agenda de la semaine

 

du 18 au 27 janvier : semaine de prière pour l’unité des Chrétiens

 


Vendredi 18 : 20 h, Crypte du Sacré Coeur, Veillée d’ouverture de la Semaine de l’Unité

Samedi 19 : attention : 18 h, seule Célébration eucharistique du week-end à Saint-Joseph !


ÉCHANGE DE CHAIRES ENTRE LE TEMPLE DE L’EGLISE PROTESTANTE UNIE ET LA PAROISSE SAINT-JOSEPH :

Dimanche 20 :10 h 15, célébration de la Parole au Temple, Bd de Brosses, où nous nous retrouverons tous -

Prédication Claude COMPAGNONE – Repas tiré du sac et partagé pour tous ceux qui le désirent

14 h – 16 h, temps de partage

16 h,  Vêpres oecuméniques à la Cathédrale St Bénigne,  avec  le choeur du séminaire orthodoxe russe de Paris, les Ambrosiniens et le choeur de la maîtrise de la cathédrale

(pas de célébration à Saint-Joseph)

 


Mardi 22 :17 h 30, catéchèse primaire

20 h 00, PROPOSE PAR LE CONSERVATOIRE REGIONAL DE MUSIQUE : CONCERT SYMPHONIQUE AVEC 80 MUSICIENS

Mercredi 23 : 20 h 00, Lire la Bible Ensemble, 1ère lettre de St Pierre ch. 2, versets 11 à 18 « Le Croyant dans un monde non croyant »

Vendredi 25 : 18 h 30, messe à la chapelle avec les familles des défunts accompagnés ce mois au crématorium

Samedi 26 : 17 h 30, MEJ


Dimanche 27 :10 h 30, à Saint-Joseph, messe de clotûre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens,    avec prédication du pasteur Sébastien FRESSE

11 h 30, apéritif

 

 

 

 

homélie du dimanche 13 janvier 2019 ( Fête du baptême du Seigneur)

Par le Père Denis MARION

 

Nous fêtons aujourd’hui le baptême de Jésus.

Le mot ‘baptême’ signifie ‘plongeon, plongée’. En grec, plonger se dit ‘baptô’.Baptême de l’air, baptême du feu : le jour de la première fois. Le jour où Jésus plonge dans sa mission . Ce jour-là est bien réel. C’était dans les années 27-28 de notre ère. Un vaste mouvement baptiste était né pour engager le peuple des croyants à un nouveau départ, à un changement de vie, pour permettre à Dieu d’instaurer son Règne face à la pression romaine, à la vénalité des grands-prêtres,  à l’arrogance des scribes, à la précarité des endettés. Jean-Baptiste en était le prophète reconnu. L’historien Flavius Josèphe nous parle de lui, à la fin du 1er siècle. Les gens venaient de partout. Un jeune trentenaire, Jésus de Nazareth, se joint à eux, adhère au mouvement et plonge dans le vif de l’action avec les suites que l’on sait. Moment décisif pour la suite de l’histoire du monde. Commémorons donc ce jour unique. Nous en avons l’habitude en France : 14 juillet, 11 novembre, 8 mai , et tant et tant d’autres. Très bien, mais encore….

Il y a là plus qu’un simple souvenir du passé. Très tôt après la résurrection, les disciples de Jésus et la liturgie de l’Eglise après eux ont pris toute la mesure de l’événement, qui nous touche encore de près aujourd’hui. Ce n’est pas seulement le baptême de Jésus, c’est le baptême du Seigneur, puisqu’il concerne Celui qui est toujours vivant et agissant parmi nous.

La fête du baptême du Seigneur est un moment décisif de l’année liturgique. Elle est à la fois le dernier dimanche du cycle de Noël et le premier dimanche du Temps ordinaire, transition entre l’intimité des familles et la rudesse de la vraie vie.

Aujourd’hui est présenté, désigné, investi par Dieu lui-même Celui que Jean-Baptiste a désigné comme le plus fort, Celui qui nous immergera dans l’Esprit et le feu. Il va être le héros du grand récit évangélique qui nous accompagnera sur le chemin de la foi tout au long de cette année C. Bien saisir son identité est de première importance pour percevoir la portée profonde de son action dans chacun des évangiles qui seront lus cette année.

Le portrait qui nous est fait de lui aujourd’hui est le reflet de ce que S Luc a retenu de lui. Il a ses accents propres par rapport à ceux qu’expriment Marc et Matthieu. Il s’approcherait de celui que fait Jean. Mais l’Eglise veut élargir l’horizon , et à travers le texte d’Isaïe, le psaume 103 et la lettre de S.Paul à Tite, elle veut encore  dévoiler toute la portée de ce baptême du Seigneur, par rapport au passé et par rapport à notre présent et à notre avenir. Je dégagerai quatre chemins d’entrée dans ces textes, à travers quatre thèmes de l’évangile de Luc, qui rayonnent sur l’ensemble de son œuvre :

le peuple  -  la prière  -  l’aujourd’hui de Dieu  -  la joie  — le tout baignant dans la nouveauté, l’embrasement, l’énergie créatrice de l’Esprit du Père.

« Le PEUPLE venu auprès de Jean-Baptiste était dans l’attente et tous se demandaient en eux-mêmes  si Jean n’était pas le Christ(=le Messie) », c’est tellement rassurant d’avoir le personnage

providentiel, cet alibi dont on pense qu’il pourrait tout régler à notre place, que sa fonction soit politique ou religieuse, le Pape, le Président !

Ce peuple, c’est bien nous . Il nous représente tous. On va le retrouver tout au long de l’évangile de Luc au premier rang des auditeurs de Jésus, attentif et prompt à l’émerveillement, mais lent à s’engager vraiment…jusqu’au pied de la croix : « Le peuple restait là à observer. » Luc 23,35

Le texte d’Isaïe universalise la portée de ce constat. Dans d’autres temps aussi le peuple est en souffrance, pas seulement quand il prend des gilets ou des stylos de couleur. Déjà les exilés de Babylone (Isaïe) désespèrent de s’en sortir ; les contemporains de Jésus peinent sous le régime d’occupation romaine. Et nous-mêmes sommes accablés par l’orgueil, l’injustice, la corruption, le cynisme, l’aveuglement du monde, qui ont leur prolongement jusqu’en notre propre cœur.

Il a encore bien du chemin à faire, ce peuple, avant de devenir ce « peuple ardent ) faire le bien » dont rêve le Père, comme nous le dit S.Paul.Mais enfin, il est en attente, là au bord du Jourdain. Tous ces gens reconnaissent leur péché, prennent leurs bonnes résolutions de début d’année. Il décident de changer les choses :  le climat, le niveau de vie, les relations sociales. En se purifiant dans les eaux du Jourdain(rive est!), c’est comme s’ils voulaient tout reprendre à zéro depuis Moïse et faire une entrée toute nouvelle en Terre promise. Mais l’idée qu’ils s’en font n’est peut-être pas tout à fait la bonne. Jean-Baptiste leur a annoncé le jugement de Dieu qui va tout régler d’un coup, par l’Esprit et le feu( style Elie! cf Luc 9,53-55) : « La cognée est à la racine de l’arbre »Luc 3,9 ; « Il va brûler la paille au feu qui ne s’éteint pas » Luc 3, 17. Pas tendre, Jean-Baptiste ! Les bons d’un côté, les méchants de l’autre ! Gare ! (Notez que la liturgie a omis ce passage, pour ne pas vous faire de peine!) Nous entrons souvent dans ces vues du Baptiste dans nos sursauts de bonne volonté ; soit on baisse les bras dans un pessimisme moral ou une culpabilité latente ; soit on se raidit dans des jugements tranchants ou une rigidité qui exclut. Jean-Baptiste lui-même a bien conscience d’être dépassé, qu’il ne fait que préparer le terrain à un autre. »Celui qui vient après moi est plus fort que moi. » Mais le plus fort qui vient ne sera-t-il pas encore plus sévère ? Tout cela n’est pas très rassurant. Qui pourra tenir ? (cf le sixième sceau, Apoc 6, 12-17)

Là-dessus Jean quitte la scène. Luc nous raconte ici de manière anticipée  ses démêlés avec Hérode et son arrestation (passage omis). Même si l’homme se bouge, cela ne résout pas tout. Luc le redira : « La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean le Baptiste ; depuis lors le Royaume de Dieu est annoncé et chacun met toute sa force pour y entrer. »Luc 16,16. Entre nos efforts humains et le Royaume, il y a un abîme infranchissable que seule le grâce du Père en Jésus-Christ et l’irruption créatrice de l’Esprit-Saint peuvent nous faire franchir.

C’est là qu’arrive la PRIERE qui seule nous ouvre à l’accueil de l’Esprit de Dieu (cf Actes 1,14)

Alors Jésus paraît. Jean n’est plus là pour le montrer du doigt. Un temps nouveau est là. Jésus vient de lui-même, souverainement ou plutôt il paraît de façon étrange propre à faire tomber nos peurs du jugement de Dieu. « Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. » Admirable phrase, où tout est dit de façon visuelle, encore faut-il ne pas perdre contact avec la lettre du texte et en peser chaque mot.

Trois choses ressortent qui nous épatent :

Le peuple s’est fait baptiser, cela, on en connaissait et le fait et les raisons. Mais voici que Jésus arrive par le même chemin que ce peuple, par la petite porte ; il se fait l’un d’entre eux et reçoit de l’un d’eux le baptême. Il est solidaire jusqu’au bout de notre misère et de notre fragilité et il se rend même dépendant de nous. « Fils d’Adam,fils de Dieu », dira la généalogie de Luc en 3, 38. Dans l’adieu qu’il a fait lire pour ses obsèques, mon ami, le P.Pierre Auffret, parle de « son frère Dieu, qui lui a tant donné de sa Vie ici-bas. »

Ensuite, solidaire du peuple, Jésus PRIE. Il prie son Père, bien sûr ; mais dans sa prière il englobe tous ces nouveaux frères avec qui et pour qui il s’est plongé dans les eaux incertaines de l’existence. (Il faudrait lire ici le psaume 123(124)). Cette prière, expression de sa relation constante avec le Père (Jean 5, 19-20), Jésus la pratiquera tout au long de sa route, spécialement aux moments-clés de sa mission : choix des apôtres(Luc 6,12), confession de Pierre(9,18), Transfiguration (9,28-29), avant la révélation du Notre Père(11,1), avant l’annonce du reniement de Pierre(22,32), face à ses bourreaux(23,34), à sa mort(23,46). Il continue d’ailleurs de le faire dans l’éternité : Rom 8,34 ;Heb 7,25.

Alors seulement le ciel s’ouvre et l’Esprit est donné, une fois pour toutes.

L’AUJOURD’HUI du salut. Le ciel s’ouvre, où règne celui qui est au delà du temps, hier, aujourd’hui et demain. Comment mettre des mots sur l’inexprimable venue de l’Esprit-Saint. Le langage bafouille/ Luc dit : « comme une colombe ». Un peu flou certes, mais flou bien réel, quelque chose qui dit : amour paix, pureté. Par divers mots, Luc insistera tout au long de son œuvre, Actes compris, et davantage que les autres évangiles, sur cette puissance de l’Esprit à l’oeuvre  en Jésus. Un seul exemple en Luc 6,19 : « Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. »

De toutes façons, si la vue se brouille la voix du ciel le dit clairement : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé. » c’est dire d’emblée au lecteur de l’évangile que l’homme Jésus, notre frère, est bien ce Fils de Dieu annoncé depuis le début à Marie et qu’elle a porté dans son sein, que les anges ont chanté, que Syméon a reconnu et dont la première parole d’adulte a été de dire qu’il lui fallait être chez son Père.

C’est lui que les porteurs de bonne nouvelle d’Isaïe 40 annonçaient à Jérusalem : « Voici le Seigneur Dieu…Comme un berger, il fait paitre son troupeau…son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur. »

Cette parole du Père rappelle le décret d’intronisation du roi établi à Jérusalem et qui sera le chantre et le protagoniste du psautier : »Je proclame le décret du Seigneur : il m’a dit :’Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande et je te donnerai les nations en héritage.’ »Ps 2,7s

Cette parole dite sur celui qui émerge des eaux de la mort est prononcée dans un éternel AUJOURD’HUI. Cet aujourd’hui, absent de notre texte lui-même, apparaitra tout au long de l’évangile de Luc, en particulier 2,11 ; 4,21 ; 5,26 ; 19,5-9 ; 23 43. En Jésus, la royauté de Dieu s’exerce déjà. Luc 17,20-21 : »La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On en dira pas :’Voilà, il est ici !’ ou bien ‘Il est là’. En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. »

Et le bon larron en fait l’expérience : »Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Jésus lui déclara :’Amen, je te le dis : aujourd’hui avec moi, tu seras dans le Paradis’ .»

Luc 23,43 .Qui se confie à Jésus a déjà un pied dans le Paradis.

Alors, c’est la JOIE qui vient à nous. « En toi, dit le Père, Je trouve ma joie. »

Le Père nous offre de partager sa joie. Il nous invite à nous réjouir avec lui.

Quelle est cette joie du Père ? C’est celle de rassembler tous ses fils grâce au Fils qui les recherchera en son nom. Le chapitre 15 est central dans S.Luc : »Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue. Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n ’ont pas besoin de conversion. » Luc 15,5

Car, tant qu’à faire, puisque cet étrange Fils s’est solidarisé avec tous ces hommes pécheurs, le Père considère qu’eux aussi sont pleinement ses fils . C’est là qu’il faut faire intervenir S.Paul dans sa lettre à Tite : »Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes…Il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa MISERICORDE… » Encore un thème majeur de l’évangile de Luc : la miséricorde infinie de Dieu en Jésus. « Par le baptême, il nous a fait renaître…et nous a renouvelés dans l’Esprit-Saint, afin que, rendus justes par sa grâce,, nous devenions en espérance héritiers de sa vie éternelle. »

C’est toute cette deuxième lecture qu’il faudrait lire en détail. Elle nous montre les retombées pour nous  de ce baptême du Christ. Mais nous n’avons pas le temps de le faire ici. Qu’importe ! Baptisés dans le Christ ,nous avons en nous l’Esprit qui crie en nous : Abba, Père. Il nous rappelle toutes choses. La semaine n’est-elle pas faite pour ruminer et se nourrir des textes du dimanche ?

Mais il faut CONCLURE :

Laissez-vous consoler, mon peuple. Mon peuple français, trêve d’autoflagellation!

Faites des choix, bougez-vous, comme dit le Baptiste. Sans désir, Dieu ne peut rien pour vous.

Ne dites pas : «Je n’arrive pas à prier ». Faites silence et écoutez la voix qui murmure en votre cœur : « Toi, tu es mon fils Bien-aimé ! » vous verrrez , ça change tout quand on comprend que Dieu nous cherche et que ce que nous attendons a déjà commencé.

Enfin soyez dans la joie, la joie du Père, du Fils et de l’Esprit, aujourd’hui.

Et répétez-vous ce verset du psaume 103 pour voir clair dans vos états d’âme :

« Tu caches ton visage, ils s’épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à la poussière ; (mais) tu envoies ton Souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre. »

 

 

 

 

 

 

ÉPIPHANIE 2019

Par les Rois Mages, l’Eternel accomplit librement l’attente  des hommes et du prophète

Isaïe en avait rêvé ; il les attendait en sachant qu’ils arriveraient.

Isaïe les attendait, càd que la Bible les attendait, càd le Seigneur Dieu. Donc nous… sans peut-être trop le savoir.

Et voici qu’ils sont arrivés. Ils viennent du plus lointain Orient, de l’Orient de tous les rêves — et aujourd’hui de tous les cauchemars ; ils viennent du fond des questions humaines ; ils viennent du fond de ce que les hommes savent et de leurs interrogations ; du fond de la grandeur qu’ont les hommes quand ils se mettent en route.

Et ils veulent comprendre.

« Nous cherchons où est le roi qui vient de naître » disent-ils. Et leur parole montre qu’ils sont allés très loin et qu’ils ont déjà beaucoup compris. Sans peur ni esprit de concurrence, ils interrogent.

En vrais chercheurs de vérité, ils savent qu’ils ont besoin des autres pour avancer.

Et les voici maintenant, ce soir/ce matin devant le but qu’ils espéraient. Devant eux, c’est l’enfant et au-dedons d’eux, la joie.

La joie, c’est le bon signal, le marqueur. Dieu est là.

Comme font toutes les bonnes marraines et tous les bons parrains, ils offrent leurs cadeaux. Ils ont apporté ce qu’ils avaient imaginé de plus précieux et de plus beau pour un fils de roi : l’or de la majesté et du pouvoir, l’encens pour adorer le dieu qui est en lui, la myrrhe pour lui donner le bien-être général du corps et de l’esprit, pour accompagner sa vie éternelle, son immortalité ………..

Mais ils font un geste qui va tout déplacer … en eux … peut-être en nous puisque nous sommes avec eux … peut-être dans le monde, puisque nous sommes dans le monde.

Ils sortent leurs cadeaux de leurs emballages et les déposent devant l’enfant. Dès l’instant de leur partage, ils sont transfigurés par lui ; le silence de Marie a pénétré en eux. Le respect est leur univers.

Comme une dent cariée, ils ont extrait leur or. Ils n’ont plus la soif de la richesse, de l’avoir ou du pouvoir. Le clinquant est démonétisé. Et notre surconsommation. Et notre gaspillage.

2° chose : l’encens pour Dieu. Devant l’enfant fragile, ils abandonnent leurs idées sur la divinité. Plus jamais le Seigneur Dieu ne sera le Tout-Puissant. Ce que disait le psaume s’accomplit : « Dieu est bon pour le pauvre, il fait droit aux malheureux »… « Venez à moi, dira Jésus, vous les exclus, vous qui souffrez « . Ils sont avec lui, eux, les étrangers …ils sont avec lui, là, à l’adorer : eux, la preuve de qui est vraiment le Dieu des nations, des gens interdits.

Et la myrrhe : En fait, ce seront 30 ans plus tard que les parfums le rejoindront, lui l’homme de la croix, sans qu’ils servent davantage à son embaumement, puisque sa Résurrection a tout dépassé. Notre peur de la mort n’a plus de sens. C’est-à-dire notre peur de vivre, notre refus de vivre. Puisque, justement, la Résurrection a tout dépassé

Alors, ils peuvent repartir tout libres, « par un autre chemin ». Comme partiront les Femmes, le matin de Pâques, vers les Disciples, portant la Paix, puisque tout a changé.

La vie pour manteau.

La joie pour richesse.

En prière, le goût du frère.

Et Dieu, infiniment autre et infiniment présent.

Juste à contempler. A adorer. A contempler.

oère dominique nicolas

Homélie du 30 décembre 2018 (fête de la Sainte Famille)

par Francis Roy, diacre

Mardi dernier nous fêtions la naissance de l’enfant Jésus et voici que, dans l’évangile d’aujourd’hui, nous entendons parler de Jésus à douze ans, lors de sa Bar Mitzvah, c’est-à-dire son entrée dans l’âge adulte, moment solennel où il va au temple avec ses parents.

À celui qui est familier des évangiles, le signe qui nous est donné à chaque page, est toujours le don de l’amour de Dieu ; chaque page est une invitation à regarder la vie qui nous est donnée en plénitude. Si Noël marque un commencement capital, Pâques nous montre le terme.

Aujourd’hui, cet épisode au Temple de Jérusalem préfigure, anticipe ce passage, cette Pâque à venir. Le texte de Luc que la liturgie nous offre en cette fête de la Sainte famille est à comprendre comme un Prologue pascal. Ce n’est pas un hasard si nous retrouvons dans ce récit, les signes de Pâques :

  • C’est au bout de trois jours que les parents de Jésus le retrouvent enfin. Ces trois jours sont à rapprocher des trois jours du tombeau.
  • Comme pour chacune des annonces de la Passion et de la Résurrection, il est dit des proches de Jésus, et aujourd’hui de ses parents, qu’ils ne comprirent pas ce qu’Il leur disait. Nous voyons comme il est difficile pour les apôtres, comme pour Marie et Joseph, de comprendre le message du Christ, et pour nous donc !
  • Enfin, puisque la dernière parole de Jésus en Croix avait été, dans l’évangile de saint Luc, une parole de confiance vis-à-vis de son Père, la première parole biblique de Jésus est pour son Père. Il dit : « C’est chez mon Père que je dois être. »

Oui ! Aujourd’hui, l’évangile nous invite, à une pâque, à un passage. Si nous parlons de «  Sainte Famille » et aujourd’hui de « familles » au sens large, c’est que, sans aucun doute, les textes de ce jour apportent une pertinence, une originalité dans la compréhension des familles que nous formons. Telle est cette Sainte famille qui nous est donnée à contempler, celle de Marie et de Joseph.

En lisant et en priant ces textes, en essayant d’accorder cela avec nos familles, il me semble pouvoir distinguer trois pistes de réflexion :

La première est le constat des « familles en turbulence ». Il me semble que la famille promue par l’Église n’est pas une famille parfaite ! La Sainte Famille qui nous est présentée en modèle s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée et souvent difficile. C’est une vraie famille, comme il y a en a tant dans le monde, bousculée sur le chemin de la vie… La famille de Nazareth ne sera pas épargnée. Rappelez-vous :

  • Précarité au moment de la naissance, pas de lieu où loger.
  • Difficultés de compréhension entre parents et ados (relisons simplement l’évangile de ce jour !)

Nous tous qui formons ces familles, regardons donc vers la famille de Joseph et de Marie ! Oui, comme les nôtres, cette famille a connu les déchirements, les angoisses. Elle s’est battue avec courage dans les turbulences de la vie. Toutes ces difficultés que nous vivons, d’autres les ont connues avant nous… Mais ce qui est remarquable, c’est que cette Sainte Famille est restée unie et a tenu bon, confiante en Dieu au sein même des épreuves ! Il n’y a pas de famille idéale ou parfaite, qui pourrait se construire juste « en claquant des doigts » ! Il y a des familles qui cherchent à tenir bon et prennent les moyens concrets pour rester unies (WE en couples, retraites, conseillers conjugaux, etc.…)

La deuxième réflexion nous invite à méditer sur la vérité de nos relations, sur la vérité dans nos modes relationnels. Il n’y a pas si longtemps que cela, les familles étaient des lieux d’apprentissage et de transmission ; Dieu merci, cela continue dans de nombreuses familles ! Mais reconnaissons que ces dernières décennies ont fait complètement éclater la cellule de base qu’était la famille. C’est vrai ! Simplement en regardant ce qui se passe autour de nous, nous pouvons voir combien de drames sont vécus aujourd’hui dans des familles éclatées, désunies, combien de parents sont démunis face aux nouvelles technologies parfois beaucoup mieux maitrisées par des enfants qui en savent plus ! Beaucoup s’en désolent, le regrettent et certains baissent les bras !

Au moment du mariage, tout n’est pas acquis ! Chaque jour, il nous faut réapprendre les modes de communication, de tendresse, de pardon, etc…, pour notre couple ! Tous les couples ont besoin de réfléchir ensemble et d’être aidés pour avancer. C’est ensemble que nous pouvons apprendre, découvrir, se conforter. Le couple, la famille, sont des lieux essentiels de structuration. Même si la vie de famille n’est pas “un long fleuve tranquille“, c’est toujours possible. La famille est belle !

Spontanément, nous rêvons tous (et c’est une utopie) d’une famille sans heurts ni conflits, ni combats… Les critères ultimes face à nos différences et à nos propres blessures sont toujours le dialogue, le pardon et la confiance. Nos familles sont-elles le lieu de cet authentique dialogue, d’un amour tel qu’il supporte les confrontations exigeantes ? Nous savons bien que cela peut être décapant bien que nécessaire !

La troisième piste de réflexion : nos familles sont-elles un lieu d’évangélisation mutuelle ?

Saint Luc nous dit : “Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce. “ C’est suggérer tout ce qu’il a reçu de ses parents ; Ce sont eux qui lui ont appris, parmi tant d’autres choses, à s’adresser à Dieu dans la prière, à découvrir qui est Dieu. La mission des parents est immense :

  • Ouverture à Dieu.
  • Ouverture aux autres.
  • Orientation, éducation en vue d’une vie pleinement accomplie en vue de la vie éternelle.

Pourquoi la famille du Christ est elle sainte ? Tout simplement parce qu’elle est en elle-même un lieu où un enfant a pu grandir et être éduqué

dans l’amour.        Comme le souligne le pape François : la sainteté de cette famille n’est pas a rechercher dans ses fondements biologiques, mais plutôt dans la manière dont l’amour s’est déployé en son sein. Joseph a adopté sans contestation son fils Jésus et Marie est une des femmes présentes au pied de la croix. Et le pape nous explique avec force que Jésus n’aurait pas été celui qu’il a été si cette Sainte Famille n’avait été là. C’est bien l’alliance des natures divine et humaine du Christ qui a contribué à faire de Jésus l’homme qui nous est raconté dans les évangiles.

J’avais commenté cet évangile en 2012 et j’avais reçu en retour de la part d’un ami paroissien ce petit mot que j’avais apprécié, bien dans l’esprit d’aujourd’hui :

« Si on regarde les choses avec un peu de recul (et d’humour respectueux), cette Sainte Famille était assez atypique (je suis même étonné que l’Eglise nous la pose comme modèle de famille)… avec un fils unique ado qui se pose sous l’autorité d’un père invisible autre que l’officiel (garde alternée ?)… une mère toujours vierge (si on y croit)… mais c’est vrai qu’on n’en pouvait pas attendre moins de la famille où Dieu se fit homme ! »

Alors, ne nous lassons pas de prier pour nos familles, et surtout pour celles qui sont éprouvées aujourd’hui, pour les jeunes couples qui se lancent dans l’aventure du mariage, en essayant de leur donner tout ce dont ils auront besoin pour mener jusqu’au bout, en restant unis, leur mission de parents.

Que triomphe l’Amour !

 

Homélie du jour de NOEL 2018

par Claude Compagnone, Diacre

 

Redisons ces paroles du prologue de l’évangile de Saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. (…) Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. (…) Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ».

 

Si nous lisons ce texte du prologue de Saint Jean en ce jour de Noël, c’est parce qu’il nous dit le début du commencement du monde avec la venue du Christ chez nous. Ce texte fait ainsi écho aux premiers chapitres de la genèse sur la création du monde que nous lisons à Pâques. Avec la naissance du Christ en ce jour de Noël, quelque chose d’à peine concevable se réalise que les mots même ont du mal à dire : Dieu, par son fils, est venu sur terre et a vécu parmi nous.

 

Le réalisons-nous vraiment ? Dieu, par son fils, est venu sur terre et a vécu parmi nous… Je ne sais pas pourquoi Dieu a commis une telle folie, pourquoi une partie de lui s’est incarnée dans la création. Le Christ est né, là, petit enfant fragile dans une mangeoire, à la merci des hommes. Je ne comprends pas ce geste magnifique et fou mais, homme, j’en reçois tous les fruits. Je saisis alors que notre Dieu est un Dieu qui se donne par amour. Je perçois que c’est un Dieu tendre. Je découvre qu’il a la force et la fragilité de son amour absolu. Je vois qu’il m’aime au-delà de tout, même quand je ne suis pas aimant, même quand je l’ignore.

 

Ce que nous fêtons donc aujourd’hui, c’est ainsi non seulement la venue du Christ sur la terre mais c’est un monde transformé par la présence du Christ. Le monde est transformé par la venue du Christ et sa résurrection. Il est venu nous apporter la vie. Nous ne pouvons pas l’oublier au risque de ne pas comprendre notre monde et de n’être qu’amertume par rapport à ce que connait ce monde, dans ses conflits, sa misère et le manque d’attention des hommes à la création.

 

Saint Jean dans ce prologue parle personnellement à chacun d’entre nous et nous ne pouvons pas esquiver les mots qu’il nous adresse. Adolescent je me suis laissé prendre par le chant et la force des mots de son prologue. J’ai cette prosodie au fond du cœur comme une comptine enfantine. Ce prologue dit avec des mots simples et dans une expression épurée le fondement de la foi chrétienne. Par la force de la parole, pour moi, il dit Dieu dans la force de sa parole créatrice.

 

J’aime la poésie de St Jean, faite de vrilles et d’allers-retours. Mon esprit s’accroche aux premiers mots et se laisse embarquer par son souffle. L’évangile de St Jean est profonde respiration. Saint Jean dit la respiration du monde en se faisant lui-même respiration. Il ne peut être saisi qu’avec le souffle parce qu’il dit le souffle de Dieu dans le monde. Saint Jean dit l’incarnation du Christ. Il dit que le Christ est puissance de vie et lumière. Il nous le dit en utilisant des mots qui ne doivent pas atteindre seulement et pas prioritairement notre intelligence mais aussi notre cœur, notre souffle, notre corps. Il dit le corps complet du Christ dans notre monde en touchant notre corps dans son entièreté. Nous devons le lire avec notre corps. Le verbe s’est fait chair et c’est toute notre chair qui peut le saisir.

 

Je découvre dans ce prologue de Saint Jean la parole sur la parole, la parole du disciple inspiré sur la parole de Dieu. Saint Jean nous dit que la parole de Dieu est créatrice et réparatrice. Elle est compréhension et sens de la vie. Elle est élargissement et infinies possibilités. Ancrée

dans le temps et l’espace par Jésus Christ, elle arrache au temps et à l’espace et ouvre des horizons inconnus. Elle déplace, reconfigure et renouvelle. Elle traverse l’âme et devient voussoir de l’être. Elle est source d’attentes, de désirs et d’espérances. Elle apporte paix, joie et réconfort. Elle jette des ponts, relie et unifie. Elle fait éclater le chatoiement des couleurs de la diversité du monde. La parole est lumière et traverse l’obscurité du monde. Elle dit ce que sont les choses et chasse les ombres effrayantes qui peuplent les ténèbres. Elle révèle les âmes. La parole a pris chair en Jésus Christ et nous a été donnée pour que nous devenions des femmes et des hommes de grâce et de bien.

 

Que cette fête de Noël nous rappelle ce don, que nous en soyons renouvelés dans notre relation à Dieu et aux autres, mais aussi à la création et à nous-mêmes.

 

Un sauveur nous est né ! La parole de Dieu s’est faite chair ! Alléluia ! Alléluia !

Homélie de la nuit de NOEL 2018

par Claude Compagnone, Diacre

Is 9, 1-6 ; Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14

Nous sommes donc en cette nuit de Noël sortis de nos maisons comme bien d’autres personnes sur la planète l’ont fait ou sont en train de le faire. Nous ne sommes pas seuls : nous formons un peuple en mouvement. Nous avons convergé vers cette église de St Joseph comme d’autres se sont mis en marche vers d’autres églises, d’autres chapelles, d’autres lieux où célébrer la naissance du Christ. La foule des hommes s’est mise ce soir en mouvement. Ce déplacement est une migration des corps pour venir faire Eglise ensemble mais aussi une migration des cœurs pour s’approcher d’un bien grand mystère.

Le récit de la nativité de Saint Luc ne nous dit rien d’autres que cette migration des corps et des cœurs en cette nuit de Noël. Nous sommes alors un peuple de migrants comme Marie et Joseph qui partent de leur maison pour se faire recenser à Bethléem. Ils marchent. Marie porte en son sein l’enfant à naître. Tout leur cœur et leur esprit est tourné vers cet évènement à venir. Et pendant qu’ils se trouvent à Bethléem, loin de chez eux, l’enfant vient au monde.

Nous avons quitté notre maison, parfois seuls, parce qu’en cette nuit personne ne nous attend ou seuls parce que les autres autour de nous, nos proches, nos amis, ne voient pas bien ce que nous fêtons ici. Ils ne nous accompagnent pas. Parfois nous avons la joie d’être avec des amis, des membres de notre famille, enfants ou parents. Et c’est une grande chance ! Dans cette grande migration des cœurs, ceux qui ne peuvent pas se déplacer car blessés par la maladie, la pauvreté ou l’emprisonnement, mais aussi parfois blessés par le regard des autres, voire même par des hommes d’Eglise, ces personnes qui ne peuvent pas se déplacer donc, ne sont pas les moins présentes, et pas les moins importantes. Elles sont là dans l’intensité de leur impossibilité. Elles sont là parce qu’elles veulent y être et parce qu’elles sont le noyau de cette migration des cœurs. Nous ne sommes donc pas là que pour nous, mais nous sommes là par eux, nous sommes là pour eux.

Dans le récit de Saint Luc, c’est à ces blessés du monde social de l’époque, les bergers, qui selon la société ne sont bons à pas grand-chose si ce n’est à garder des animaux loin des hommes, que l’ange va s’adresser pour annoncer aux hommes la bonne nouvelle. L’ange du Seigneur se présente devant eux et leur dit, à eux seuls, cette immense nouvelle pourtant attendue par tout le peuple d’Israël : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Et les bergers, eux ces incultes, comprennent. Et ils comprennent car, comme nous le dit la suite du récit de Saint Luc, ils se hâtent d’aller à Bethléem pour y découvrir « Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire ».

Et que se passe-t-il donc ce soir 24 décembre, ici, en l’église de St Joseph ? Notre migration de corps et de cœur nous a poussés irrésistiblement vers ce lieu où nous savons que nous serons accueillis, ce lieu où se trouve la mangeoire dans laquelle repose le fils de l’homme qui vient de naître. Comprenons-nous réellement tout ce qui se passe en cette nuit ? Saisissons-nous réellement ce que représente d’extraordinaire le fait que Dieu prenne chair par Jésus ? Peut-être sommes-nous trop blasés pour le saisir dans toute sa profondeur ? Peut-être sommes-nous tellement préoccupés par les choses du monde que notre sensibilité, cette connaissance du cœur, s’est évaporée ? Je ne sais pas.

Mais je sais que si nous ne comprenons pas tout ce qui se passe en cette nuit, nous savons, nous sentons qu’il y a une urgence à venir revivre ce moment de l’incarnation de Dieu dans le monde en son Fils Jésus Christ. Nous savons que ce qui se joue ici est bien plus grand que nous. Ce qui se joue c’est une relation directe entre notre Dieu, dans sa plus grande fragilité, et ce que nous sommes dans notre plus grande tendresse. Nous sommes des êtres de tendresse et nous comprenons dans le miracle de la crèche que Dieu, lui aussi, est tendresse. Nous sommes des êtres de tendresse et au pied de la mangeoire nous entrons dans une relation de tendresse avec Dieu.

Et c’est un miracle qui se produit alors dans cette relation vraie, unique. Nos armures se fendent, notre quant-à-soi s’écroule, et nous nous présentons tels que nous sommes devant Dieu. Que faire d’autres ? Il est là, dans la mangeoire, à la portée de la bonté ou de la méchanceté des hommes. Il est là, il se donne, dépendant de nous. Qu’avant nous à faire si ce n’est le contempler ? Qu’avant nous à faire si ce n’est d’accepter de nous abandonner en confiance à suivre le chemin de vie qu’il nous propose. Il se donne et nous nous donnons.Comme le dit Saint Paul « il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. »

Un sauveur nous est né ! Alléluia ! Alléluia !

Amen

homélie du 16 décembre 2018, 3ème dimanche de l’Avent

par Claude COMPAGNONE, diacre

So 3, 14-18a ; Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6 ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18


« Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » Ainsi parle Saint Paul. Il nous exhorte à ne pas être des personnes abattues qui se retournent sur elles-mêmes ; il nous exhorte à ne pas nous laisser affadir par les difficultés que nous avons à surmonter dans notre vie personnelle, familiale ou sociale ; il nous dit d’être confiant dans le Seigneur, de nous inquiéter de rien mais de prier et supplier, notre Dieu, tout en rendant grâce. Paul, en parlant ainsi, encourage dans sa foi la communauté de Philippes pour laquelle il a une affection particulière. Cette communauté de Philippes est une petite communauté chrétienne qui se trouve dans la Grèce actuelle et qui est essentiellement composée d’anciens païens. Cette petite communauté n’est rien, ce n’est qu’une goutte d’eau chrétienne dans l’océan du monde païen de l’époque.

Ce texte de Saint Paul est en cela très proche de celui de la première lecture, tirée du livre de Sophonie écrit 600 ans plus tôt. Ce texte de Sophonie est, lui aussi un puissant encouragement à la joie. Sophonie n’y va pas par des petits mots. Pour lui, il n’y a aucune prudence à avoir en la matière, il n’y a pas de demi-mesure : il faut y aller, se jeter dans la joie comme on se jette dans un combat éperdu.  «  Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! », nous hurle-t-il, d’une certaine façon, aux oreilles. Et pourtant Sophonie, dans son livre, juste avant le passage que nous venons de lire, décrit une situation catastrophique où le peuple d’Israël a adopté des dieux païens et où il commet des actions mauvaises. Sophonie s’adresse là au petit reste d’Israël, à une petite portion demeurée fidèle à son Dieu. Là encore, nous voyons une petite communauté exhortée à vivre sa joie, à vivre de la joie.

Ces deux textes s’adressent donc à des petites communautés de croyants qui ne sont rien, qui sont ridicules par leur faible place dans la société, par leur faible pouvoir politique. Elles sont complétement marginales. Leur capacité d’action pour changer les choses paraît quasi nulle. Et pourtant… Et pourtant… Sophonie et Paul donnent par leurs paroles, à l’une et à l’autre de ces communautés de croyants, à la fois la force de la foi et la puissance d’un outil aux effets redoutables : cet outil, c’est celui de la joie ! Oui, la joie est un outil redoutable.

Cette joie n’est pas celle superficielle qui découle d’un bon moment passé avec d’autres ou de la conduite d’une activité qui nous plait. Non ! La joie dont il s’agit ici est celle de la « joie malgré tout » quand tout autour semble ne pas aller. C’est celle de la joie profonde ancrée dans le corps et l’âme, qui permet de percevoir le beau malgré les épreuves, qui permet de voir la lumière dans l’obscurité. Cette joie est donc une capacité à percevoir Dieu dans le monde, à saisir la présence de Dieu dans notre vie. Mais cette joie est aussi autre chose : c’est une capacité à ensemencer la vie de ceux qui nous entourent.

Ces textes nous sont adressés aujourd’hui à nous, chrétiens, en chemin vers la fête de Noël, vers la fête de la naissance du Christ. Ces textes nous disent que nous avons le devoir de l’expression de la joie. Je dis bien ces deux mots « devoir » et « expression » de la joie. Ces textes nous disent, en effet, que nous ne pouvons pas garder pour nous la transformation qu’opère en nous le ferment de la bonne nouvelle de la naissance du Christ et de sa résurrection. Je ne peux pas garder enfoui en moi la découverte du Père, de ce Dieu d’amour, qui s’intéresse si profondément à moi qu’une partie de lui prend corps dans ma vie au moment de Noël.

Cette joie de nous savoir aimés au-delà de ce que nous sommes, de nous savoir aimés dans nos différences au-delà de nos erreurs et de nos fautes, de nous savoir aimés tout simplement tels que nous sommes, pour la lumière de vie que nous sommes : cette joie-là est un trésor et une semence. En tant que trésor, cette joie nous transfigure et nous ne pouvons que la partager. Parce que c’est ainsi que Dieu nous veut : des êtres se sachant aimés, joyeux et donnant la vie de la joie autour d’eux. En tant que semence, cette joie nous fait entrer en contact avec les autres pour révéler les œuvres du Seigneur. Voir les choses avec joie, c’est aller en permanence à la recherche du beau et du bien dans notre relation aux choses et aux gens, même quand le monde peut apparaître laid et mauvais. Voir les choses avec joie, comme le dit Saint Paul, c’est les voir avec bienveillance.

Et combien, emplis de joie, notre force est alors grande. Sophonie et Paul le savent bien lorsqu’ils s’adressent à ces petites communautés de Palestine et de Macédoine. Ils savent que le ferment du monde est dans cette joie malgré tout, dans cette joie au-delà de tout. Ces communautés deviennent ainsi un levain de joie dans la pâte du monde.

Par notre joie vécue et partagée dans la naissance du Seigneur et sa résurrection, nous formons nous-aussi sœurs et frères communauté. Nous sommes ferment de joie de la pâte du monde. Prenons alors continuellement le risque de la joie et de la bienveillance. N’ayons pas peur d’être souriant, de rire et d’être joyeux. Louons le Seigneur sans relâche pour entrainer notre cœur à la joie. Cultivons la joie comme une plante fragile aux effets puissants. Sachons saisir chaque particule de joie de notre atmosphère. Vivons notre montée vers Noël avec l’assurance de la joie de la vie donnée et partagée.

Rien n’aura plus de goût et le monde n’en sera que plus beau.

Amen

homélie du 9 décembre 2018, 2ème dimanche de l’Avent

par Jean-Paul BERTHELOT, diacre

Noël est une belle fête, particulièrement pour les enfants. Les familles se préparent  activement. Les textes aujourd’hui rappellent le vrai sens de l’événement : la présence de Dieu dans notre histoire et dans l’histoire des hommes. Le texte de Baruch et le psaume sont inscrits dans l’espérance du retour d’exil. Le péché, la mort, et l’esclavage sont le résultat d’une alliance rompue avec Dieu. Malgré tout, il n’abandonne pas son peuple. Le prophète lance un appel à la joie : « Quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours »

Ce message d’espérance nous rejoint aujourd’hui dans notre monde touché par la violence, l’injustice et la haine. Chacun de nous a ses propres soucis et ses échecs.  Le Seigneur est là et le mal ne peut avoir le dernier mot. Laissons résonner en nos cœurs cette parole d’espérance du prophète. Paul précise depuis sa prison que le salut de Dieu sera pour tous les hommes grâce à Jésus-Christ. Nous devons ainsi porter haut et fort cette Bonne Nouvelle du Christ ressuscité dans le monde qui nous entoure, et bien sûr avec joie.

L’évangile de Luc n’est pas une légende mais bien une histoire vraie. Luc décrit l’irruption de Dieu sur Jean Baptiste avec précision. Comme si l’on disait : «  En l’an deux de la présidence d’Emmanuel Macron, Donald Trump étant président des Etats-Unis, sous le pontificat du pape François… » Oui, la Parole de Dieu tombe si je puis dire sur un inconnu, un pauvre homme vivant dans le désert. Jean Baptiste, cet homme de parole et de prière,  est là dans notre troisième millénaire. Les statues de Tibère et autres  croupissent dans de rares musées et dans l’indifférence générale, alors que Jean-Baptiste est toujours écouté, imité, célébré.

Luc veut nous montrer que l’initiative de l’histoire n’appartient pas aux princes de ce monde, mais  à cet homme  marginal qui s’est laissé imprégner de la Parole de Dieu. Il est la voix qui est chargé de porter la Parole de Jésus qui va naître à Bethléem. Jean-Baptiste porte une parole qui n’est pas la sienne, c’est celle de Dieu qui retentit dans sa prédication. Sa voix porte la parole qui elle-même porte l’amour ; ce qui va vraiment nous permettre de connaitre Dieu. Celui qui connaît ainsi Dieu peut devenir, à son tour, la voix de son amour.

Chez les prophètes, c’est le Seigneur qui aplanit le chemin. Avec Jean-Baptiste, c’est nous qui sommes invités à combler :

-          les ravins de nos égoïsmes ou de nos  inégalités sociales,

-          nos collines de paresse et d’orgueil,

-          nos passages tortueux de mensonges,

-          et tous les obstacles qui se dressent sur la  route qui nous mène à Dieu.

La parole de Dieu parvient jusqu’à nous encore aujourd’hui grâce à des gens simples. Le pape nous le redit : « ce sont les pauvres qui nous évangélisent » La richesse peut nous éloigner de la réalité du terrain et nous faire croire que tout va bien. L’actualité nous le rappelle. Le Père Joseph Wresinski nous l’avai

t déjà dit : « Là où des humains sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’être humain sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré »

Le temps de l’Avent nous demande d’être réceptif à la Parole de Dieu, de l’écouter pour qu’elle transforme notre cœur en profondeur. Le chrétien n’est pas le témoin d’une quelconque théorie, mais d’une personne : le Christ ressuscité, vivant et unique sauveur de tous. Il est la pratique salvatrice  de la charité et de la miséricorde.

Il est urgent de préparer la route au Seigneur. Construisons des ponts et des tunnels pour rejoindre ceux dont tout nous sépare.  Faisons œuvre d’unité, de paix et de réconciliation.  Dieu vient nous rejoindre dans notre vie de tous les jours, alors soyons disposés à l’accueillir avec tout notre amour.

Je suis un désert silencieux qui attend la beauté de ta voix.

Je suis le chemin cabossé qui attend d’être aplani.

Je suis le ravin creusé par ses péchés qui attend que tu le combles.

Tortueux, j’attends ta droiture,déformé, j’espère ta guérison…

Seigneur Jésus, tout en moi t’appelle et t’attend.

Même si je joue à faire semblant, même si je donne le change,
je n’attends que toi et ton pardon,
pour libérer mon bonheur de vivre et le goût de construire.

Homélie du ler dimanche de l’Avent (2 décembre 208)

 

par Francis ROY, diacre

 

En entendant la page d’Évangile de ce jour, on serait tenté de croire que le Lectionnaire s’est trompé de saison. Un peu plus de trois semaines avant la grande fête de Noël, nous nous serions attendus à lire une page de l’Évangile de l’enfance. Nous aurions aimé contempler Joseph et Marie accueillant l’annonce de la naissance de Jésus. Ou encore voir Marie partir en toute hâte pour rendre visite à sa cousine Élisabeth enceinte de Jean Baptiste. Mais au lieu de ces scènes qui annoncent celle de la crèche, Jésus nous parle de sa venue. Non pas de sa première venue, mais bien plutôt de sa venue à la fin des temps ! Que se passe-t-il donc ?

L’Eglise nous invite en ce premier dimanche de l’année liturgique à ne pas oublier le terme de la grande histoire de notre planète, qui entraînée par le soleil à 216 km à la seconde, fonce à toute allure vers…sa mort annoncée. Au lieu de nous parler du big-bang originel, du début de l’histoire du monde, l’Eglise nous focalise au contraire sur la fin des temps. Comme Dieu qui pense l’homme adulte avant l’embryon, l’Eglise a les yeux sur le projet final de Dieu avant de développer au long de l’année liturgique la longue histoire du salut. Ne soyons surt

out pas troublé par le coté apocalyptique de cette grande finale de la Création au point d’en oublier le merveilleux Dessein de Dieu pour l’humanité. Si nous relisons attentivement l’Evangile de Luc, nous constatons que le Christ ne nous enferme pas dans une perspective triste voir même catastrophique. Bien au contraire, il nous annonce que ce jour-là, à la fin des temps, sonnera l’heure tant attendue de notre totale Rédemption, c’est-à-dire de notre entrée dans le bonheur sans fin du Royaume. C’est vrai que ce monde, notre monde, est un monde qui passe, parce qu’il est un monde en genèse, c’est un monde qui fonce vers la Vie.

Mais revenons au genre apocalyptique pour bien comprendre notre Evangile. Quatre caractéristiques principales particularisent ces textes. D’abord ce sont des livres écrits en période de détresse, guerre et occupation étrangère doublée de persécution comme nous le retrouvons dans le livre de Daniel ou l’apocalypse de saint Jean. Les persécuteurs sont évoqués sous les traits de monstres affreux, d’où la mauvaise presse du mot apocalypse dans lequel on ne voit plus que des personnages et des événements terrifiants. Ensuite, parce qu’ils sont écrits en temps de détresse, ce sont des livres de consolation pour conforter les croyants dans leur fidélité et les aider à affronter le martyre avec courage et espérance. Ils les invitent à tenir bon. Ce sont aussi des textes qui « dévoilent », « lèvent le voile », c’est-à-dire révèlent la face cachée des choses, en l’occurrence annoncent la victoire finale de Dieu. Et de ce fait, ils sont tournés vers l’avenir, ne parlant pas de « fin du monde » mais de « renouvellement du monde ». C’est bien ce que nous disait le prophète Daniel dimanche dernier en la fête du Christ roi, en nous promettant la royauté universelle. Enfin, dans l’attente de ce renouvellement promis par Dieu, ces apocalypses invitent les croyants, nous invitent donc, à adopter une attitude non pas d’attente passive, mais de vigilance active : le quotidien doit être vécu à la lumière de cette espérance.

C’est sûrement pour nous l’occasion de revoir quelle place tient pour nous, dans notre vie concrète, « le dernier jour » et la rencontre de tout le peuple de Dieu avec son Seigneur. Car l’Evangile est très clair : il s’agit, sans oublier notre rencontre personnelle avec le Seigneur et la préparation à ces retrouvailles, oui il s’agit d’élargir cette vision à la dimension du monde entier et de nous préoccuper de sa reconstruction pour le jour de l’avènement du Seigneur. L’avent est la mise en route d’un peuple vers son Roi. Il y a urgence d’une conversion et notre vie ne peut être cloisonnée dans des attitudes négatives ou de petites pratiques. Chaque prise de position personnelle, chaque effort pour essayer de suivre Jésus ne se réduisent pas à ma petite personne, mais contribue à la reconstruction de l’ensemble de la création. L’espérance que nous portons dans la foi prend alors des dimensions impossibles à imaginer dans une vie limitée à nous-mêmes.

En entendant le Christ parler de sa venue dans l’évangile d’aujourd’hui, on a l’impression que Jésus invite ses disciples à ne pas choisir la détresse, mais bien l’espérance. Les changements qui arriveront dans le soleil, la lune et les étoiles n’annoncent pas la victoire des ténèbres sur la lumière. Pour que l’on puisse voir la lumière surgir, n’est-il pas nécessaire qu’il fasse noir ?

Depuis que Jésus a prononcé son discours, bien des signes sont apparus dans le ciel, bien des cataclysmes sont venus ébranler notre terre. Quels que soient les temps ou les lieux où ils ont vécu, les hommes et les femmes ont toujours été exposés à ces phénomènes. Évoquons simplement les récents tsunamis si dévastateurs. Pensons encore aux changements climatiques. À travers tout cela, Jésus nous invite à ne pas fixer notre attention sur les signes, mais plutôt sur ce qu’ils annoncent. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Le temps de l’Avent nous est donné, non pour que nous nous enfermions dans la peur, mais pour que nous nous tenions droit, que nous relevions la tête en choisissant l’espérance. Plutôt que d’attendre « ce qui doit arriver au monde », nous pouvons attendre celui qui vient dans le monde. Notre rédemption approche ! Or, pour que nous ayons part à ce salut, il importe que nous soyons debout et que notre tête soit tournée vers le lieu d’où viendra le Fils de l’homme.

Comment donc pouvons-nous rester debout dans l’espérance ? Comment être attentifs aux signes du retour définitif du Christ notre Sauveur ? La fin de l’évangile de ce dimanche nous propose des pistes intéressantes. Jésus commence par nous dire : Tenez-vous sur vos gardes. Pourquoi ? Jésus répond : de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie. J’entends ici un écho à l’explication de la parabole du semeur : Ce qui est tombé dans les ronces, ce sont les gens qui ont entendu, mais qui sont étouffés, chemin faisant, par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie, et ne parviennent pas à maturité. J’entends encore l’avertissement de Jésus à l’intendant à qui il confie sa maison : Si le serviteur se dit en lui-même : « Mon maître tarde à venir », et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, […] il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.

Pour empêcher que nos cœurs s’alourdissent, accueillons l’invitation que nous lance Jésus : Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. Ainsi, non seulement nous célébrerons la Nativité dans la joie, mais nous serons prêts pour la venue définitive du Fils de l’homme à la fin des temps, quelle qu’en soit sa date.

« Christ-roi » : le Christ tout en tous

Un jeune Paul de CM1 demandait, la semaine dernière, « Dieu a tout créé, le ciel et la terre, mais qui a créé Dieu ? ». Un autre Paul, bien plus ancien, interrogeait dans sa lettre aux Romains « Pourquoi je fais le mal dont je ne veux pas, et pourquoi je ne fais pas le bien que je voudrais ? »

L’un et l’autre lèvent deux immenses mystères : qui donc est Dieu ? Et qu’est-ce que l’homme ?

On peut même ajouter la 3* question qui nous tracasse tous : qu’est-ce que c’est que ce monde où nous vivons ? C’est le problème d’un grand Alexandre de CM 2 : « Pourquoi est-ce qu’on meurt ? ».

En ce week-end où nous fêtons le Christ tout en tous, faisons effort de mémoire. « Relisons » nos vies. Dressons le bilan d’une année complète vécue avec toutes les personnes rencontrées – et vécue avec Jésus, on peut l’espérer.

C’est lui qui va nous aider à comprendre.

À comprendre et à agir. C’est cela, la fête  du Christ-Roi : car on ne comprendra que si l’on agit en se modelant sur lui. À son image.

Et l’on n’agira que si l’on s’émerveille et admire, comme des enfants ; comme a fait Jésus. Dire comme Jésus « Père, je te bénis ; nous te bénissons ».

Alors, donc :

Comment Jésus a-t-il vécu ? qu’a-t-il dit ? quelle fut son action ?

A Noël, nous avions reçu la phrase de saint Jean « le Christ, l’envoyé du Père, est parole vraie. Il nous explique qui est Dieu ». Au milieu de l’année, à la Pentecôte, Jésus dira à ses amis « l’Esprit-Saint qui vient du Père vous fera tout comprendre ». Comprendre et agir. Partir. Prendre possession du monde pour l’aimer.

D’abord, on est épaté par le respect de Jésus envers ceux qu’il rencontre. Il les écoute, il leur donne confiance – puis il achève la relation en leur confiant une mission. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » : Jésus donne à la fois mission et sécurité. St Pierre, le bouillonnant Simon-Pierre, nous a appris à répondre « Toi seul a des paroles qui font vivre ». Tout est placé sous ce signe de la présence. Nous nous situons sous ces mains qui bénissent. Nous plaçons tout sous elles.

Aujourd’hui, nous savons que cette sécurité est une des fonctions du pouvoir juste. Elle s’accompagne de la justice et du droit de grâce. C’est la 1° des trois « fonctions régaliennes ».  Oui, royalement, Jésus nous fait grâce de toutes les dettes de nos péchés. … « comme nous-mêmes remettons les dettes » à ceux qui ont péché contre nous. Généreux, naturellement royaux.

On commence un peu à entrevoir des pistes de réponse : Jésus ne sépare pas la puissance de Dieu et celle des humains. « Dieu est le Dieu des vivants ». La 1° fonction régalienne est partagée avec nous : « Ce que vous libérez sur terre est libéré dans les cieux » dit l’évangile de Matthieu.

Au lieu de séparer en deux tableaux distincts, il les unit : avec lui, Dieu est en l’homme, et l’homme est en Dieu.

En même temps, nous entendons la 2° fonction régalienne, celle de gouverner les frontières. En la matière, Jésus n’a aucune hésitation : il les abat. Il fait tomber les murs. Et il prend des colères mémorables contre tout ce qui élève des murs ; contre toutes les carapaces ; contre tous les mensonges.

Reprenons :

nous, nous avons tendance à voir Dieu comme un gros bloc qui tourne sur lui-même, presque hermétique, sauf pour les gens exceptionnels qui seraient des saints. Des gens inaccessibles au commun des mortels.

Au contraire ste Thérèse d’Avila dira  « la demeure du Seigneur est un château ». Où le guide est le fils du château. Jésus est le guide qui nous fait visiter l’intérieur de Dieu. Il nous montre combien la maison est immense et lumineuse et accueillante. Combien tout est mouvement à l’intérieur de Dieu, tout est communication et relation. Chaque personne fait exister chaque autre. À l’intérieur de lui-même, Dieu ne sait que donner. Il est totalement père ; Il regarde tout par les yeux de Jésus, il aime tout par le cœur de ce fils ; il respire la bonté et de sa respiration tout reçoit le souffle de la vie.

Pareillement, le Christ jésus voudrait que tout tienne bon dans le dynamisme du Père Créateur. Que tout soit communion.

Mais notre tendance est aussi de mettre en cloisons les humains. D’embétonner nos frères en des blocs fermés. Hélas, si Dieu est Roi, nous jouons, nous, aux petits marquis.

La fête du Christ-Roi nous invite à prendre une grosse colère contre nos minables baronnies, et à recevoir joyeusement l’offrande de Jésus qui nous invite humblement à être « prêtres, prophètes et rois » ; d’être ses sœurs et ses frères : d’être filles et fils du Roi, son Père qui est notre Père, —dont « la volonté soit faite sur la terre comme aux cieux ».

 

Père Dominique Nicolas