par Claude Compagnone, Diacre
Ac 5, 27b-32.40b-41 ; Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13 ; Ap 5, 11-14 ; Jn 21, 1-14
Nous cheminons depuis le dimanche de Pâques avec l’évangile de St Jean. Dimanche dernier, nous avons vu comment, alors que les disciples sont réunis dans une pièce, dont les portes sont verrouillées par peur des juifs, Jésus vient et se tient au milieu d’eux. Thomas est alors absent. Il ne les croit pas et veut toucher le corps du Christ. Quelques jours plus tard, le Christ vient à nouveau alors qu’ils sont à nouveau tous ensemble. Nous ne savons pas si Thomas a touché les plaies du Christ. Nous savons par contre que Thomas a cessé d’être incrédule. Il a cru en Christ ressuscité.
Dans le chapitre de St Jean de ce jour, nous ne sommes plus dans un espace cadenassé, verrouillé. Non. C’est de l’Église à l’air libre dont il s’agit. Un certain nombre de disciples sont partis pêcher à l’invitation de Pierre. Pierre est de par son métier, pêcheur, tout comme les fils de Zébédé, Jacques et Jean, qui l’accompagnent. Il ne s’agit pas pour eux d’aller simplement faire un tour en touriste sur le lac pour pêcher. Pierre, Jacques et Jean vont faire tout simplement leur métier. Ils vont travailler. Ils vont pécher pour manger ou gagner leur vie.
Pierre, qui a renié trois fois le Christ, est donc accompagné de Thomas, celui, donc, qui n’a pas cru sans voir… Sacré équipage, vous ne croyez pas ! Et pourtant ils sont là, avec Nathanaël aussi, celui dont le Christ a dit « qu’il n’y a nulle ruse en lui ». On a donc ici bel échantillonnage humain, avec des hommes différents dans leurs sentiments, dans leur engagement, dans leur manière de croire. Un peu nous, en quelque sorte.
Ces hommes pêchent. Plus précisément, ils passent la nuit à pêcher sans rien prendre. On imagine facilement leur état de fatigue et leur abattement. Toute cette énergie dépensée pour rien. Et Jésus, au lever du jour, est là, sur le rivage, et les disciples ne le reconnaissent pas. Jésus, dans tous les récits de la résurrection, n’est jamais reconnu par les disciples à sa seule apparence physique. Il peut être là, présent avec eux, sans que ceux-ci ne sachent que c’est lui. Peut-être que cela nous dit quelque chose sur la manière dont nous pouvons le reconnaître aujourd’hui dans notre vie…
Le Christ après sa mort et sa résurrection n’est plus comme avant. Re-connaître le Christ, c’est-à-dire connaître à nouveau que c’est bien lui, ne passe pas par la simple présence physique. C’est par la parole et par les gestes que le Christ est reconnu. C’est parce qu’il dit « c’est moi, je suis Jésus le ressuscité » ou parce qu’il montre ses plaies ou rompt le pain que ses disciples le re-connaissent, c’est-à-dire voient que c’est bien celui qu’ils connaissent
Dans la pêche de ce jour naissant, les disciples le voient et échangent avec lui, mais ne le reconnaissent pas. Ils ne sauront que c’est lui qu’à la quantité effarante de poisons qu’ils prennent dans leur filet. À partir de là ils disent « c’est le Seigneur ! ». Mais cette pêche fantastique aurait pu tout aussi bien arriver par un pur hasard. Quelqu’un en passant, pour jouer avec ou se jouer des disciples, aurait pu leur dire de jeter leur filet à droite. Et le hasard aurait pu faire que la pêche soit alors très bonne.
Pourquoi, les disciples voient-ils alors Jésus en cet homme ? Pour une raison fondamentale qui est qu’ils sont en disponibilité de rencontre avec le Christ. Ils savent que cette rencontre est possible, ils savent que le fait que le Christ soit à côté d’eux et qu’il se présente à eux, est une possibilité. Et c’est parce que leur sens de l’interprétation de ce qui arrive est ouvert à cette éventualité qu’ils reconnaissent le Christ.
Ce sens est tellement aigu, que les choses se jouent pour les disciples en trois mouvements. Tout d’abord, bien qu’exténués par la nuit qu’ils ont passé à pêcher, ils obéissent à cet étranger : ils jettent leur filet là où il leur dit. Ils sont donc ouverts à la possibilité d’un événement qui leur échappe, ils se laissent conduire, pour essayer encore une fois d’attraper du poisson, alors que, en toute logique, ça ne devrait pas marcher.
Ensuite, la quantité effarante de poissons pêchés est immédiatement mise en lien avec la bonté de Dieu pour eux. Cette bonté est débordante, à l’image de la quantité faramineuse de poissons pêchés, mais dont ils ne perdront rien puisque leur filet ne se rompt pas quand ils le tirent à terre. Ils sont donc sensibles à ces signes de la présence de Dieu parce que pour eux Dieu par le Christ est agissant dans leur vie.
Et enfin, bien que n’étant absolument pas sûr que c’est le Seigneur, il ne lui demande pas si c’est vraiment lui. L’évangile nous dit : « Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? ». Ils savaient que c’était le Seigneur ». Ils savent donc et acceptent simplement ce savoir, cohérent, mais sans en avoir aucune certitude.
Cette fin de l’évangile de Jean, nous concerne donc tous au premier chef, sœurs et frères. Il nous dit tout d’abord que le Christ peut être là, à nos côté, sans que nous le reconnaissions. Il nous dit ensuite que nous pouvons le reconnaitre, à ses gestes et à ses paroles, quand il agit pour nous directement ou à travers les autres hommes. Cette fin d’évangile nous dit enfin, que ces disciples dans la barque, c’est nous.
Oui, c’est nous ! C’est nous, Église en travail et au travail dans le monde, comme les disciples pêchant laborieusement sur le lac. C’est nous dans notre diversité humaine, avec parfois nos traitrises, notre incroyance mais aussi notre bonté de cœur. Ces disciples dans la barque, c’est encore nous, lorsque nous restons continuellement ouverts à la possibilité de la rencontre avec Dieu. C’est nous, toujours, lorsque nous entretenons notre sensibilité à la présence de Dieu parmi nous. C’est nous, enfin, lorsque nous acceptons simplement de savoir que c’est Dieu que nous rencontrons sans en avoir aucune certitude. Nous acceptons alors de devenir croyants.
Amen