* homélie et méditation du 2 août 2020

par Francis ROY, diacre

La prodigalité du Seigneur pour nous est infinie. Tous les textes de la Parole que nous venons d’entendre ne cessent de nous le confirmer, quelle que soit l’époque où ils ont été rédigés sous l’inspiration de l’Esprit. Chacun, sous une forme différente, nous redit l’amour fou du Seigneur pour chacune de ses créatures.

Trois thèmes majeurs dans les trois versets du livre d’Isaïe :

° La fidélité de Dieu à son Alliance : « Je ferai avec vous une alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David. »

° La gratuité des dons de Dieu : « Venez acheter sans rien payer. »

° L’écoute ou la confiance, ce qui est la même chose : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez. »

Il me semble que le plus difficile à entendre pour nos oreilles humaines, c’est la gratuité des dons de Dieu. Nous nous obstinons toujours à parler de mérites et de dignité à regagner pour paraître devant Dieu, celui que nous voyons comme un juge implacable. Spontanément, n’avons-nous pas tendance à imaginer Dieu à notre ressemblance, éprouvant les mêmes sentiments que nous ? Nous parlons de son amour, de sa justice, de sa colère, de son pardon sur le modèle de ce que nous vivons : un amour limité et exclusif, une justice en forme de balance, une colère faite de frustration et de ressentiment, un pardon mesuré et conditionnel. Il y a vraiment une énorme distance entre Dieu et nous, celle qui sépare la gratuité du calcul. Dieu est Don et Pardon, nous, nous calculons. Dieu ne nous demande pas de mériter quoi que ce soit ! Il nous dit seulement : « Demandes et tu obtiendras. ». Le chemin de la gratuité et du pardon est bien au-dessus de nos chemins de calcul et de donnant, donnant. Admettons que nous sommes sans argent et sans titres à faire valoir devant Dieu. Il n’attend de nous qu’un cœur offert, une oreille ouverte.

Le psaume nous redit combien Dieu est plein d’amour et de tendresse pour chacune de ses créatures. Il leur donne la nourriture en temps voulu, il rassasie avec bonté tout ce qui vit. Le Seigneur est fidèle et proche de ceux qui l’invoquent en vérité. Les six versets de ce psaume 144 sont un véritable condensé de la Révélation. Mais nous pouvons relire ce psaume en entier, prière quotidienne de nos frères juifs, en action de grâces pour la tendresse de Dieu à notre égard. C’est un psaume alphabétique (chaque verset commence par une lettre différente de l’alphabet hébreu), il nous aidera à redire notre vie de A à Z (de Aleph à Tav en hébreu) !

Paul dans sa lettre aux Romains, nous montre l’allégresse qui doit remplir notre cœur lorsque nous percevons la bonté de Dieu pour nous. Il a livré son propre fils pour nous et plus personne ne peut briser l’Alliance ainsi nouée entre Dieu et nous. Oui, Dieu fait tout pour que rien ne puisse nous séparer de son amour. A nous d’y croire et de simplement nous laisser aimer.

Et nous voici maintenant devant le récit de la multiplication des pains de l’Evangile de Matthieu. Nous le connaissons bien. Laissons-nous interpeller par quelques images :

° Les foules nombreuses qui suivent Jésus. Elles s’accrochent à lui qui vient d’apprendre la mort de son cousin et qui souhaite un peu de calme. La mort d’un proche installe un vide immense à l’intérieur de soi, et on peut se demander comment ce vide peut être comblé, si même c’est possible. Jésus ayant appris la mort de Jean Baptiste, se retire  dans un endroit désert. Jésus est en deuil. Nous pouvons exprimer notre deuil avec beaucoup d’émotion pour certains d’entre nous ou apparemment sans aucune peine visible. Ne serait-ce pas alors un retrait à l’intérieur d’eux-mêmes dans un désert intime fait de silence pour apaiser leur peine ? Mais revenons à ces sympathiques foules de Palestine. On peut dire qu’elles sont désirantes, affamées, assoiffées de sa parole. Pourquoi tant d’empressement ? Fascination de la personne de Jésus ? Envie d’assister à un miracle ? Présentation des infirmes au grand guérisseur ? Un peu de tout cela sûrement mais l’important c’est de constater que ces foules « en veulent ». Et nous ? Dans quel état d’esprit vivons-nous ce nouveau dimanche ? Affamés ou repus ? Ce qui est sûr c’est que Dieu ne peut rien faire avec des comblés, des gavés, des sans désir, des endormis spirituels. Mieux vaut des passionnés imparfaits que les désirs portent vers des destinations dangereuses que pas de passion du tout : le plus ennuyeux pour un voilier, ce ne sont pas des vents contraires, que le manque de vent.

° La pitié efficace de Jésus. C’est une pitié active. Ils sont malades, infirmes : commençons par les guérir. Et le soir, ils ont faim. Jésus ne peut accepter la solution pourtant réaliste de les renvoyer, proposée par les apôtres. Mais Jésus n’est pas un traiteur ou un magicien qui fournit tout. Il dit aux apôtres : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Les apôtres ne sont pas davantage des épiciers et en fouillant dans les sacs des « invités », ils ne récoltent que cinq pains et deux poissons. Cela semble ridicule pour l’énormité de la foule, mais peut-être pas. Jésus va leur faire comprendre qu’il a besoin d’eux, qu’il ne fera jamais rien sans eux. Que Dieu peut faire beaucoup à condition que l’homme fasse un peu. C’est la goutte d’eau de l’offertoire, c’est la part de l’homme qui va se transfigurer, se dilater sous l’action de Dieu.

° Et pourquoi parler de multiplication : Jésus bénit les offrandes du peuple présent et les partage à l’ensemble de ceux qui sont venus l’écouter et se faire guérir. Dans ce miracle, Jésus ne s’est pas contenté de donner à manger à une foule affamée. Il est venu répondre à la soif d’infini qui est au fond des cœurs. N’oublions pas l’ Evangile d’aujourd’hui. Les paroles qui relatent le partage des pains et des poissons sont exactement les paroles de la Cène, de l’institution de l’Eucharistie : Il prit les cinq pains, et levant les yeux au ciel, il les bénit, il les rompit et les donna aux disciples. Gardons-les dans notre cœur, elles nous rappellerons l’amour sans faille de Dieu pour nous.

Dans le rythme lent de l’été, pensons à chacun des petits actes de nos quotidiens, accompagnés d’une parole. La parole de notre prière. La parole de Dieu sur nos lèvres. C’est elle qui nourrit. C’est elle qui opère le miracle.

Elle, et nous. Le Seigneur désigne en effet le chaînon manquant : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Nous avons à rompre le pain et à partager. Le repas extraordinaire, en lui-même, occupe peu l’attention de saint Matthieu. « Tous mangèrent à leur faim » (Plus de 5000 hommes sans compter les femmes et les enfants !!! Quel humour !). L’évangile oriente plutôt nos regards sur Jésus, qui parle à chacun de nous, qui agit avec nous. Et s’il se passe quelque chose, c’est parce que, dans la foi, nous agissons conformément à cette parole. C’est le pas que Jésus demande aujourd’hui à ses disciples : quand on a tout donné, ne pas attendre la multiplication des pains, mais oser partager encore, comme si le panier n’allait jamais se vider.

Méditation partagée sur Matthieu, chap. XIV (Y.Q.) 1) Quand je rencontre une difficulté (notamment avec mon prochain), j’ai tendance à l’évacuer de la façon la moins pénible pour moi. Les disciples, ici, admirent Jésus qui soulage et guérit ceux qui l’approchent… Mais quand ils voient le soir venir, ils lui suggèrent de renvoyer la foule… Celle-ci risquerait, privée de vivres, de poser des problèmes qu’ils désirent éviter… Jésus montre qu’il faut aller plus loin avec ce prochain ; il faut l’accompagner le plus longtemps possible, l’aimer vraiment, en fait ! 2) Ce que peut faire l’amour du Christ est inimaginable ! D’un côté on lui apporte cinq pains et deux poissons ; de l’autre, une fois la foule nourrie, il reste encore douze paniers pleins ! Les bienfaits de la confiance en Dieu, en son secours, vont au delà de tout ce que l’on peut envisager. Mais agissons-nous vraiment portés par cette confiance ? 3) Jésus donna les pains aux disciples et les disciples les donnèrent à la foule : c’est bien ensemble et unis à Jésus que nous, les Chrétiens, nous agissons.

3 août 2020 |

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