Homélie de la Nuit de NOEL 2019

par Claude Compagnone, Diacre

 

Reprenons les mots prophétiques d’Isaïe.  « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : ‘Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix’. » Ce soir nous fêtons bien cela, la naissance du Prince-de-la-Paix ! Jésus-Christ qui nait dans une étable et qui est placé dans une mangeoire après avoir été emmailloté, est donc bien cela : c’est le Prince-de-la-Paix, C’est Dieu qui se donne à nous. Mais qui le sais à ce moment-là ? Personne ! Même pas lui-même qui, comme tous les petits d’homme qui viennent de naître, s’endort après avoir était allaité par sa mère. Il dort, épuisé de ce passage du dedans du ventre protecteur de sa mère au dehors de ce ventre qui le met dans le monde des hommes.

Est-ce que Jésus nait comme un Prince dans le monde des hommes ? Non ! Personne ne se presse autour de lui pour savoir s’il est bien né, si tout s’est bien passé, si c’est un garçon ou une fille, si l’on peut proclamer dans tout le royaume où il vient de naitre cette bonne nouvelle. Non ! Auprès de Jésus, il n’y a que Joseph et Marie qui se sont mis à l’écart des autres personnes rassemblées dans la pièce commune. Il n’y a pas de place pour eux dans cette pièce commune. On ne va tout de même pas faire sortir toutes les personnes qui sont venues y passer la nuit simplement pour permettre d’accoucher à une jeune femme, sans doute pas très fortunée, qui n’est même pas du coin et que personne ne connait.

Qui a vu réellement dans cette maison qu’elle allait accoucher ? Qui a vu la panique de ce jeune couple à l’annonce des premiers signes de l’enfantement ? Qui s’est approché d’eux et les a accompagné ? Très peu de gens sans doute… Joseph et Marie s’écartent donc du monde des hommes et se débrouillent sans doute à peu près seuls. Le charpentier – dans un état que je n’ose imaginer, moi qui ai assisté à la naissance de mes quatre enfants -, le charpentier, donc,  aide comme il peut sa toute jeune femme à mettre au monde un enfant qu’il sait ne pas être le sien mais qu’il sait aussi devoir accueillir dans un mystère qui le dépasse. Jésus nait. Dieu se donne au monde.

Jésus, le Prince-de-la-Paix, nait donc mais pas comme les autres Princes. Il ne nait pas dans de beaux draps, entouré des forces d’un royaume humain. Il nait dans la paille, entouré des forces de Dieu le Père, forces que nul ne voit à ce moment-là. Et c’est précisément parce qu’il est Prince-de-la-Paix qu’il nait ainsi, discrètement comme un inconnu parmi des inconnus. Il est la graine de moutarde dont il parlera plus tard dans une de ses paraboles. Il est la petite graine à peine visible qui va se déployer pour devenir une plante qui donnera abri aux oiseaux du ciel. Il est la petite lumière qui va croitre pour embraser tous les hommes et tous les peuples. Comme l’annonce Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi ». Jésus est cette lumière.

Jésus n’est pas un Prince de la Guerre, qui devra porter les armes pour défendre des terres et un peuple formant un royaume. Il n’aura pas de serviteur, pas d’arme et pas d’armure. Le royaume de son Père est un royaume de Paix où la vie s’épanouie et se développe entrainant  les uns et les autres dans la joie et les rires de la découverte et de la douceur du temps passé ensemble. Pour la découverte, pour la joie, pour le rire, nul besoin de serviteur et d’arme, nul besoin de casque et de bouclier. Le Christ est le Père de la joie comme nous l’annonce Isaïe « Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson ».

Cette joie qu’apporte le Christ par sa venue sur terre, cette joie profonde de l’homme se sachant aimé et à sa place, cette joie donc, est le signe de sa principauté, le signe de son caractère princier. Et les êtres qui se réjouissent au moment de sa naissance ne sont alors pas les hommes autour de lui, qui ignorent qui il est, mais les êtres du ciel qui savent, eux, qui il est. Les messagers qui annoncent la bonne nouvelle de la naissance de Jésus, dans le royaume du ciel mais aussi auprès de bergers, sont des messagers du ciel.

Les bergers, ces hommes qui vivent avec les bêtes, ces hommes peu considérés par les autres hommes, mis de côté dans la société vont recevoir la primeur de cette nouvelle. Un ange les visite et leur dit cette nouvelle incroyable et le ciel éclate en cri de joie : « Il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime », nous dit l’évangile.

Quand j’étais enfant, mes parents nous faisaient écouter la pastorale des santons de Provence au moment de la fête de Noël. D’un coup, prenaient vie les santons de la crèche que nous avions installée avec ma sœur et mon frère quelques jours avant, sous la houlette de ma mère. J’attendais chaque année avec impatience de redécouvrir ce cortège de personnages, plus en couleur les uns que les autres, entre l’ange Boufareu qui soufflait dans sa trompette à s’en faire péter les joues, et Mireille qui s’enfuyait avec le Boumian Vincent et que son père recherchait désespérément en hurlant son nom dans la nuit.

A travers ces hommes et ces femmes de la pastorale des santons, la nativité prenait corps. La fête de noël était chargée de cette vie quotidienne dans laquelle les uns et les autres se démenaient comme ils le pouvaient avec leurs maladresses, leurs blessures mais aussi, toujours, avec la possibilité d’une immense générosité. Je trouvais dans ces personnages un fond joyeux et une profonde sincérité.

Sœurs et Frères cette nuit de Noël est la nuit de la paix et de la joie. C’est la nuit où vous les enfants pouvez nous montrer tout ce que vous savez de la joie et de l’amour de Dieu, parce que vous savez vivre la joie et la confiance. Réjouissons-nous, fêtons à pleine voix la naissance de notre Seigneur, le Prince-de-la-Paix. Alléluia, alléluia !

 

26 décembre 2019 |

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