par Claude Compagnone, Diacre
Nous parcourons depuis dimanche dernier et ce, jusqu’à dimanche prochain, le chapitre 13 de l’évangile de Matthieu. Sont regroupées par Matthieu dans ce chapitre 13, des paroles que le Christ a pu dire dans différentes situations mais qui sont mises ensemble parce qu’elles traitent du Royaume des cieux. Le Christ nous donne des éléments pour que nous comprenions ce qu’est ce Royaume. En effet, durant sa vie publique, s’il n’a de cesse de dire que le Règne de Dieu s’est approché de nous et qu’il est donc urgent que nous nous convertissions, de quel Règne et de quel Royaume peut-il bien s’agir ? Voyons les indices qui nous sont laissés dans la parabole de l’ivraie.
On pourrait appeler la parabole de l’ivraie la parabole des mauvaises herbes ou des herbes indésirables. Tout cultivateur de blé avisé évitera absolument, par l’usage de techniques appropriées, de laisser proliférer ces herbes indésirables ou mauvaises sur ses parcelles. Ces herbes, en effet, rentrent en compétition avec les plants de blé pour l’accès à la lumière, à l’eau et aux nutriments du sol. Il faut donc les éliminer au plus tôt, dès qu’elles sont visibles, quitte à sacrifier quelques pieds de blé dont le manque sera compensé par une production plus grande des plants de blé qui restent.
Mais on voit dans la parabole un cultivateur de blé particulier, qui ne veut absolument sacrifier aucun plant de blé et qui du coup refuse d’intervenir trop tôt : arracher ces herbes mauvaises au moment de la croissance du blé pour favoriser la pousse de ce dernier, c’est prendre le risque d’arracher en même temps des pieds de blé, parce que ce blé et les mauvaises herbes sont trop proches ou se ressemblent encore trop. Et il ne peut pas non plus ne rien faire du tout car ça serait prendre le risque qu’au moment de la moisson les graines de ces herbes se mélangent au blé et en gâtent toute la saveur, voire le rendent inconsommable. Le cultivateur de blé fait donc au mieux pour sauver chaque pousse du blé et la qualité de la moisson : il laisse pousser le blé et les mauvaises herbes ensemble et ne les sépare qu’au moment de la moisson. Forcément blé et mauvaises herbes sont, pendant la pousse, en compétition les uns avec les autres pour la lumière, l’eau et les nutriments, mais le cultivateur ne sacrifie aucun pied de blé : chacun de ces pieds compte.
Comment puis-je entendre cette parabole ? Cette parabole dit pour moi un drame, un amour et une espérance. Le drame est celui de la présence du mal dans le monde : l’ennemi du cultivateur vient semer des mauvaises herbes dans le champ de blé du cultivateur. Ce n’est pas un accident, mais bien une intention mauvaise qui fait agir l’ennemi : il veut saccager la qualité de la moisson qui sera produite. Il ne veut pas d’une bonne moisson. Il veut détruire. Pourquoi ce mal, c’est-à-dire cette intention mauvaise de destruction ? La question est sans réponse… Le drame est encore celui de ces grains de blé, les sujets du Royaume, qui pendant leur croissance dans la parcelle doivent lutter contre les mauvaises herbes qui veulent prendre toute la place. Le monde est bien un monde de lutte, dans lequel il faut combattre sans relâche le mal, y résister, dans lequel il faut réparer les destructions du mal.
Cette parabole dit aussi pour moi un amour : l’amour du Créateur envers ses sujets. Chacun d’entre eux compte. Il n’est pas question pour le cultivateur de sacrifier un seul brin de blé en voulant extraire l’ivraie. Le monde est monde et c’est à la moisson, au jugement dernier, que les choses sont partagées. Chacun doit croitre, certes en présence ou en compétition avec les mauvaises herbes, mais il peut grandir et produire. Du temps et de la générosité sont donnés par Dieu aux uns et autres. C’est cet amour du Créateur sur sa création, comme le Christ le dira ailleurs (Matthieu 5, 45), qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes ».
Cette parabole dit, enfin, pour moi, l’espérance du Royaume plein et entier qui sera connu après le jugement dernier, après la moisson. Dans le Royaume des cieux accompli, plus de trace du mal. Dans ce royaume, « les justes resplendiront comme le soleil » comme le dit l’évangéliste. Mais cette espérance n’est pas une espérance sans ancrage dans le présent. Avec la venue du Christ dans le monde, le Royaume des cieux est déjà là. C’est lui la graine de moutarde de la parabole, si petit au moment où il parle, mais qui va générer un arbre massif, abri pour tous les hommes. Si le Royaume des cieux n’est aujourd’hui pas complétement accompli, il est quand même déjà là. La force de Dieu est en Jésus Christ, pour sauver les hommes du mal. Dans le monde présent, Dieu veille sur sa création et sur ses créatures. Si le monde est agressé par le mal, comme le blé l’est par les mauvaises herbes, il n’est pas livré aux ténèbres. Le règne de Dieu est donc futur mais aussi présent. Il a déjà commencé, nous avons les pieds dedans, et nous devons nous en réjouir.
Drame, amour et espérance ressortent donc de cette parabole.
Toutefois, on pourrait aussi être amené à comprendre, en voulant interpréter exagérément cette parabole, que le monde est fait irrémédiablement de personnes bonnes, complétement bonnes, et de personnes mauvaises, complètement mauvaises, qui, déterminés ainsi dès le début de leur vie, le resteraient jusqu’au jugement dernier. Ça serait oublié que Dieu se donne aux uns et aux autres et que, s’il combat le péché, il aime aussi l’homme pécheur.
Pour bien le comprendre, il nous faudrait alors écrire une autre parabole dans laquelle les herbes mauvaises auraient la possibilité de se transformer en plants de blé sous l’action du cultivateur. Ou mieux encore, une parabole dans laquelle les plants cultivés seraient issus d’hybrides : ces plants produiraient à la fois des bons grains et à la fois des mauvais. Certains produiraient beaucoup de bons grains et d’autres beaucoup de mauvais. Le cultivateur les laisseraient pousser les uns et les autres pour ne rien gâcher de ce qu’il y a de bon dans les uns et dans les autres, leur donnant la possibilité par son entretien de produire le meilleur. Le temps de la moisson serait ce temps de purification où les grains mauvais seraient enlevés et jetés au feu pour laisser éclater la saveur des bons grains.
Il s’agirait alors d’une autre parabole qui dirait la puissance de la miséricorde du Seigneur et sa force de transformation. C’est ce que nous disent les évangiles ailleurs, autrement. Amen
Voir au verso de la feuille paroissiale des 18 et 19 juillet la méditation proposée par l’ E.A.P. pour cette seconde ETAPE du parcours estival.
3 verbes à garder cette semaine : ralentir, sourire et acquiescer à l’imprévu : à l’autre/ Autre..