aimer sans mesure, jusqu’à donner sa vie.

En venant à l’Eucharistie, nous accueillons cet amour qui vient de Dieu. En Jésus, il se donne à nous pour que nous vivions. Il ne cesse jamais de faire le premier pas vers nous. Nous n’aurons jamais fini de contempler ces merveilles dans l’histoire de notre monde et dans notre vie.

C’est très important car on a beaucoup déformé l’image du vrai Dieu. On a voulu se servir de lui pour rétablir l’ordre. On a insisté sur les commandements qu’il faut observer. Dans une société qui perd ses repères, on voudrait rappeler les exigences de la morale chrétienne et imposer une morale stricte. Il faut alors se rappeler que l’Evangile ne se réduit pas à une morale. Il est d’abord une bonne nouvelle. L’Eglise n’a pas reçu pour mission  de prêcher une morale mais d’annoncer l’Evangile.

Le vrai Dieu c’est celui qui veut nous combler de sa joie. Cette joie, c’est le fruit de son amour. C’est la joie exubérante que nous trouvons chez les apôtres après la Pentecôte. Et nous-mêmes, au jour de notre baptême, nous avons été plongés dans cet océan d’amour qui est en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Il est essentiel pour nous d’y rester immergés tout au long de notre vie. Dieu se donne, il fait alliance, mais rien ne sera possible si nous n’accueillons pas librement ce don de Dieu. Et c’est vrai pour toi aujourd’hui Martin qui par ton baptême nous montre le chemin.

Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance. Nous ne pourrons accéder à cette image et à cette ressemblance qu’en aimant comme il aime. En lisant l’Evangile, nous comprenons que cela va jusqu’au don de sa vie : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est en levant les yeux vers la croix que nous commençons à comprendre cela : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » L’Evangile ne nous demande pas de chercher à imiter l’amour infini qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit. Nous serons toujours très loin du compte. Il nous faut tout simplement ouvrir nos mains et notre cœur. C’est ainsi que nous pourrons accueillir l’amour qui vient du Père par Jésus. Forts de cette présence, notre vie portera du fruit. Nous pourrons alors nous engager contre la violence, la misère et les injustices de toutes sortes.

Permettez-moi de clore ce commentaire en priant avec vous et pour vous la prière de mon saint patron François d’Assise :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »

 

Amen.

1° MAI

 

Notre saint Joseph artisan, homme juste,  dépositaire des rêves de Dieu, silencieux gardien de

la Parole du Seigneur, bâtisseur de l’homme Jésus, souhaite à toutes et à tous une vraie

grande Paix, et de contribuer à sa réalisation !

homélie 5ème Dimanche de Pâques

par Claude Compagnonne, diacre

 

Ière lettre de Jean (3, 18-24), évangile de Jean (15, 1-8).

Comment mes pauvres mots, à moi, pourraient-il faire ressortir la brulure des paroles de St Jean ? Comment vous dire combien ces paroles de St Jean me « prennent au ventre » au-delà de tout ce que je suis ? Elles me parlent, ces paroles, de mon lien au Christ et du don de Dieu pour moi. Elles me disent, ces paroles, la tendresse d’un Dieu si grand qu’il vient faire sa demeure en moi. Sa demeure en moi, maintenant, dans ma vie présente…

Combien de fois ai-je ignoré cette douceur de Dieu envers moi ? Ces paroles me disent cette tendresse de Dieu pour moi dans la réciprocité même de la relation que le Christ installe en moi. Je peux demeurer en lui, et lui, en moi. Cette relation me pose dans le monde comme un être plein et entier, à sa place, quelle que soit cette place.

Et pourtant, en quoi, suis-je digne de cela ? En rien… Je ne suis digne en rien de cela par moi-même. Mais je suis aussi digne en tout de cela si j’aime en actes et en vérité. Ma seule perfection viendra de mon amour en actes et en vérité et cette perfection ne viendra que de mon acceptation de l’ouverture que j’aurai envers Dieu, envers les hommes et envers la création.

Mais au-delà de ma relation à Dieu, cette parole me dit aussi notre relation à Dieu, à nous communauté de chrétiens, à nous communauté particulière de Dijon et de St Joseph. Chers sœurs et frères, j’aime à savoir que Dieu demeure en vous, comme vous en lui. Quelle explosion de couleurs et de vie, quelle diversité du monde, quelle chaleur et quelle dilatation du cœur que de savoir que Dieu demeure en vous et que je le rencontre en vous ! Vous que je vois, vous à qui je parle, Christ est en vous et vous êtes en Christ.

La parole de Jean sur la vigne véritable est donc incandescence. Comment pourrait-elle nous laisser intacte, aujourd’hui, si nous acceptons de déposer notre armure pour nous en approcher, cette armure forgée de notre quant-à-soi, de nos peurs ou de nos souffrances ? Aimer en vérité, c’est abandonner cette armure, en acceptant aussi, parfois, en aimant l’autre, d’en être blessé. Abandonner cette armure, c’est accepter, en tant que sarment du cep du Christ, de nous laisser émonder, de nous laisser transformer, malgré les désillusions et les épreuves, pour n’aimer que mieux.

Face à cette parole, nous ne pouvons pas rester à distance comme des spectateurs qui entendraient un beau poème. Cette parole vient nous chercher au plus profond de notre relation à Dieu, au plus profond de notre relation aux autres. Si nous acceptons de nous exposer à cette parole, le souffle de Dieu irriguera notre corps, nourrira notre intelligence et enflammera notre esprit.

Chose incroyable, Dieu veut notre bonheur et veut que nous portions beaucoup de fruits ! Aujourd’hui nous dirions avec nos mots qu’il veut qu’en tant qu’homme et femme nous nous réalisions pleinement. S’il nous veut reliés à lui, ce n’est pas pour nous garder en laisse comme un animal domestique. Non, Dieu nous veut reliés à lui pour nous transmettre la force de vie. Dieu veut nous donner ce qui est bon. Dieu veut notre bonheur et nous dit comment le trouver : en restant irrigué par la sève du cep qu’est le Christ. Sinon nous ne serions qu’une ampoule déconnectée de son alimentation électrique, ne prenant que les couleurs de la lumière des heures du jour et de la nuit, sans luminosité propre.

Notre bonheur et notre réalisation d’homme et de femme ne peuvent être que relationnels. Nous nous réalisons en tant qu’homme et femme qu’en étant connectés à la source de la vie. Ainsi nous pouvons repousser les forces de la mort et de la destruction, et nous sommes hommes et femmes baignés dans la vie, pris dans la vie et pris par la vie.

Le péché est une rupture de cette relation à Dieu. Comment cause ou conséquence de cette rupture, le péché nous isole. Le pardon est la restauration de notre relation à Dieu et aux autres. Et le plus grand des péchés serait de croire, que quelle que soit notre vie nous ne soyons pas dignes de l’amour de Dieu, que nous ne puissions pas obtenir son pardon, que nous devions définitivement renoncer à demeurer en lui et lui en nous. Dans notre orgueil, nous nous considèrerions alors plus grand que Dieu dans notre jugement sur nous-même. Nous serions des sarments coupés du Christ qui se dessèchent.

Notre bonheur est relationnel dans notre attachement au Christ et il est relationnel dans notre attachement aux autres. Il est relationnel dans l’attention et le soin que nous portons les uns aux autres. C’est ainsi qu’il est de notre devoir de défendre la vie de tous les hommes opprimés, migrants, réfugiés, laissés pour compte, malades. C’est ainsi qu’il est de notre devoir de défendre la vie naissante. C’est ainsi qu’il est de notre devoir de défendre la création qui nous est donnée par Dieu. C’est notre devoir et ça nous est vital.

Sœurs et frères, grand est l’amour de Dieu pour nous. Il nous suffit de nous ouvrir pour recevoir ce don de l’amour, il nous suffit de renoncer un peu à nous-même pour nous trouver pleinement en étant en Dieu. Sachons chaque jour laisser grandir notre foi en Christ et croitre l’amour que nous portons les uns pour les autres.

Amen

 

 

« JE SUIS LE BON BERGER » — 4° dimanche de Pâques

Église Saint-Joseph (Dijon), le 22 avril 2018

Jn 10, 11-18

Avant de commencer mon homélie, je tiens à vous remercier, cher Père Dominique, de m’avoir invité ce weekend chez vous ! C’est toujours une joie pour moi que de découvrir une nouvelle paroisse de ce diocèse de Dijon que je m’apprête à servir pour toute ma vie, si telle est la volonté de Dieu, bien sûr. Et je suis surtout heureux de découvrir les personnes qui prient dans cette église, c’est-à-dire vous, chers paroissiens de Saint-Joseph ! Peut-être qu’un jour je serai votre vicaire ou votre curé, nous avons donc tout intérêt à commencer dès maintenant à nous connaître ! Et je suis d’autant plus content d’être avec vous ce matin, que nous fêtons le dimanche des vocations ! C’est donc notre fête à tous, puisque nous avons tous une vocation !

Cela vous étonne peut-être que je dise que tout le monde a une vocation. Il est vrai que, lorsque nous pensons au terme « vocation », nous le rattachons presque instinctivement aux prêtres ou au religieux ! Ce serait faire là une erreur monumentale… Mais grâce à notre cher Pape François, nous allons éviter cette aberration, car il vient justement de sortir une exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, autrement dit, sur la vocation de chacun d’entre nous. Mais quel timing parfait ! Eh oui, le Pape est toujours à l’heure et à l’heure du Saint-Esprit ! Avec lui, regardons donc de près ce qu’est la vocation.


Comme je vous le disais en début d’homélie, nous avons chacun une vocation. Pour être plus juste, il faudrait dire : nous avons tous la même vocation accompagnée d’une lumière personnelle.

La vocation universelle qui est commune à tout homme, c’est bien évidemment celle à la sainteté. Qu’est-ce à dire ? Eh bien que tout nouveau-né qui vient au monde, quelle que soit sa religion, sa couleur de peau, son milieu de vie, Dieu le Père le prédestine à être saint pour le rejoindre au Ciel, une fois qu’il aura terminé son passage sur la terre. C’est le prophète Jérémie qui, je le crois, a retranscris cette vérité dans son expression la plus suave : « Avant même de te former dans le ventre maternel, dit le Seigneur, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti des entrailles de ta mère, je t’ai consacré. » Cela est vrai pour nous aussi : dès notre naissance, chacun d’entre nous est appelé à entrer au Paradis et, pour ce faire, à être saint afin de préparer notre être en vue de cette destination incroyable ! Saint Paul le dira d’une manière plus laconique : « Voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification. » Et cette sainteté, quelle est-elle ? Oh, ce n’est pas bien compliqué. Dans toutes les vies de saint, on retrouve deux caractéristiques : une foi active et une charité débordante. Une foi active, c’est-à-dire une confiance absolue en Dieu qui ne doute jamais de son amour et de sa présence. Une charité débordante, c’est-à-dire un amour concret fait de compréhension, d’indulgence, de patience.

 

Pensons ne serait-ce qu’à une Mère Térésa : qu’est-ce qui nous éblouit chez elle, si ce n’est le fait qu’elle ait, au nom de sa foi, donné sa vie toute entière pour des mourants qu’elle ne connaissait ni 3 d’Eve ni d’Adam. Elle a tout donné, ses biens, son temps, son intelligence et jusqu’à sa vie, et c’est ce qui nous a fasciné. « A nous aussi, commente le Pape François, le Seigneur demande tout ! Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. » Cette exigence peut nous faire peur, mais le Pape François remédie tout de suite à cette éventualité : « Ne te décourage pas ! Tu as la force de l’Esprit-Saint pour que ce soit possible, et la sainteté, au fond, c’est le fruit de l’Esprit-Saint dans ta vie. Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : « Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur. » » Et notre bon François continue : « Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles. Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous. Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui. Que le croyant ne s’épuise donc pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui ! Nous sommes tous appelés à être des témoins, mais il y a une infinité de formes de témoignage. »

 

Ce point que vient d’aborder le Pape François, c’est ce dont je vous parlais tout à l’heure : la lumière personnelle. Nous sommes tous appelés à la sainteté, mais avec notre personnalité propre. L’écrivain français, François Mauriac, a formulé cela de la manière suivante : « Chacun d’entre nous est venu pour dire une certaine chose et il ne partira pas sans l’avoir dite. » Il faudrait mettre quelques nuances, néanmoins, sur le fond, il a tout à fait raison ! Et le Pape François de surenchérir : « Chaque saint est une mission, il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. Toi aussi, dit-il en s’adressant à chacun d’entre nous, tu as besoin de percevoir la totalité de ta vie comme une mission. Demande toujours à l’Esprit ce que Jésus attend de toi à chaque moment de ton existence, ce que tu dois faire dans chaque choix. Et permets-lui de forger en toi ce mystère personnel qui reflète Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui. Puisses-tu reconnaître quelle est cette parole, ce message de Jésus que Dieu veut délivrer au monde par ta vie ! »

 

Cette partie personnelle de la sainteté, frères bien-aimés, est essentielle ! À tel point qu’un jésuite français, Yves de Montcheuil, a osé écrire au début du 20e siècle : « Devant l’état actuel du christianisme et de notre société, ce qu’il faut accuser, ce n’est pas le déchaînement des forces du mal, mais l’insuffisance de notre témoignage. Le mal fait, si l’on peut dire, son métier, mais nous, nous manquons à notre devoir. Nous sommes le sel de la terre ; si l’humanité se décompose, c’est que nous n’avons pas répondu à notre vocation personnelle. » Ah, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, ce brave jésuite, mort à seulement 44 ans, fusillé par les nazis. Voici ce qu’il nous conseille pour éviter que nous tombions à côté de notre vocation : « Un chrétien ne choisit pas sa fonction temporelle, mais il se demande quelle est celle que Dieu lui fixe. Sur ce terrain, les aptitudes personnelles, les circonstances sociétales, les besoins des autres sont autant de signes qu’il doit interpréter avec loyauté pour savoir quelle est sa vocation propre. Nous sommes faits, poursuit-il, jusque dans le fond de notre individualité pour le rôle que nous avons à jouer dans l’Église, et le discernement de nos aptitudes naturelles est un des éléments du discernement de notre vocation. » Voyez, mes frères, notre vocation correspond à notre nature ! Il faut donc que nous nous connaissions et que, par la suite, nous suivions les désirs les plus profonds de notre coeur. N’ayons pas peur de nous attacher à nos désirs ! Ne disons pas : « Puisque c’est mon désir, c’est trop facile, ça ne peut pas venir de Dieu. » Bien au contraire : c’est Dieu notre Père qui nous parle à travers nos désirs pour nous dire : « Vas-y, mon enfant, c’est par-là que je veux te voir fleurir. » C’est ce qui permet au Pape François d’affirmer nettement : « N’ai pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie. C’est le contraire, car tu arriveras à être ce que le Père a pensé quand il t’a créé et tu seras fidèle à ton propre être. »

Cette réalité de la vocation personnelle bien gravée en nos esprits, une autre tentation pourrait surgir, que le Pape François relève : « Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. » N’est-ce pas vrai ? Nous nous disons souvent : « Mon travail est trop éloigné de la religion et me prend trop de temps pour que je 6 sois saint. » Ou bien : « La vie familiale pèse trop lourd, je n’arrive pas à prier une demi-heure par jour, je ne serais jamais saint. » Ou encore : « Si j’habitais à la campagne, très bien, mais là, en ville, au milieu de tout ce bruit et ces sollicitations, je n’y arriverai jamais. » Alors là, permettez-moi d’être formel, mais je le suis parce que le Pape l’est aussi : en pensant de la sorte, nous serions complètement dans le faux ! Au moment même où l’on pense que l’époque dans laquelle nous vivons, que le travail que nous accomplissons, que les amis que nous côtoyons sont incompatibles avec la sainteté, au moment même où l’on pense cela, nous tuons le germe de sainteté qui a été semé en nous. Toutes les fonctions et les situations temporelles, excepté bien sûr celles qui sont mauvaises en elles-mêmes, peuvent être l’objet d’une vocation. Mère Angelica, une religieuse contemplative du siècle dernier, connue pour avoir fondé et animé une grande chaîne de télévision catholique américaine, certifiait même : « La vocation du chrétien est simple : tu es enfant de Dieu et l’état de vie dans lequel Dieu t’a placé est la source de ta sainteté. » Vous avez bien entendu, mes frères ? « L’état de vie dans lequel Dieu t’a placé est la source de ta sainteté. » Aussi, notre époque, notre famille, notre travail, nos amis, nos occupations, à priori, ne sont pas un obstacle à notre sainteté, mais en sont la source ! Ce n’est pas libérateur, ça ? Il ne faut donc pas fuir le monde pour être saint, mais il faut s’y enfoncer ! Aussi, le Pape nous confie : « J’aime voir la sainteté dans le peuple patient de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, « la sainteté de la porte d’à côté », de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, « la classe moyenne de la sainteté ». » Voilà ce que nous devons être, vous comme moi : les saints de la classe moyenne pour que le monde soit inondé de reflets de la présence divine ! Et « cette sainteté, nous précise le Pape François, grandira par de petits gestes. » Pas besoin d’actes grandiloquents ! Et le Pape de nous donner cet exemple : « Une dame va au marché pour faire des achats, elle rencontre une voisine et commence à parler, et les critiques arrivent. Mais cette femme se dit en elle-même : « Non, je ne dirai du mal de personne ». Voilà un pas dans la sainteté ! Ensuite, à la maison, son enfant a besoin de parler de ses rêves et, bien qu’elle soit fatiguée, elle s’assoit à côté de lui et l’écoute avec patience et affection. Voilà une autre offrande qui sanctifie ! Ensuite, elle connaît un moment d’angoisse, mais elle se souvient de l’amour de la Vierge Marie, prend le chapelet et prie avec foi. Voilà une autre voie de sainteté ! » La sainteté du quotidien, la sainteté à portée de mains et de coeur, la sainteté toute facile, voilà ce que Dieu attend de nous.

Allez, chers frères, devenons des saints qui illuminent l’obscurité du monde ! Et pour cela, suivons le Père François-Xavier Nguyën que le Pape nous cite en exemple. Quand ce cardinal était en prison, il avait renoncé, tenez-vous bien, à demander sa libération. Son choix était de vivre le moment présent en le comblant d’amour. « Je saisis les occasions qui se présentent chaque jour, disait-il, pour accomplir les actes ordinaires de façon extraordinaire. » Voilà sa sainteté et voilà la nôtre.

Et si nous nous décourageons en voyant nos nombreux manques d’amour quotidien, allons nous serrer dans les bras de Dieu par le sacrement de la Réconciliation, en pensant à ces mots de Lacordaire : « Dieu nous a créés tout exprès pour produire une chose qu’il ne peut produire tout seul : la grandeur dans la bassesse, la force dans l’infirmité, la pureté dans la chair et dans le sang, l’amour dans l’égoïsme, le bien dans le mal. Voilà notre vocation, voilà notre destinée. »

Amen.

Jean-Philippe NOLLE, diacre

3ème dimanche de Pâques

Ils sont à table. Ils parlent. Jésus est au milieu d’eux.Ils sont à table. Ils parlent. Donc Jésus est au milieu d’eux.

Ils unissent à leur table des paroles sur lui et les paroles sur eux. Donc alors, il est au milieu d’eux.

Jésus est présent « lorsque deux ou trois sont réunis en son nom ». Lorsque les existences se mêlent, la sienne, les nôtres ; les nôtres, la sienne. Lorsque parler de lui fait sortir de nous-mêmes ce qu’il y a de plus intime ; lorsque cela mène l’humain ou plus puissant de son espérance. Les disciples parlent de leur désarroi ;  Jésus montre les blessures de ses mains et ses pieds… Rencontre de leurs fragilités, rencontre de leur humanité… Communion …

Mais aussi Jésus au plus profond de nous-mêmes, Jésus au plus large, au plus vaste… Qui, alors,  est le plus ressuscité, de lui ou de vous ? Lui, qui est là ? Ou nous, qui, enfin, existons? C’est ensemble que nous ressuscitons, lui et nous. Nous par lui, — avec lui et en lui. Lui, aujourd’hui, en nous et par notre agir.

Nous sommes à table avec lui. Nous offrons un peu de poisson grillé, comme jadis, un petit garçon avait fourni du pain et du poisson, et que de ce trois fois rien tiré de son sac à dos une foule immense avait été nourrie.

Et maintenant, nous, ici, à l’eucharistie, nous sommes à table avec tous les premiers chrétiens qui ont su que Jésus était vivant avec eux. Ces gens-là parlaient grec, et en grec, « poisson » se dit « ictus » dont chacune des lettres permet de parler de Jésus (I. comme Ièsous), C. comme Christ, fils de Dieu, et S. comme Sauveur. Alors, à l’époque, on s’était mis à dessiner des poissons sur les maisons, comme signe de reconnaissance, pour se donner le mot.

Dans le récit de St Luc, cet historien qui écrit dans un grec parfait, les disciples consomment et offrent de se nourrir de la nourriture Jésus.

Rappelez-vous : Jésus avait dit « ma chair est une nourriture, et mon sang une vraie boisson ; qui mange ma chair et boit mon sang vivra en moi et moi en lui. Il n’aura plus jamais soif ; il aura la vie éternelle ».

[Tout comme les disciples s' étaient trouvés démunis face aux milliers de personnes à nourrir en plein désert, nous aussi, très pauvrement, nous fournirons notre concours à Jésus en mêlant dans le calice de la messe la petite goutte d'eau qui nous représente. Et l'eucharistie que nous célébrons nous permettra, malgré notre faiblesse, d'être serviteurs de toutes les personnes qui vivent un désert, un abandon, une solitude...]

Ils étaient à table. Jésus est au milieu d’eux, et ouvre leur esprit à l’intelligence des Écritures.

Ils comprennent enfin qui est Dieu. Ils comprennent enfin qui est leur Père. Ils comprennent qui ils sont pour lui. Ils  comprennent enfin quel travail ce Dieu a accompli, et à quel prix, pour que eux, soient vivants.

Toute la Bible dit l’humilité de ce Dieu que les rebuffades de l’orgueil humain déroutent mais n’arrivent pas à décourager. Il n’en finit pas d’appeler les humains à sortir de leurs enfermements, jusqu’au jour où il y aura ce Christ que rien ne pourra tenir enfermé, ce Christ supportant toutes les humiliations dans sa non-violence.

Voilà le Christ qu’annoncent Pierre et les disciples. Voilà le Christ dont nous témoignons aujourd’hui.

Dernière remarque pour finir : la vie avec Jésus a tellement imprégné les disciples qu’ils se mettent à parler comme lui. Spontanément, Pierre citera le mot sublime de Jésus sur la croix : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Pierre a absorbé le langage de Jésus, qui est un langage d’espérance pour tout homme en galère sur lui-même. Il en a fait sa langue. J’oserais bien dire qu’il parle couramment « le Jésus ».grâce aux sessions intensives qu’il a vécues avec son Maître…

Il offre à tous un chemin vers la clarté. « Être sauvé » veut dire alors : laisser la clarté faire sa route en nous. Qu’elle  imprègne tout nous-^ms. Qu’elle imprime en nous.  Que nous devenions Parole de vie et Écriture sainte pour toute personne.

Pareillement, St Jean nous avait rappelé qu’il faut absolument faire vivre r en nous la parole de confiance : « mes petits-enfants, notre cœur aurait beau nous condamner, Dieu est plus grand que nous et notre cœur ;  mes petits-enfants, quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu ».

Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

père dominique nicolas