homélie du dimanche 10 décembre 2017

Par claude Compagnone, diacre

(Is 40, 1-5.9-11 ; Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14 ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8)

 

Le texte de l’évangile de ce deuxième dimanche de l’avent, comme le texte de l’évangile de dimanche prochain, sont tournés vers la personne de Jean le Baptiste. L’évangile du dernier dimanche de l’avent parlera, quant à lui, de Marie, de l’annonce qui lui est faite et de l’acceptation par cette toute jeune femme, de porter en son corps ce don étrange que Dieu lui fait.

 

Ces textes sont donc là pour nous préparer à la venue du Seigneur. Ils veulent nous dire comment il est tout simplement possible que cette venue se soit réalisée alors qu’un tel événement demeure pour nous, même aujourd’hui, tellement improbable. Ces textes veulent nous travailler en profondeur pour nous disposer à accueillir, le jour de Noël, le Christ pour ce qu’il est : le fils de Dieu – rien de moins – et un fils de Dieu – chose aussi improbable que sa venue -  un fils de Dieu venu dans une extrême simplicité.

 

La tonalité de ces textes rompt alors avec la tonalité de ceux de la fin de l’année liturgique et du premier dimanche de l’avent. Rappelez-vous, dans ces textes, c’est le Christ que l’on entendait parler, ce sont les mots qu’il a prononcés que nous avons lus, c’est son enseignement en paraboles que nous avons reçu. Ces mots du Christ nous demandaient de veiller, de nous tenir prêts pour la rencontre avec Dieu, de faire fructifier les dons que nous avons reçus de lui pour le bien de tous. Le Christ nous disait quoi faire de notre vie de croyant.

 

En ce dimanche, ce ne sont plus les mots du Christ qui nous sont donnés à lire, ce n’est plus lui que l’on entend. Nous avons à faire  à un début. Ces mots du Christ se font absents dans la liturgie de la parole, comme pour nous faire revivre le temps tel qu’il était avant sa naissance, le temps où il n’est pas encore venu mais où tout se met en place pour qu’il puisse venir : Marie accepte de l’accueillir en son corps ; Jean le Baptiste prépare les hommes pour qu’ils puissent recevoir sa parole et le baptême du Saint Esprit. En cette montée vers Noël, ce sont des textes de consolation, de dilatation de soi et de proclamation d’une merveille qui nous sont donnés à lire.

 

Dans les évangiles, nous entendons alors les mots de ceux qui ont reçu les témoignages de la vie du Christ : ce sont les mots des évangélistes qui annoncent la bonne nouvelle de sa venue parmi nous. Ces évangélistes, dans le début de leur livre, racontent à la fois la manière dont le Christ commence sa vie d’homme et la façon dont ils comprennent, eux, ce début de la vie du Christ. Et trois de ces quatre évangélistes vont alors choisir de débuter leur récit en parlant quasi immédiatement de Jean Le Baptiste. C’est qu’il n’y a pas pour eux de début de la vie du Christ sans la présence de Jean Le Baptiste. C’est Jean Le Baptiste qui est devant.

 

Il est devant car c’est lui qui vient dans le temps, avant le Christ ; c’est lui qui commence une vie publique faite de prêches et d’appels à la conversion, avant le Christ ; c’est lui qui baptise le peuple, d’un baptême qui marque la conversion de cœur de ceux qui le reçoivent, avant le Christ. Il vient avant le Christ, il travaille avant le Christ, il marque les esprits des gens avant le Christ, mais il est second en dignité par rapport au Christ.

 

Jean est second, il « n’est pas digne de délier la courroie de ses sandales », mais il est indispensable car il est la voix qui proclame la venue du Seigneur, car il est celui qui prépare les cœurs et les esprits à accueillir la bonne nouvelle, cette nouvelle extraordinaire de la vie pleine et entière en Christ. Et quand nous disons que Jean est la voix, il ne s’agit pas ici d’une petite voix, mais d’une voix assurée et exigeante, attentive et entrainante. Jean donne tout de lui-même car pour lui c’est la seule vie qui vaille. Comme un préparateur sportif le ferait à force de conseils, d’exercices et de massages pour que les corps puissent tenir l’épreuve sportive qui va arriver, Jean travaille les âmes et les cœurs des hommes pour qu’ils puissent être prêts à accueillir la bonne nouvelle du Christ.

 

Frères et sœurs nous devons rendre grâces pour tous les petits Jean Baptiste que nous avons croisés sur notre chemin et qui ont préparé nos cœurs à l’accueil du Seigneur. Nous devons rendre grâce pour la façon dont Dieu a su venir toucher notre cœur ainsi préparé et a su habiter en nous. Mais nous devons aussi être des disciples de Jean Baptiste et oser dire d’une voix assurée et exigeante, attentive et entrainante la vie d’amour et de liberté que nous offre et nous promet le Christ. Le monde ne se fera pas sans nous : nous devons, comme le dit le prophète Isaïe, « tracer droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu ».

 

 

 

agenda de la semaine

 

Samedi 9 décembre

 

2 ÈME SALON DU LIVRE ET DES MÉDIAS CHRÉTIENS

10 h – 19 h, salle Devosge
10 h 30, catéchèse primaire
MEJ 

15 h 30 JT, 16 h 00 FNOU et JT 5èmes, 18 h 00, EJ et TA

FNOU : Feux Nouveaux, JT : Jeunes Témoins, TA : Témoins

Aujourd’hui, ES :Équipe Espérance)

Dimanche 10

 

 

Quête impérée pour le denier de St Pierre

Lundi 11 

18 h 30, messe à la chapelle avec Lourdes Cancer Espérance

19 h 45, préparation de la liturgie des 30 et 31 décembre

Mardi 12
 

18 h 00, catéchèse primaire CM1

Mercredi 13  

19 h 30 CELEBRATIOIN COMMUNAUTAIRE DU PARDON

20 h 00, au CUCDB, conférence de Dominique WOLTON,

auteur du livre d’entretiens avec le Pape FrançoisJeudi 14  

 

15 h 00, MCR, équipe St-Joseph

17 h 00, groupe de lecture « L’Evangile d’un libre penseur «  de Gabriel RINGLET 

Samedi 16
10 h 00, catéchèse primaire, CE2
10 h 30, Eveil à la Foi, catéchèse primaire, CM2
 

Samedi 16 et dimanche 17

 

VENTE DE CRÈCHES ET  ARTISANAT de MADAGASCAR
 

 

 

 

 

Dimanche 17

 

 

 

 

15 h à la chapelle rue du Havre : DECOUVERTE DES ICONES

 

LEUR SYMBOLIQUE ET LEUR REALISATION »

 

 

avec Alain CHENAL , Iconographe

 

17 h 30, les membres de la Mission Ouvrière invitent à célébrer NOEL  

célébration suivie d’un apéritif et repas partagé

 

 

 

 

 

A CCUEIL DE LA LUMIERE DE BETHLEEM AU TEMPLE, BOULEVARD DE BROSSE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seul choisir le CHRIST – JESUS … en la fête du Christ-Roi

Il n’est que de Jésus

Juste, d’abord, sur cette finale de l’Évangile : si je peux me le permettre, je ne crois pas que la seconde catégorie des individus rencontrés par Jésus soient vraiment plus méchants que les autres. Rien ne le dit. Seulement, ils n’avaient rien vu, ils n’avaient pas fait attention à ce qu’ils auraient pu voir…

Leur attitude, je la résumerais bien en une expression : ils vivent la banalité, le   »ce n’est que ça«  : Ce n’est qu’un chômeur,  qu‘un qui profite de la situation pour toucher des allocations … Ce n’est que mon mari, ce n’est qu’un vieux, ce n’est qu’un enfant, ce n’est encore qu’une femme au volant… C’est juste quelqu’un qui personne ne parle…pourquoi lui parlerais-je, moi ?

…  La phrase qui réduit,– combien de fois la pratiquons nous !

… La phrase qui tue…

Et puis, aussi, je me permets de signaler que ce chapitre 25 de Mathieu avec les trois paraboles des jeunes filles prévoyantes ou imprévoyantes, des trois chargés de confiance dignes de leur mission, ou pas, puis de ce « jugement dernier », c’est le dernier des enseignements de Jésus avant que l’Évangile ne passe au récit du procès, de la condamnation et de la résurrection de Jésus. Ce sont les paroles-testament de Jésus avant qu’il ne passe au Père.

… lui à qui l’on portera du vinaigre quand il aura soif, lui dont on tirera au sort les vêtements … Ici, il anticipe sur ce qu’il vivra ; il connaît jusqu’au bout la condition des hommes méprisés … Lui, Jésus  tout identifié à nous

Alors, ce que je voudrais dire en ce jour de fête tient en une phrase autre : il n’y a que Jésus, le Christ de Dieu, qui soit vraiment intéressant. Et il n’y a que sa manière d’être.

Des livres qui parlent de divinité et du bonheur, il y en a dans tous les rayons des librairies et des supermarchés. Et ils  se vendent bien. Mais Jésus, lui, n’a jamais fait fortune en disant « bienheureux, vous les pauvres »… « En route, vous que le Père attend »… Et il parle tellement peu de manière abstraite de son Dieu !… il donne tellement peu d’enseignements !… C’ est un Maître tellement peu doctrinaire l !

Des gros bras qui montrent leurs muscles de bagarreurs, il y en a plein les films et les séries télé. Et nous aimons cela ! Mais Jésus, lui, calme le jeu… Il dit « range ton épée dans son fourreau»; il dit « Mon Père n’enverra jamais une armée d’anges combattre pour nous « . Ce n’était pas l’attitude de ces boucs trop violents.

La mode est aux algorithmes et aux calculs compliqués. Cela est bien, mais Jésus,  comme disent les humoristes, par le seul effet d’un regard de bénédiction, fait la multiplication d’un petit pain venu d’un jeune garçon pauvre ; et en matière de soustraction, il ne connaît que d’effacer les péchés…

Oui, tellement de gens veulent se faire remarquer, alors que Jésus passe son temps à disparaître, à se fondre dans la foule, se fondre dans l’histoire, se fondre dans la nuit pour rejoindre l’essentiel…

Jésus est toujours du côté de ceux que l’on ne remarque pas. Il est avec les anonymes, il est avec ceux que l’on méprise. À chaque fois qu’il les rencontre, c’est eux qu’il écoute, c’est eux qu’il interroge et sur qui il se guide pour agir. C’est à eux qu’il accorde valeur et importance. C’est à eux qu’il se consacre, à eux,  personnellement,  et à eux dans leur environnement, qu’il accorde existence et dignité unique.

Celui qui donne à Jésus de savoir écouter et regarder, entendre et voir, c’est ce Dieu invisible qu’il rencontre dans le silence et la solitude. Ce Dieu qui n’a de nom nulle part, ou trop de noms, et que lui appelle son Père, tout simplement. Son Père et notre Père.

Jésus se risque à la rencontre des hommes parce qu’il se risque dans la nuit et dans l’inconnu. Il se risque à n’avoir pas peur. Il n’a pas peur du Satan au désert ; il n’a pas peur du roi Hérode — qu’il nomme un renard, ni des chefs de son pays — qu’il appelle des cercueils relookés.

Jésus prend racine dans cette éternité qui était là avant que quelque chose n’ait commencé pour que tout puisse être. Il a comme horizon l’accomplissement définitif de chaque chose et de chacun. Son but ultime est  » la vie, la vie en plénitude« .

Juste avant que lui-même ne se laisse prendre la vie par les gens établis, il avait affronté la mort d’un ami, son ami Lazare. Devant le tombeau il avait pleuré, puis il a dit : « Lazare viens dehors ». Et Lazare est sorti de l’enfermement de la mort. Puis Jésus a dit à son entourage :  » Déliez-le ». Et Lazare, et Marie, et Marthe, avec leurs amis, ont invité Jésus à un festin de vie.

Il restera à Jésus, le jour de la croix, à délier le bandit qui se reconnaît vrai truand et ose le lui dire. Conversion à la vérité et la justice. Clarté semblable à la clarté de Jésus.

Il reste à Jésus à nous prendre avec lui et nous délier de nos prisons. Ce qu’il a fait pour le bandit, il le fera pour nous !

Il nous suffit, à nous, de lui parler en toute clarté et d’être « rendus libres par la vérité ».

« Le dernier adversaire, dira saint Paul, il l’aura vaincu ».

père dominique nicolas

Homélie du dimanche 5 nov 2017

par Claude Compagnone, Diacre

 

« Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère ».

Ce verset du psaume que nous venons de lire, nous décrit, dans la plus grande des simplicités, une situation de paix et d’accord. Nous avons parfois cette sensation d’être parfaitement à notre place là où nous sommes, et parfois nous pouvons connaître ce sentiment d’humble plénitude. Nous sommes là et nous respirons librement, paisible. Nous n’avons alors plus à nous battre. Nous pouvons nous abandonner en confiance, comme un enfant contre sa mère, et recevoir ce qui nous est donné gratuitement. Dieu est là et s’occupe de nous. 

Nous nous savons reconnus comme l’un de ses enfants. Nous ne prenons rien à personne autour de nous. Au contraire, nous sommes là avec les autres

hommes avec qui nous partageons un destin commun. Avec eux, nous sommes au monde ; avec eux, nous traversons des épreuves et vivons des joies ; avec eux, nous pouvons être généreux ou traverser des moments d’indifférence ; avec eux, nous pouvons échanger de la tendresse ou dire des paroles blessantes ; avec eux, nous sommes pêcheurs, mais avec eux aussi nous savons que nous pouvons être pardonnés.

La rencontre de Dieu passe par la simplicité et l’humilité : simplicité de se savoir fait du même bois que les autres hommes ; et humilité de ne pas se croire meilleur qu’eux. En effet, en quoi serais-je, moi, meilleur que mon voisin ? Ma vie serait-elle meilleure parce qu’elle n’a pas connu le tumulte de celle de celui qui doit se battre contre le désespoir des séparations ? Serait-elle meilleure parce qu’elle n’a pas connu l’angoisse de celle de celui qui doit se battre pour s’occuper dignement de ses proches ? Serait-elle meilleure parce qu’elle n’a pas connu la honte de celle de celui qui doit se battre contre tous les jugements dont on l’a assommé ? Bien évidemment que non : ma vie est tout simplement moins éprouvée, elle n’est pas meilleur.

Il existe des luttes muettes de nos prochains, de ces luttes qui, si elles explosaient à notre regard, nous feraient découvrir des grandeurs insoupçonnées. Nos premiers jugements éclateraient en mille morceaux et nous découvririons notre propre petitesse. Nous ne savons rien des épreuves des autres, nous ne savons rien de l’attention d’amour particulière que Dieu a porté, porte ou portera à un tel ou un tel. Mais ce que nous savons c’est que notre rencontre avec Dieu passe immanquablement par les rencontres que nous avons avec les autres. L’appel constant du Christ pour que nous nous rendions serviteurs des autres, est un appel constant à prendre un chemin qui puisse nous permettre de rencontrer Dieu dans les mille et une teintes qu’il prend dans la vie et le cœur de l’homme.

La parole du Christ à la suite de celle du prophète Malachie est alors sévère pour les clercs. Car il nous faut bien l’entendre ainsi. Il ne s’agit pas ici que de scribes et de pharisiens d’un temps lointain à tout jamais perdu. Non ! Cette parole est vivante et elle nous est adressée à nous tous baptisés, mais à nous les clercs, plus particulièrement. Elle est sévère parce qu’elle dit que nous sommes capables de lier de lourds fardeaux sur le dos de ceux qui veulent s’engager à la suite du Christ. Elle nous dit que nous sommes capables d’empêcher les hommes de connaître cette quiétude en Dieu dont nous parle le psaume.

Et elle est sévère parce qu’elle dit que, lorsque nous avons l’usage et la position de la parole publique, nous sommes capables de nous en servir à notre propre bénéfice pour être reconnus. Nous prenons alors la parole de Dieu, transmise par Moïse et vécue par le Christ, et nous la réduisons à un simple outil utilisé pour notre propre service. Nous ne servons plus alors la parole mais nous nous en servons.

Cette parole, plus que sévère, est terrible lorsque nous nous servons de notre position de baptisé ou de clerc pour dire aux autres ce que doit être la vie en Christ et que nous n’appliquons pas ce que nous disons. Je serais ainsi celui qui proclame un Dieu aimant et attentif aux plus pauvres, et qui en même temps dépense sans compter dans des futilités et évite soigneusement de croiser ceux qui sont trop différents. Je serais celui qui dit la valeur de la vérité et qui en même temps travestit cette vérité quand cela l’arrange. Je serais celui affirme la beauté de la création et qui en même temps détruit la nature pour son confort personnel. Si nous procédons ainsi, nous, chrétiens, non seulement nous ne sommes plus en accord avec nous-mêmes, mais en plus nous empêchons ceux que Dieu appelle à venir à lui.

Le Christ par la parole d’aujourd’hui nous passe ainsi à la paille de fer. Il nous frotte avec vigueur pour que nous ne nous laissions pas piéger entre le service indispensable de la parole et les bénéfices que nous pouvons en retirer. Il nous dit de fuir l’usage de ces titres, rabbi, père, ou maître, qui disent publiquement une grandeur supposée par rapport à ceux qui ne possèdent pas ces titres. Il y a bien un bénéfice social du service de la parole, mais ce bénéfice n’est pas celui de se sentir supérieur aux autres : non, il est dans celui de pouvoir être plus proche de ceux qui ont le plus besoin de cette parole agissante. Notre rôle n’est pas de charger les épaules des gens de fardeaux, mais au contraire de les en décharger en annonçant la résurrection du Christ et en vivant fraternellement notre condition d’enfants de Dieu. Le joug du Christ est facile à porter et son fardeau, léger .

« Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère ». Ce sentiment d’humble plénitude qui nous habite parfois ne peut être connu que par un humble travail de service et par la certitude que ce travail a du sens. Et c’est précisément cet humble travail de service qui doit être reconnu, cet humble travail qui ne donne pas de titre à celui qui l’effectue. C’est à nous Chrétiens à hurler l’importance de ce travail pour affirmer continuellement son sens et permettre à nos frères de connaître la quiétude de Dieu.

 


commencer par Dieu… 28-29 octobre 2017

PAROLE DE DIEU : (EP 2, 19-22)

Vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la construction pour devenir par l’Esprit Saint la demeure de Dieu.

Les paroles d’Évangile que nous venons d’entendre, nous sommes tous désireux de leur donner toutes leurs dimensions. Alors, pour commencer à décoder le logiciel de Jésus, je voudrais situer ses paroles dans leur contexte culturel voici donc une petite histoire juive qui se déroule à l’époque de Jésus

Il y avait deux grands maîtres de spiritualité : un certain Chammaï, haut dignitaire du Temple et un rabbin pauvre venu de Babylone, Hillel. Un officier romain vient trouver le premier et lui demande : « s’il te plaît, je suis pressé, explique-moi ta religion juste le temps de te tenir sur une jambe ». Chammaï est furieux et le chasse « tu te moques de moi et de Dieu ». Le Romain va poser la même question à Hillel qui, très tranquillement, s’installe sur un pied et il a largement le temps de proclamer : « tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton coeur et ton prochain comme toi-même ».

Mais, alors que nous, nous aurions tendance à approuver l’un des deux et à réprouver l’autre, les commentaires juifs disent : « l’un et l’autre sont justes, mais le premier a raison sur terre où prime le sérieux ; le second a raison dans l’éternité, là où prévaut la miséricorde ».

Donc, lorsque Jésus affirme qu’il est aussi important de tenir compte du prochain que de Dieu, il nous place d’entrée de jeu dans la vie éternelle. Si les deux commandements sont à égalité, c’est parce que pour lui, l’impossible et l’irréaliste du paradis sont déjà réalisables dès aujourd’hui.

 

Maintenant, première clé de lecture :

pour comprendre l’impératif « tu aimeras ton prochain comme toi-même », je prends la parabole du bon samaritain que nous connaissons tous : il ne s’agit pas de définir le prochain à partir de nous-mêmes et de notre générosité, mais il faut savoir qui a besoin et de qui nous nous nous faisons proches. L’autre ne peut plus nous rester extérieur, mais une relation vraie est toute en intériorité.

L’exemple parfait en est Jésus lui-même, fils de Dieu et parole de Dieu, qui est devenu intérieur à l’humanité. Il nous a aimés comme on aime quand on est Dieu : c’est-à-dire en ne gardant rien pour lui-même, et en mettant tout en oeuvre pour notre liberté.

Voilà pourquoi les deux commandements s’interpénètrent. Qui aime Dieu aime son prochain, « de tout son coeur, de toute son âme, de toute son intelligence, de toutes ses forces ». Et qui est capable d’être proche, avec délicatesse et de façon inventive, de l’homme blessé à terre, celui-là, comme dira St Jean  » est né de Dieu et connaît Dieu ». Plus nous connaissons Dieu, plus nous sommes serviteurs des humains. Et réciproquement, être au service des personnes en détresse ou en difficulté, cela nous divinise.

La deuxième clé de lecture :

elle nous vient des consignes que Jésus donne à ses disciples quand il les envoie en mission : « où que vous alliez dites « la paix à cette maison », car le règne de Dieu s’est approché de cette demeure. Parce que vous êtes là, le royaume du ciel est devenu proche de ceux que vous rencontrez ».

Le disciple de Jésus, l’ami de Jésus est devenu signe de Dieu, signe de sa présence et de sa tendresse, signe et acteur de son respect pour tous

La personne croyante est canal de sa grâce. Elle est sa grâce. Aujourd’hui, maintenant.

C’est cela qui nous achemine à vivre la fête de Toussaint.

Père Dominique NICOLAS

prédication des 21 et 22 octobre 2017

par Bertrand Schweisguth,

ancien président du conseil presbytéral de l’Eglise protestante unie de Côte d’Or

 

Quand le père Dominique Nicolas m’a demandé si j’étais prêt à vous parler au cours de cette messe, j’ai assez spontanément répondu oui, reconnaissant pour l’honneur qui m’était fait mais un peu tremblant devant le défi que cela représentait.

Pourquoi  vous proposer cette prédication aujourd’hui à la fin de la semaine missionnaire mondiale de l’Eglise catholique romaine ? Pourquoi prendre la parole à la place d’un prêtre ou d’un diacre ? Peut-être parce que nous sommes tous appelés à être missionnaires, même sans aller à des milliers de kilomètres d’ici, comme chrétiens, quelle que soit notre Eglise d’appartenance.

Mais la vraie raison est que, dans quelques jours, il y aura exactement 500 ans le 31 octobre, Martin Luther affichait sur la porte de l’église de la Toussaint à Wittenberg, ses fameuses 95 thèses. Et cet événement a été pris comme le début symbolique de la réforme protestante du 16ème siècle.La réalité historique est que Luther a envoyé ses 95 thèses à l’archevêque de Mayence en vue d’un débat universitaire, d’une dispute, sur les indulgences et le trafic qui en était fait. Mais le texte a été diffusé et a soulevé une vaste polémique.

En 1517 Martin Luther avait 34 ans, il était moine de l’ordre des ermites de St Augustin, prêtre et Dr en théologie, fin lecteur de la Bible.

Dans ses premières années,  il était un moine extrêmement scrupuleux. Il était hanté par la mort et par la peur de la mort. Que faire face à un Dieu aimant mais qui exige en retour un amour parfait, donc impossible ? Son respect de la Règle et des rites, ses prières, ses actions ne pouvaient jamais être à la hauteur de cette exigence. La réponse, il l’a trouvée dans les écritures et particulièrement dans l’épître de l’apôtre Paul aux Romains.

Voici ce qu’en a dit le Pape François, au cours d’une célébration commune avec les Eglises luthériennes qui ouvrait la commémoration des 500 ans de la Réforme en octobre 2016, à Lund, en Suède :

« L’expérience spirituelle de Martin Luther nous interpelle et nous rappelle que nous ne pouvons rien faire sans Dieu : « Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ? » C’est la question qui hantait constamment Luther. En effet, la question de la relation juste avec Dieu est la question décisive de la vie. Comme on le sait, Luther a trouvé ce Dieu miséricordieux dans la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ incarné, mort et ressuscité. Par le concept « uni

quement par la grâce divine », on nous rappelle que c’est toujours Dieu qui prend l’initiative et qu’Il précède toute réponse humaine, en même temps qu’Il cherche à susciter cette réponse. La doctrine de la justification, par conséquent, exprime l’essence de l’existence humaine face à Dieu ».

Pour le dire rapidement, la doctrine de la justification énonce que l’homme, toujours pécheur, s’il se repent, est, par la foi en Jésus Christ, trouvé juste devant Dieu. Cette justification ne dépend en aucun cas de ses mérites ou des bonnes actions qu’il peut faire, elle dépend entièrement de la grâce divine. Cette foi dans l’amour de Dieu nous rend libre de toute culpabilité.

Libérés et justifiés devant Dieu ne signifie pas que nous puissions faire ce que nous voulons. Un article de la confession d’Augsbourg de 1530, un texte essentiel pour les luthériens, dit ceci :

«…Cette foi doit produire des fruits et des bonnes œuvres, …il faut que l’on fasse, pour l’amour de Dieu, toutes sortes de bonnes œuvres que Dieu lui-même a commandées. Mais il faut se garder de mettre sa confiance dans ces œuvres et de vouloir mériter par elles la grâce de Dieu. Car c’est par la foi en Christ que nous obtenons la rémission des péchés et la justice… »

Relisons les premiers versets de la lettre de Paul aux Thessaloniciens à cette lumière.

Souvenez-vous que cette 1ère lettre aux Thessaloniciens est la première en date des lettres de Paul donc aussi le plus ancien écrit du Nouveau Testament ! Sa compréhension du salut par la foi y est déjà inscrite.

« …sans cesse, nous gardons le souvenir de votre foi active, de votre amour qui se met en peine, et de votre persévérante espérance, qui nous viennent de notre Seigneur Jésus Christ, devant notre Dieu notre Père, sachant bien, frères aimés de Dieu, qu’il vous a choisis. »

Et la note sur ce dernier verset, dans la TOB, la traduction œcuménique de la bible, dit ceci :

« Dans l’Ancien Testament, l’élection est le privilège d’Israël, appelé pour cette raison le peuple élu : Dieu l’a choisi parmi les autres peuples, non en vertu de ses mérites particuliers, mais par pure grâce.

Paul reconnaît maintenant aux communautés chrétiennes d’origine grecque le même privilège, qui a sa source dans l’amour gratuit du Dieu Sauveur. » Fin de citation.

Aujourd’hui, ici, nous faisons partie de ces « communautés chrétiennes d’origine grecque » ; c’est bien à nous qu’est adressé ce message : nous sommes bénéficiaires de l’amour de Dieu en dehors de tout mérite de notre part.

Et l’apôtre ajoute : « En effet, notre annonce de l’Evangile chez vous n’a pas été seulement discours, mais puissance, action de l’Esprit Saint et merveilleux accomplissement. »

C’est par l’Esprit Saint que nous recevons cette foi en un Dieu qui fait miséricorde.

Permettez moi de terminer en citant la théologienne et pasteur Katharina Schächl de l’Eglise Protestante Unie de France, dans un article du dernier n° de la revue Unité des Chrétiens consacré au thème de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens de 2018 ; le thème est une citation du livre de l’Exode : « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur ».

Et Katharina Schächl écrit à propos du Christ libérateur :

« Le Christ qui accueille l’imperfection humaine, le Christ qui promet sa présence sans aucune exigence de contre-don, le Christ qui fait entrevoir une humanité déconcertante de Dieu, le Christ qui permet d’espérer une vie plus forte que toute mort… A condition d’y accorder sa foi, d’exercer notre don à faire confiance, l’être humain peut alors faire l’expérience libératrice d’être le bien-aimé, la bien-aimée de Dieu, en dehors de tout cadre d’évaluation par l’échec ou la réussite. Une liberté d’enfant de Dieu, pour rien ! Quelle bonne nouvelle pour aujourd’hui ! »

Amen.


homélie des 14 et 15 octobre 2017

Homélie 28ième dimanche ordinaire A

Francis ROY, diacre

L’Evangile ne nous donne jamais de grandes définitions abstraites sur Dieu, sur le ciel et sur l’Eglise. Non ! L’évangile est plutôt un grand livre d’images.          Et  l’image de ce dimanche, utilisée par Jésus ne semble pas si désuète qu’on puisse le penser, même si elle revêt un caractère oriental, bien marqué de              l’époque du Seigneur. Jésus nous présente un Dieu qui « marie son fils » ……pour nous, c’est la plus belle histoire du monde … la plus belle histoire d’amour ! Nous comprenons bien évidemment qu’il s’agit de Jésus lui-même … oui, Jésus est « amoureux » … il a épousé une fiancée qu’il aime passionnément : l’humanité. Cette image des noces, court comme un « fil d’or » dans toute la Bible : depuis les prophètes … Osée, Isaïe, Jérémie, Ezékiel … puis dans les Psaumes, Marc, Jean, Matthieu … ensuite dans les lettres de Paul et même dans l’Apocalypse … oui d’un bout à l’autre de la révélation, les relations de Dieu avec l’humanité sont une alliance, des « épousailles ».

Nous pourrions, à juste titre, nous poser la question de savoir ce que cela changerait à notre « foi » si, au lieu de considérer notre « religion » comme des vérités à croire et des préceptes de morale à observer, nous arrivions à l’envisager vraiment comme une histoire d’amour… Une histoire d’amour entre Dieu et sa création, un message d’espérance pour notre humanité. Et justement, pour cette humanité,  Dieu rêve d’un banquet universel, un festin royal … une grande fête où Il rassemble ses invités …  Dieu invite, et avec insistance, il ne se décourage pas, mais ! Comble de malheur … que font les conviés …  « ils n’en tiennent aucun compte, ils s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce » nous dit l’évangile… Et là, frères et sœurs, il n’est pas faux de dire qu’il s’agit de chacun d’entre nous. Car c’est à vous et à moi que Dieu a envoyé une carte d’entrée. Avons-nous conscience d’être attendu ? Avons-nous conscience qu’il y a une place pour chacun d’entre nous à la table du Seigneur ? Il faudrait vraiment que l’on prenne le temps de nous interroger sur les appels que Dieu ne cesse de nous adresser et que nous laissons passer consciemment ou pas !

Eh bien c’est sans doute que nous avons encore du mal à nous convertir, à changer notre regard. Car Dieu, en effet, invite tout le monde à son banquet. « Les mauvais comme les bons ». Ce ne sont pas nos propres sacrifices, petits ou grands, qui sauvent l’humanité, ou une petite partie d’humanité, même s’il nous arrive heureusement de faire le bien. C’est le sacrifice de Jésus par sa passion et par sa croix qui, une fois pour toutes, définitivement, sauve le monde. C’est même pour ça qu’il est venu ! Dieu ne se contente pas de faire plaisir à un « fan club » à qui il accorderait des privilèges pour les remercier de leur soutien. Il aime autant, d’un même amour infini, chacun des êtres à qui il donne la vie. « Les mauvais comme les bons » ! Et il les invite tous à son banquet.

Alors, à quoi bon se donner tant de mal à essayer de faire le bien ?

C’est là que l’on peut, peut-être mieux comprendre la fin de cette parabole, cet épisode final de l’invité qui n’a pas le vêtement de noces et que le roi jette dehors. Souvent, cette conclusion de la parabole nous surprend, nous déstabilise, ou peut-être même nous scandalise. Alors, il est sûrement utile de nous arrêter un instant sur cet épisode final.

Certes, tout le monde est invité, « les mauvais comme les bons ». C’est par pure générosité de la part de Dieu que nous sommes appelés, non à cause de nos mérites. Car tous, si nous nous posons la question « suis-je digne du Ciel ? », et que nous sommes honnêtes, nous savons bien que notre réponse est « non ». Mais ce n’est pas cette question que Dieu nous pose. Il ne nous demande pas si nous en sommes dignes.

La vraie question est : « est-ce que j’accepte vraiment comme don ce que Dieu me donne ? ». Car de toute façon, que je le veuille ou non, Dieu donne. Libre à moi d’accepter ce don, d’habiller mon cœur du vêtement de noces que Dieu a taillé sur mesure pour moi. C’est ce qu’on appelle répondre à sa vocation. Libre à moi de le refuser et de considérer que tout ce que j’ai, tout ce que je suis, je ne le dois à personne d’autre qu’à moi-même. C’est cet orgueil qui nous déshabille le cœur aux yeux de Dieu, mais aussi à nos propres yeux et aussi aux yeux des autres. Le refus de porter le vêtement de noces, ce n’est pas la simple ignorance des conventions vestimentaires. C’est l’attitude volontairement provocatrice de celui qui, se sachant invité, décide de profiter du festin sans accepter en retour de donner un minimum de lui-même, de s’ajuster à la grâce qui lui est faite par cette invitation. Pas plus.Alors, pour que nous soyons revêtus du vêtement de noces, que devons-nous faire ? Une réponse se trouve dans le livre d’Isaïe, au chapitre 25, que nous avons entendu dans la première lecture : il y est question aussi d’un festin « de viandes grasses et de vins capiteux », que le Seigneur aura préparé « pour tous les peuples, sur la montagne ». Tous les peuples, c’est à dire encore une fois « les mauvais comme les bons », les croyants comme les païens ; et « sur la montagne », c’est-à-dire dans son royaume. Et la réponse à la question « que devons-nous faire ? Comment revêtir ce vêtement de noces ? », la voici au verset 9 de ce passage d’Isaïe : « Et ce jour-là, on dira : « voici votre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Voici ce qui nous est demandé : faire simplement cet acte de foi envers Dieu, reconnaître humblement qu’il est Dieu, que tout nous vient de lui, et que c’est lui qui nous sauve. Repousser notre orgueil qui nous fait croire que nous pouvons nous sauver nous-mêmes.

Si nous sommes dans cette disposition de cœur, si nous sommes revêtus de ce vêtement d’humilité, alors, Dieu nous accueillera avec joie, et nous pourrons nous réjouir nous aussi, avec tous nos frères, au banquet des noces de son fils.

Parabole des Ouvriers de la Vigne

En 1863 à a commencé en France, puis partout en Europe, une crise qui a ravagé l’ensemble des vignobles. Le phylloxéra détruisait à une vitesse folle tout le vignoble. Et pour éviter une propagation catastrophique de ce puceron, il fallut arracher tous les pieds de vigne. Ce fut un drame pour la viticulture, et un drame humain extrêmement violent et fort. Il fallut tout replanter dans un tout autre contexte viticole et sociologique et politique et économique.

C’est ce que l’Évangile vient de nous dire, après le prophète Isaïe. L’un et l’autre nous ont parlé de ce drame. L’un et l’autre nous font comprendre aussi cette souffrance de la grosse colère du paysan viticulteur — et aussi la souffrance de Dieu. L’un et l’autre se sont épuisés à travailler en vain. Leurs efforts ont été battus en brèche par quelque chose qui suçait l’énergie jusqu’à la racine : le puceron du phylloxéra supprimait toute la sève ; l’injustice et la violence ont massacré les prophètes et Jésus le Christ. L’injustice, la violence, l’âpreté à l’argent, la volonté d’accumuler du pouvoir… et j’en oublie… voilà des phylloxéras qui ravagent une humanité jusqu’aux racines…

Tout cela a été mortel pour cette  vigne de Dieu que nous formons tous. Cela a été mortel pour Dieu lui-même : oui, c’est avec nos violences et nos égoïsmes que nous  l’avons mis en croix…

En bon paysan, Dieu est viscéralement attaché à sa terre. De toutes ses entrailles, nous lui sommes chers. Dieu n’est pas une idole insensible, contrairement à ce prétend le païen que nous avons toujours en nos têtes : oui, le Dieu de la Bible est toujours à découvrir, au-delà de nos idées sur lui  — vous savez, ce Dieu dont on demande parfois « Qu’est-ce que j’e lui ai bien fait pour qu’il m’arrive telle catastrophe ? ».  Il  a des sentiments forts. Il aime la vie. Il croit à la vie. Et il souffre quand nous refusons d’être ce à quoi il croit ; refusons d’être ce qu’il aime. Quand nous refusons d’être sa vie.

Nous lui sommes son grand crû. Il aime ce qu’il a planté, il nous connaît. Il sait que quelque chose peut redémarrer.

Pour que rien ne soit perdu, il opère une greffe :   sur Jésus pour que la sève du Christ monte en nous. Il nous replante en « ce Christ que les bâtisseurs, crispés sur eux-mêmes, ont rejeté ». Dans cette nation étrange qui accepte et revendique d’appartenir  à l’homme aux bras écartelés.

Alors nous ne risquons plus  de porter du verjus. Notre vrai fruit sera la sainteté reçue du Christ Jésus. Car il est notre seul plant de Vigne possible.

« Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

Dominique Nicolas

ce vendredi 6 octobre La Prière du Matin de Saint Bruno le Chartreux

« Seigneur,

dans le silence de ce jour naissant, je viens Te demander la paix, la sagesse et la force.

Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux tous remplis d’amour, être patient, compréhensif, doux et sage, voir,  au-delà des apparences, Tes enfants comme Tu les vois Toi-même, et ainsi, ne voir que le bien en chacun.

Ferme mes oreilles à toute calomnie, garde ma langue de toute malveillance, que seules les pensées qui bénissent demeurent dans mon esprit, que je sois si bienveillant et si joyeux, que tous ceux qui m’approchent sentent Ta présence, revêts-moi de Ta beauté, Seigneur, et qu’au long de ce jour, je Te révèle.

Amen. »

Saint Bruno le Chartreux (1030-1101)

Prédication de rentrée

23° dimanche du temps ordinaire

Prophète ÉZÉCHIEL, chap. 33, 7-9

Apôtre PAUL, lettre aux Romains, chap. 13, 8-10

Évangile de MATTHIEU chap. 18, 15-20

 

Il y a chaque été dans les forêts du Midi des personnes indispensables : les guetteurs qui surveillent les risques d’incendie. C’est ce que le prophète Ezéchiel nous propose d’être. C’est le service que se propose une communauté d’Église. En période de rentrée, comme nous vivons en ce moment, nous voulons être des veilleurs au service de la vie et nous voulons en prendre les moyens.

Ezéchiel nous dit qu’il faut se parler. Quand on a vu un risque vital, il n’est pas possible de se taire — ou alors, on devient complice et criminel soi-même.

Peut-être vous est-il déjà arrivé que des amis vous disent ce qui clochait chez vous ? C’est rude à entendre mais c’est une vraie grâce. Il faut supporter le vis-à-vis, s’expliquer face à face, tout poser à plat sur la table : ce qui était compliqué et obscur se laisse déplier. C’est bien autre chose que de parler dans votre dos et de faire des racontars.

Là, au contraire, cela se passe en pleine clarté. Même s’il y faut du temps, on choisit de servir la lumière. On s’engage de part et d’autre, il y a de l’espérance et de la confiance malgré tout ce que l’on a à se dire. La vraie charité, l’amour qui vient de Dieu, c’est cela.

C’est ainsi que l’on bâtit, que l’on rebâtit. Se parler, se parler vrai, c’est réparer le monde, comme disent les amis de la Synagogue ; c’est le restaurer comme il était au premier Jour… –Ce Jour Un, où la parole de l’Eternel appela la Lumière au jour puis fit foisonner tout le reste.

Avec toutes nos manières de veiller sur le monde, nous aidons Dieu le Père dans son acte créateur. Nous aidons Dieu à être Dieu. Voilà pourquoi l’Eglise et nos communautés existent.

 

L’autre moyen, c’est d’être pacifique et pacifiant. C’est la méthode de Jésus. Être de telle façon que les autres se sentent bien avec vous, qu’ils respirent plus large. Avoir en soi, comme dira saint Paul, le bon parfum de Dieu, celui qui n’entête pas, qui ne s’impose pas, mais qui change l’atmosphère.

Nous n’en sommes que les flacons, dira toujours le même saint Paul, mais tellement fiers et heureux de proposer à nos frères humains un produit de cette qualité !

Proposer la réconciliation ; proposer l’espérance : ce qu’on appelle une Bonne Nouvelle.

Proposer une vie avec d’autres, une Communion.

Proposer une vie épanouie, une vie réussie : ce qu’on appelle la Sainteté.

La mission d’une Église, c’est d’unir et d’unifier chaque personne rencontrée et toute réalité de ce monde, dans la clarté d’une parole vraie où chacun fait avancer la paix.

Parole + Lumière + Création : c’est le monde de Dieu, du Dieu de l’alliance. Une communauté chrétienne a d’abord pour mission de vivre en lui. Alors, elle peut  offrir au monde de vivre dans la sainte trinité pour qu’il donne, enfin réconcilié et réparé,  le meilleur de lui-même.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. AMEN