homélie du 29 décembre 2019 (fête de la Sainte-Famille)

par Fracis Roy, diacre

 

Période bien choisie que celle où l’Église nous propose de fêter la Sainte Famille à l’heure des rassemblements autour du sapin ou de la crèche, dans la musique et le partage des cadeaux, parmi les courriers fleuris chargés de souhaits et d’affections.

Pourtant, les images qui défilent dans les lectures de ce dimanche, semblent vouloir nous arracher à l’intimité et à la chaleur du foyer. La colère paranoïaque d’Hérode le tyran, la terreur qui se déchaîne aveuglément contre les enfants massacrés de Bethléem, la fuite dans la nuit du couple de réfugiés qui met le nouveau-né à l’abri en Égypte… voilà qui est très loin du conte de fée que pourrait nous évoquer Noël. Surtout, que l’orage passé, Joseph choisit de recommencer à zéro en établissant sa petite famille dans le lointain mais plus sûr village de Nazareth.

La Sainte Famille nous est ainsi présentée en modèle dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille, comme il y en a tant de par le monde, jetée sur les chemins de l’exil pour échapper à la violence brutale. Nous nous battons tous contre des conditions de vie difficiles dans les domaines de la santé, du budget. Les dialogues familiaux sont parfois difficiles, sans parler de ces nombreuses affections brisées. En regardant vers la famille de Joseph et de Marie nous voyons que comme les nôtres, elle a connu les déchirements et les angoisses, elle s’est débattue dans les turbulences de l’histoire. Ce jeune couple, ce sont des expulsés, des « sans papier », chassé de leur pays par la guerre, la famine, le chômage ou la dictature. « Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr … ». Oui, hélas, aujourd’hui aussi « Rachel pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console ! » Les enfants du monde, qui sont tous nos enfants, et dont on exploite le travail, qu’on viole, qu’on prostitue, qu’on drogue, qu’on arme, qui gênent et qu’on tue…Oui la vie de tous les jours est loin d’être un long fleuve tranquille. Et nous voyons que « la Sainte Famille » a été une vraie famille, avec ses problèmes identiques à ceux que tout le monde connait.

Ce que l’évangile de ce jour veut nous révéler en premier, c’est, que Dieu n’a pas fait semblant de prendre la condition humaine en la personne de Jésus. Il s’est fait volontairement pauvre avec les pauvres, il a même été mis au rang des assassins et mis à mort. Mais, en Jésus,  il nous a ouvert un chemin d’espérance, celui du matin de Pâques. Pâques qui est la fête des fêtes, celle qui donne sens à tout le reste.

Ce chemin ouvert par Jésus est celui de l’amour, l’amour plus fort que la mort. En donnant sa vie pour nous, Jésus a montré qu’il est possible pour l’homme de vivre de l’amour et là nous rejoignons bien le cœur de la vie familiale car, la famille est, et devrait toujours être le lieu privilégié où on apprend à donner et à recevoir l’amour.

L’apôtre Paul dans un des passages de sa lettre aux Colossiens que nous venons d’entendre nous dit très clairement dans quelles dispositions nous devons être pour emprunter le chemin ouvert par Jésus : « Revêtez votre coeur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même. Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour: c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. »

Et si nos réalités familiales ou communautaires ne correspondent pas vraiment à cela, ne nous décourageons pas, gardons confiance. Nos familles, nous en faisons tous l’expérience, sont tissées de bonheurs bien sûr mais aussi parfois de souffrances. Accueillons-nous, les uns les autres, tels que nous sommes dans l’humilité de nos réalités, sans jugements, sans autre souci que de nous aider, les uns les autres, à grandir dans l’amour.

Laissez-moi vous confier pour finir que j’ai une tendresse particulière pour Joseph, ce « Juste » silencieux qui a comme Marie dit « oui » à la demande du Seigneur, sans trop comprendre. Et la méditation de l’évangile a fait surgir pour moi un éclairage plein d’admiration pour l’agir de celui-ci. La première leçon que nous donne l’attitude déterminée de Joseph, le courageux et le responsable, est celle d’une confiance totale dans la Parole de Dieu, malgré l’obscurité de la foi, au creux même des périls et des insécurités. Dans l’odeur de mort qui rôde autour de l’enfant Jésus, un sauvetage surgit, une espérance se lève. Ce n’est pas en sortant de nos situations précaires qu’on accomplit la volonté de Dieu. C’est en découvrant la douceur désarmée du petit de Bethléem qui vient nous y rejoindre et nous garder de la désespérance. Aujourd’hui Dieu continue à écrire droit sur nos lignes courbes. Malgré tout, son dessein avance. Osons le croire pour nous, maintenant.

Le second enseignement, c’est le fantastique appel à la responsabilité que contient cet évangile de la Sainte Famille. Jésus, « Dieu sauve », ne se défend pas lui-même. Il se remet entre les mains de ces croyants que sont Joseph et Marie. Quel immense respect de l’homme ! Quelle immense responsabilité de l’homme ! Dieu veut la vie et confie cette tâche à des hommes et des femmes engagés, les parents étant en première ligne. Demandons cette grâce de vivre, comme la Sainte Famille, davantage responsables et pleins d’amour au milieu de ce monde violent.

Nous allons entrer dans une nouvelle année. Que les vœux que nous échangerons dans nos familles, dans notre entourage, dans notre vie professionnelle ou dans notre communauté paroissiale ne soient pas une simple formalité mais qu’ils soient vraiment imprégnés de ce message d’amour, tel qu’il a dû être vécu au quotidien par Jésus, Marie et Joseph, la Sainte Famille.

 

Amen

29 décembre 2019 |

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