De blé et d’ivraie — de graines et d’oiseaux — le Royaume des mains ouvertes

Vous vous rappelez combien la semaine dernière l’Évangile nous avait incités à ouvrir les yeux et les oreilles à la beauté des choses et de Dieu . Nous avait incités à ouvrir notre cœur — « mon Dieu, tu es grand, tu es beau, tu es le Dieu d’amour … Dieu présent en toute création » –. L’invitation de l’Évangile était celle que l’on redit au nom de Jésus à tous les baptêmes aujourd’hui encore : le « ouvre-toi » EFFATA, accueille en toi l’esprit de Dieu, la parole de Dieu, le don de Dieu. Accueil et Aime. Accueille pour aimer. Aime pour accueillir. La parole poussera de beaux fruits en toi.

Cela continue logiquement aujourd’hui où l’Évangile nous dit : « Mets-toi à regarder par les yeux de Dieu..Apprends comment il fait. »

Notre conversion sera vraie lorsque nous en serons capables… Ou plutôt lorsque nous serons capables de laisser Dieu nous convertir totalement.

Mais avant de continuer à être sérieux, je voudrais faire un crochet par l’humour d’une bande dessinée que vous connaissez sans doute. Je vais prendre Astérix et Obélix comme théologiens si vous permettez. Parce que l’ivraie de notre Évangile, et qui est devenue proverbiale, en grec se dit zizanie. Et nous savons ce que c’est, que de semer la zizanies ! Et dans la bande dessinée d’Astérix, il suffit qu’un individu commence à parler avec une bulle jaunâtre, et peu à peu tous les textes deviennent jaunâtres. Le péché de zizanie est maladivement contagieux. Ou de la suspicion. Ou des ragots. Ou le péché de « casser », démolir,  » négativer »… On a vite fait de tuer quelqu’un ou de l’amener à être brûlé. On voit les ravages que cela fait dans la vie professionnelle contemporaine.

À l’inverse, le Seigneur propose une infinie patience. Une patience qui touche à l’éternité. Il a le temps pour lui ; nous sommes toujours trop pressés. Il ne juge pas, il ne condamne pas ; nous, nous intervenons à tout bout de champ ; nous taillons , nous tranchons, nous avons un avis sur tout, nous savons tout… Nous croyons tout savoir, quand nous ne savons pas grand-chose et qu’il nous faudrait plutôt humblement demander à être des apprentis : avoir une attitude de chercheurs… De vérité… De Dieu… D’humanité…

La Seigneur nous propose de voir les choses autrement — voir le monde, voir les gens. Voir comme lui. Sans peur, sans rejet. Et même apprendre à regarder le mal comme il le fait. C’est-à-dire avec la patience de celui qui ne se laisse pas prendre aux apparences. Il y a des choses qui ne font pas le poids, même si elles font du bruit — il y a des gens qui ne font pas le poids, même s’ils font du vent. De ces personnes-là, le premier psaume par exemple disait : « ils sont comme la paille balayée par le vent ».

En fait, si Jésus peut raconter cela, c’est parce qu’il l’a vécu. Et qu’il n’a pas eu peur de le vivre douloureusement. Infiniment douloureusement. La non-violence de Jésus lui a coûté la vie, mais dans le long terme, c’est elle qui nous a valu l’absolution de notre péché.

Si nous pouvons espérer quelque chose, c’est d’abord parce que Jésus n’a jamais désespéré de nous. Le pardon de tout ce qui est tordu en nous ne peut se trouver que si nous entrons dans la vie de Jésus lui-même. Dans sa non-violence, donc ; dans son refus de posséder ou son refus de quelque pouvoir que ce fût. Ce qu’il nous demande, c’est de ne juger qu’à partir de la résurrection, la sienne, la nôtre à laquelle nous sommes appelée, celle des autres à quoi ils sont aussi, et tout autant que nous, appelés.

Et cela, rappelons nous ce qu’il disait de nos collaborations avec lui, à propos du joug, nous donne une tranquillité et un repos uniques. Loin des fatigues du péché, de notre péché, la pureté des enfants qui jouent… « Bienheureux ceux qui leur ressemblent ! »…

Reste alors à entrer dans le dynamisme de l’ouvrage, dans son mouvement. Jésus se laisse guider par le dynamisme du souffle de Dieu. Pour nous aussi, il faut et il suffit : prier l’Esprit-Saint, l’esprit de sagesse et d’intelligence, qui est là du premier au dernier jour de la Bible, au cœur de toute chose créée. Rappelons nous la proclamation de Jésus au début de son ministère : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, il m’a envoyé porter la paix, la joie ; il m’a envoyé libérer les pauvres ».

25 juillet 2014 |

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