par Francis ROY, diacre
Aujourd’hui la liturgie de la Parole s’ouvre par une merveilleuse profession de foi en l’amour sans limite de Dieu. Il rayonne de cet extrait du livre de la Sagesse une confiance inébranlable en l’amour du Seigneur pour ses enfants, sur lesquels il se penche avec tendresse et compassion, fermant les yeux sur leurs péchés et les reprenant peu à peu, les avertissant avec patience, leur montrant en quoi ils pèchent.
Et puis comment ne pas exulter avec le Psalmiste, et exalter Dieu de tout notre cœur devant tant de bonté compatissante ? Oui, Seigneur, tu es tendresse et pitié. Tu patientes avec nous, tu es lent à la colère et plein d’amour. En Jésus, tu es venu soutenir ceux qui tombent et redresser les accablés. Ta bonté n’est pas seulement pour nous, tes fidèles, mais pour tous les hommes. Oui, que tes fidèles te bénissent et qu’ils disent à tous les hommes ta grandeur et ta bonté.
Et après avoir entendu l’extrait de la seconde lettre aux Thessaloniciens, comment ne pas nous mettre en route sur le chemin de la vie nouvelle, à la rencontre du Seigneur Jésus Christ qui vient pour établir son règne ? Le meilleur moyen de hâter la venue de son « Jour », c’est de grandir dans la foi, une foi agissante par la charité qui nous permette d’accomplir « tout le bien que nous désirons ». C’est en accueillant ainsi, jour après jour, le Seigneur Jésus dans nos vies par un comportement qui soit digne de son appel, que nous serons glorifiés en lui et qu’il trouvera sa gloire en nous. N’oublions jamais que nous sommes tous des saints en devenir !
Ces deux lectures sont une excellente introduction à l’évangile de ce jour qui nous raconte l’histoire de la rencontre de deux désirs se concrétisant à travers deux regards à Jéricho.
Jéricho est une oasis importante, située à la frontière entre la Judée et les nations païennes d’alentour. Donc une ville qui ne manquait pas de douaniers, de collecteurs d’impôts. Jésus la traverse pour monter à Jérusalem. Il n’est plus loin du terme de sa route, de sa croix où il étendra les bras… afin de rassembler tous les enfants de Dieu dispersés.
Voilà justement un de ces enfants dispersés, un excommunié même, et de taille ! Son nom est Zachée (une contraction de Zacharie, soit, humour noir, le pur !) Un collecteur d’impôts ; littéralement un de ces publicains triplement détestés : – parce qu’ils exploitaient les gens – parce qu’ils étaient des collaborateurs de l’occupant romain – enfin parce qu’ils trempaient dans l’idolâtrie en maniant les pièces de monnaie à l’effigie du dieu César. Et c’était le chef !
Pourquoi cherche-t-il à voir Jésus ? Par simple curiosité ? Il ne se serait pas exposé au ridicule pour si peu. Peut-être ses collègues lui ont-ils parlé de ce Jésus qui ne les méprisait pas, qui savait les toucher, au point qu’ils s’approchaient – tous – pour l’entendre. Zachée est un homme qui cherche, il est insatisfait. Il désire, il est poussé à rencontrer Jésus et, détail significatif pour quelqu’un qui va se convertir, il a le courage de braver le qu’en dira-t-on.
De petite taille, il grimpe sur un sycomore, au tronc bas, aux ramifications énormes. La grâce, déjà, l’a touché, prévenu ; voici qu’elle fond sur lui. Jésus lève les yeux. Zachée voulait le voir, Jésus le regarde, d’un regard où le pauvre homme se sent percé, mis à nu. Mais non écrasé, car Jésus l’interpelle par son nom, comme il le fera pour Madeleine au jardin de la résurrection : Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi.
Cette demande de Jésus à demeurer chez lui contient tout : le pardon (une page triste de sa vie est tournée) et cette intimité du demeurer, du partage, de quelque chose d’indicible.
Zachée descend vite. C’est l’empressement du coeur, il reçoit Jésus avec joie. A la grâce correspond l’action de grâce. La preuve que ce n’est point flamme passagère : Voilà ! Il est décidé, car il se sait déjà devant le Seigneur, le Christ pascal qui a donné sans compter et qui ne saurait se contenter d’une réponse mesquine. Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens. Quel courage ! Il n’hésite pas comme le riche qui, à ces paroles, s’en alla triste. Il est prêt à réparer le tort s’il en a fait – et quatre fois plus ; la loi ne le demandait que pour un vol de bétail, il l’élargit à tous ses torts. La générosité – source de joie !
Dans cette joie vient se loger la fausse note. Tous récriminaient. Il est fort probable que si Mgr l’évêque allait déjeuner chez un collaborateur, un extorqueur, nous ne chanterions pas le Magnificat. C’est l’effet produit par Jésus : Il est allé loger chez un pécheur ! Et chez le chef des publicains !
Alors Jésus dit à son sujet, mot à mot – devant lui, pour le défendre, se mettre de son côté : Aujourd’hui, le salut (la libération) est arrivé pour cette maison, pour lui et tous les siens. Lui, l’exclu, il est, lui aussi, fils d’Abraham. Cet homme, happé par le paganisme avec lequel il pactisait de par son métier, le voilà réintégré dans la communauté des justes, tout autant (et davantage) que vous !
On court-circuiterait cet évangile en le bloquant sur Zachée. Bien que celui-ci paraisse occuper le devant de la scène, Jésus est, en fait, l’acteur principal. C’est Jésus qui regarde Zachée, l’interpelle, l’invite à descendre ; c’est lui qui entre demeurer chez le publicain. C’est lui, le Seigneur, qui apporte le salut à cette maison et y sème la joie libératrice. C’est lui qui vient sauver ce qui était perdu. Quel beau portrait du Christ !
A chaque eucharistie, Jésus s’invite pour demeurer chez moi. Pour demeurer dans notre communauté. Le recevons-nous avec joie ?
Nous nous souvenons tous du cantique de Jean-Claude Gianada : « Il est formidable d’aimer, il est formidable de tout donner pour aimer ». Le pécheur Zachée ne l’a pas seulement fredonné : il l’a vécu. Lui qui avait plutôt les doigts longs et restait assis sur son magot, a découvert en un instant la liberté et la joie du don : il a suffi qu’il croise le regard de Jésus et qu’il lui ouvre son cœur. Se convertir ne signifie pas changer de vie – du moins pas dans un premier temps – mais se laisser trouver par Jésus, qui désire être l’hôte de nos cœurs. Ce n’est que dans la mesure où nous accueillons « le salut dans notre maison », que le Seigneur « par sa puissance, nous donnera d’accomplir tout le bien que nous désirons, et qu’il rendra active notre foi ».
Merci, Seigneur, de venir habiter mon cœur !