Prière d’illumination
Accorde-nous, Seigneur, comme Salomon te le demandait, que nous recevions le don du discernement pour pénétrer en ta parole, pour que ta parole pénètre en nous.
Amen

Matthieu, ch. XIII et le Royaume de dieu
« Notre Père, que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite » : c’est la prière que nous exprimons chaque jour, au mois une fois dans la journée, et souvent plus.
Mais que disons-nous avec ces paroles ? qu’est-ce que le Règne de Dieu pour nous ? Pour reprendre l’expression de Martin Heidegger, le philosophe, il nous faut passer nos mots habituels à la lessive : qu’est-ce qui se cache derrière nos habitudes ?
Depuis un mois, ce chapitre XIII de Matthieu nous parle du Royaume de Dieu : mais qu’avons-nous entendu ? et qu’entendons-nous lorsque nous disons que nous sommes appelés à bâtir Son Royaume, — ou même que nos actions le bâtissent
Un peu ambitieux, non ?
Au minimum, à force d’être généreux et de vouloir y aller à fond, nous risquons l’épuisement !
Mais le Seigneur nous demande-t-il d’être épuisés ? … lui qui nous a créés pour être vivants de son Souffle ?!
Je reprends le chapitre 13. Il commence sur une plage, avec la foule sur la plage, et Jésus qui monte en bateau : oserait-on y voir une vidéo de vacances ? puis, Jésus assis, dont la voix s’entendra loin grâce à la portance de l’eau : Il pense à notre confort d’écoute.
« Rien qui pèse ou qui pose ».
Après, c’est dans la maison de Pierre (sans doute) qu’il prend du temps. Entre amis ils peuvent tranquillement parler ensemble. Quand Jésus évoque le Père, il ne fait pression sur personne. Il n’y a aucun activisme, aucun stress.
Cette ambiance de paix diffère un peu du volontarisme que l’on reproche parfois aux croyants, me semble-t-il.
Et la parole de Jésus n’impose rien. Quand on demande ce qu’est le Règne de Dieu, il n’a pas de réponse toute faite, dogmatique. Pas de définition, nulle délimitation. Rien de figé. Il dit juste « ça ressemble à … », « c’est comme …».
On ne peut pas dire « moi, je sais » : pour la Bible, c’est comme un souffle fragile, comme une colombe qui vient se poser depuis le fond des âges sur « quelqu’un parmi nous que nous ne connaissions pas » ainsi que prophétisait Jean le Baptiste, c’est comme des flammèches qui se répartissent et se partagent.
Mais tout de même, que peut-on dire en positif ?
Il y a un semeur qui sème des grains à la volée ; il y a un homme qui plante un arbuste ; il y a une femme qui fait son pain… Rien que du banal ? Banal ? En sommes-nous sûrs ?
Certainement pas ! d’abord : si le Règne de Dieu s’exprime grâce à la vie banale, c’est sans doute que l’homme ordinaire, la femme ordinaire peuvent connaître la grandeur dans la vie quotidienne bien plus qu’ils ne pensent. Rien n’est banal dans la Révélation !
Le patriarche Jacob disait « Dieu est là, juste où je reposais ma tête, et je ne savais pas ».Thérèse de Lisieux disait « vous pouvez sauver le monde, simplement si vous mettez de l’amour dans ce que vous faites, rien qu’en dévissant un stylo ».
Et le pas banal s’exprime dans les comme de Jésus : le semeur sort de chez lui et sème large, le pain de la ménagère lève pour tous avec trois fois rien, la moutarde devient un arbre refuge. Et les poissons emplissent les filets –sans que ce soit une pêche industrielle… !!
Il y a des perles rares, il y a des trésors cachés dans nos champs, il y a de la vie partout en abondance : nous, les chercheurs de rareté, comment le savons-nous ?
Au risque de choquer, je réponds que l’on sait juste parce que l’on sait, de science sûre, et que cela suffit. On n’a rien à demander, rien à justifier, rien à expliquer. C’était le poète Rainer-Maria Rilke qui écrivait : « s’il a traversé le profond de toi-même, s’il vient du profond de ton être, ton jugement aura son développement propre, silencieux. Ecris ce que tu portes en toi ».
Donc, dernière question : comment Jésus sait-il cela ? qu’est-ce qui lui donne de parler ?
C’est parce qu’il est tout traversé de l’Esprit-Saint, tout imprégné de cet amour qui fait pousser et sortir de terre ; de la fécondité de Dieu jamais figé, toujours en naissance. Tout traversé de la communion avec un Père qui donne à l’extrême, et jusqu’au-delà de l’extrême.
Au final, nous avons peut-être la réponse : le Règne de Dieu, c’est le visage du Christ Jésus ; la personne de Jésus en mouvement de vitalité au cœur de la Sainte Trinité et parcourant toutes les villes et les villages de son pays.
Et, si je remonte trois chapitres en arrière, quand nous avions à rappeler à ceux qui n’ont pas voulu entendre la paix « pourtant le Royaume de Dieu s’était approché de vous » : le Règne, c’est chacun de nous qui est proche de ses frères.
Père Dominique NICOLAS
Voir au verso de la feuille paroissiale des 25/26 juillet la méditation proposée par l’ E.A.P. pour cette 3ème ETAPE du parcours estival.
verbes à garder cette semaine : Discerner ! Penser nos actes ; se savoir et se sentir concerné ! Choisir ; Agir ; Oser Changer !