par le Père Denis Erazmus,
Dimanche dernier, l’Évangile nous rappelait qu’« aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » et concluait : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent ».
Avec Amos, l’Évangile de ce jour poursuit son enseignement sur la gestion de la richesse mise au défi de la pauvreté et de la nécessité. Si le riche se pare de beaux vêtements, le pauvre, lui, est couvert d’ulcères. Face à l’abondance de nourriture qui va jusqu’à tomber de la table, le manque se fait entendre dans la vie du pauvre qui ne demande qu’à survivre en bénéficiant de la générosité du riche, non pas en s’invitant à sa table mais en profitant des miettes de son repas. Ce qui distingue encore le riche du pauvre, c’est que le premier reste anonyme, on ne connaît pas son nom, alors que le pauvre est connu sous le nom de Lazare, nom qui en hébreu signifie « Dieu aide ». Mais ce qui est commun à l’un et l’autre,
c’est la mort qui survient, déjà chez le pauvre, puis chez le riche. La mort met à égalité tout homme, qu’elle enveloppe de son linceul et qu’elle oriente vers le jugement de Dieu. Une nouvelle différence apparaît, séparatrice, entre la destinée finale du pauvre, emporté par les anges auprès d’Abraham, dans le royaume promis, et la destinée du riche prisonnier du séjour des morts où il vit la torture de la soif, pris dans une sorte de fournaise, ainsi que l’éloignement d’Abraham et de Lazare, dont il connaît le nom et qu’il sollicite pour qu’il vienne adoucir sa souffrance. Riche et pauvre sont tous deux enfants d’Abraham, comme l’indique le texte. Et Abraham rappelle le contraste qui séparait douloureusement l’un, ayant vécu dans le bonheur terrestre, de l’autre, ayant vécu dans le malheur ici-bas. Contraste qui se vit aussi dans l’au-delà de notre monde, avec d’un côté la consolation offerte à celui qui a souffert, et de l’autre, la souffrance à celui qui a joui du bonheur sur terre. Et, tel un abîme, la distance qui sépare l’un de l’autre est infranchissable. Alors l’ancien riche, qui n’a rien emporté avec lui, s’adresse à son père Abraham : il lui demande d’intervenir auprès de ses frères inconscients du vrai danger qu’ils courent après leur mort s’ils ne changent pas leur attitude.
Ce condamné voudrait éviter le pire aux siens. Mais Abraham lui rappelle qu’il faut écouter Moïse, et donc la Loi, ainsi que les Prophètes qui suffisent pour se convertir et que Jésus est venu accomplir. Car même la résurrection ne suffit pas pour convaincre les hommes de se convertir au Christ et à la Loi de son Évangile qui pousse à pratiquer la charité divine. Le psalmiste dit l’amour de Dieu
pour ses enfants : Dieu fait justice aux opprimés, nourrit les affamés, délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles, redresse les accablés, protège l’étranger, le migrant, le réfugié et soutient la veuve et l’orphelin. Dieu accompagne les siens qu’Il soutient et à qui Il pardonne les offenses.
L’Évangile de ce dimanche veut nous guider dans notre vie, selon que je suis plus ou moins nanti et appelé à partager et à mener le combat de la solidarité, ou que je suis pauvre et dans le besoin financier, moral, social, spirituel ou autre… En cet homme pauvre, malade, affamé, assoiffé, Dieu mendie notre attention et notre charité, comme Jésus le dit à ses disciples : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire… j’étais malade et vous
m’avez visité… chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35-36.40). Vivre notre attachement au Christ ressuscité, c’est mettre en œuvre ce qu’Il nous enseigne. Aujourd’hui, si j’ai un peu de biens, comment j’en fais profiter les autres dans le besoin ? Est-ce que je sais accueillir l’autre dans ses pauvretés, dans sa faim biologique, sociale, spirituelle ? Est-ce que je sais ouvrir mon cœur et mon logis pour accueillir
l’autre dans le besoin ? Est-ce que j’accepte d’être dérangé dans mon confort et d’en sortir à cause des cris des nécessiteux, des sans logis, des migrants à qui l’Église dédie ce Dimanche comme Jour Mondial du Migrant et du Réfugié pour « construire un avenir avec eux ». Que Dieu nous accorde sa grâce pour mieux répondre aux besoins des hommes et des femmes de notre temps ! Et, portés
par la grâce de Dieu et le soutien des frères et sœurs, reprenons notre marche avec les autres vers notre rendez-vous avec Dieu qui nous jugera sur l’amour que nous aurons vécu ici-bas, Amen !