Homélie du dimanche 26 janvier : dimanche de la Parole

par Francis ROY, diacre

 

Le troisième dimanche de l’année liturgique est désormais dédié à la Parole de Dieu selon la proposition de notre pape François. Comment répondre à ce souhait de notre Saint Père ? En la célébrant spécialement aujourd’hui ? Ce serait sûrement bien, mais infiniment pas suffisant. Car cette Parole de Dieu doit être lue pour la découvrir, relue et méditée pour s’en

imprégner, relue encore pour la redécouvrir à chaque fois, nouvelle, différente et si riche. Ce dimanche dédié à la Parole ne peut et ne doit être que le début d’un cheminement quotidien dans les richesses de ce trésor : la Parole de Dieu ! Alors ouvrons vite notre vieille bible et écoutons cette Parole. Et si nous avons deux bibles, offrant on une à nos enfants, à nos petits-enfants, à notre voisin. Cette mise en route d’aujourd’hui doit pouvoir nous accompagner pendant toute cette nouvelle année.

Reprenons notre Evangile de ce dimanche et essayons de suivre Jésus dans le récit des débuts de sa vie missionnaire. Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retire en Galilée. En faisant ce choix, il accomplit ce que disait le prophète Isaïe dans notre première lecture : annoncer l’Evangile, non pas à Jérusalem, la capitale, mais en Galilée, dans des territoires périphériques. Cette Galilée des nations, traversée par plusieurs grandes voies commerciales, est un carrefour où se croisent de nombreuses cultures différentes. Aujourd’hui encore, le Christ nous rejoint dans la « Galilée » de nos vies. Seigneur, accorde-moi la grâce de reconnaître ta lumière là où tu me rejoins.

Jésus commence à proclamer : « Convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche. » Convertissez-vous ! Changez de regard, changer de vie, le Royaume est là au milieu de nous. Qu’ai-je à convertir, à changer dans ma manière de vivre pour reconnaître que Jésus est là, tout près de moi. Seigneur accorde-moi l’ouverture du cœur pour comprendre à quelle conversion concrète tu m’appelles.

Jésus passe ; il voit deux frères au travail, puis deux autres avec leur père eux aussi au travail. Il les regarde et les appelle. Quelle merveille que ce regard de Jésus posé sur Pierre et André puis Jacques et Jean, regard qui reconnait et appelle. Vais-je reconnaître le regard de Jésus qui, aujourd’hui, vient se poser sur moi ? Seigneur viens encore dans ma vie me faire signe, et m’appeler tel que je suis, là où j’en suis.

Et Jésus continue : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Il s’agit de se mettre en route avec Jésus, le suivre, se mettre à son école et partager sa mission de pêcheur d’hommes. Ai-je entendu dans ma vie cet appel à suivre Jésus, à marcher avec lui ? Aujourd’hui encore tu m’appelles, Seigneur. Fais que ne sois pas sourd à cet appel et que je te réponde sans tarder.

« Laissant tout, ils le suivirent ». Que laissent-ils ? Leur barque, leur père, leur sécurité, ce qui fait leur vie de pêcheurs. Laisser, c’est choisir, préférer quelque chose de plus grand, de plus important. Les disciples prennent ce risque parce qu’ils ont reconnu en Jésus celui qui leur ouvre un chemin de vie, qui rejoint leur espérance. Je me tourne vers toi Seigneur, éclaire mon cœur afin qu’il te reconnaisse et que je puisse choisir ce qui me rapproche de toi et m’ouvre à ta vie.

Chaque appel est singulier ; chacun est rejoint dans son histoire. Ainsi en est-il pour Paul sur le chemin de Damas. Sa rencontre avec Jésus inaugure sa conversion, son retournement. Le persécuteur devient le compagnon. A la suite de Pierre et d’André, de Jacques et de Jean, de Paul et de tant d’autres à travers le temps et l’espace, tu viens à moi et tu m’invites à devenir témoin à mon tour, à te suivre, à te servir et à t’aimer. Fais grandir en moi la foi.

En parcourant pas à pas ce petit bout d’évangile qui nous est proposé pour ce troisième dimanche ordinaire de l’année A, nous voyons que cette lecture méditée du texte nous a permis de nous poser un certain nombre de question sur notre vie, notre façon d’être vis-à-vis du monde dans lequel nous vivons et surtout sur notre manière d’écouter, d’entendre Jésus qui nous parle. Dans ce passage, la vie publique de Jésus commence avec les disciples ; ils se sont mis à le suivre. Ils l’entendent proclamer l’Evangile ; ils le voient guérir toute maladie et toute infirmité. En Jésus, par sa parole et par ses actes, le Règne de Dieu s’est approché de nous.  Aujourd’hui, le Seigneur remet à ceux qui marchent à sa suite, ses paroles et ses actes.  Aujourd’hui, dans l’Eglise et le monde, des paroles entendues, des gestes posés, des guérisons rencontrées révèlent aussi l’Evangile du Royaume. A la messe, des paroles et des actes posés témoignent de l’Evangile.

Rendons grâce à Dieu d’avoir remis entre nos mains l’Evangile du Royaume, la Parole de Dieu, que Jésus est venu dévoiler. Patiemment, il fait de nous des témoins de sa présence. Acceptons avec joie et fierté cette mission qu’il nous confie en sachant qu’il sera toujours prés de nous pour nous donner la force de l’accomplir.

25 janvier 2020 |

L’OECUMENISME POUR LE SALUT DU MONDE

Un sermon sur l’unité des chrétiens ? à quoi bon, puisqu’il n’ya plus de problème, et que nous pensons tous pareil ? nous ne nous tapons plus dessus comme dans les temps obscurs, et puis : chacun fait bien ce qu’il veut, non ? à quoi peut servir la prière ? enfin, pour être sérieux, quepeut-elle contre le scandale de la séparation eucharistique ?

La division existe dès l’origine …  elle est naturelle, dit-on, certes oui ….  Mais la foi remonte / évidences ; prier traverse le  « ce qui va de soi », le « ce qui tombe sous le sens ». Dès l’origine aussi, la Pâque est présente. Elle demande à être entendue et à féconder nos regards ou nos pensées. Contraire à la division, l’unité est une ébauche de résurrection.

D’abord, nous prions parce que Jésus a commencé. Il disait « Père, qu’ils soient un comme nous sommes un, toi en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un pour que le monde croie ». Jésus a prié, il nous a demandé de prier. Prier avec le désir passionné que le monde vive dans l’amour du Père.

À la question « à quoi bon l’unité ? » se substitue la question « veux-tu que tous tes amis découvrent l’amour fou du Père? ».

Donc prier pour l’unité, c’est désirer pour tous la meilleure qualité de vie. Est-ce le cas ?

Reprenons depuis le début : Jésus a réuni un groupe d’hommes et de femmes aux personnalités et aux tempéraments bien variés. Opposés parfois. Mais toujours bien humains, et lourds de leur humanité. Ce qui intéressait les disciples était de savoir qui serait le plus grand, qui pourrait prendre place à la droite et à la gauche de Jésus dans son royaume, comment établir le royaume de Dieu pour qu’ils y aient de bonnes places de chefs. Jésus leur avait pourtant dit que les vrais grands hommes devaient affirmer la dignité des pauvres de manière priviégiée et servir à leur laver les pieds. Mais pas à s’occuper d’eux-mêmes, surtout pas.

Dans la suite de l’Histoire, on a vu des chefs de guerre comme l’empereur Constantin ou le roi Clovis devenir chrétiens parce que la croix du Christ avait la vertu magique de les faire gagner contre les adversaires. Étrange respect du crucifié ! On a vu des évêques dans les conciles des premiers siècles s’empoigner et s’étriper, copier en Église les haines et les divisions du monde politique entre Antioche, Alexandrie et Rome —cela semble continuer aujourd’hui dans des phénomènes d’édition de pape à pape ?? division entre Amérique du Nord et pauvres du Sud ??–. Puis entre la Méditerranée et les peuples du Nord ou de l’Est de l’Europe.

Les dynamiques politiques et sociologiques imprègnent leurs querelles. Elles font des conflits de disputes religieuses sérieuses.

Mais ils se sont retrouvés par la grâce d’une certitude : le seul principe qui devait nous guider est que Christ vient sauver « tout homme et tout l’homme ». Alors, on pouvait redécouvrir toute la valeur divine des humains, parce que le Fils de Dieu avait accompli sa vocation d’homme. Il est pleinement homme pour que l’humain reçoive  –comme disent les Orthodoxes— sa divino-humanité.

L’unité ne pouvait revenir que par le point de vue final : cesser de focaliser sur les divergences de l’immédiat pour décider de tout penser à partir de notre vocation, càd d’être, tous, dès maintenant et pour toujours, des ressuscités. Penser, donc, à partir de Dieu et non pas de nous. Se convertir à l’Eternel plutôt qu’à un habillement, fût-il juste. Et découvrir que tous les humains ont dignité d’Enfants de Dieu.

Donc, prier pour l’unité des croyants, c’est prier pour que tout homme se découvre valable et aimable. Il ne peut plus y avoir ni esclaves ni gens exclus ;  il faut quitter la volonté de puissance ou de domination ; abandonner l’idée que d’avoir de l’argent achèterait la miséricorde de Dieu. Entendre le besoin de liberté.

[ à Dijon, je ne peux qu’ouvrir une parenthèse sur la nécessité d’intelligence dans cette humano-divinité : en la Saint-Barthélémy 1572, lorsque fut donné l’ordre du massacre des huguenots, un avocat et un responsable du Parlement de Bourgogne demandèrent respectueusement confirmation de l’ordre royal : le temps pour la missive d’aller à Paris, puis à la réponse de revenir,  –l’ordre était aboli et les protestants sauvés ].

On pourrait faire l’hypothèse suivante : lorsque le monde se délite, part en lambeaux déchiquetés, l’Église dans son entièreté vient réunifier les sociétés faillies. Elle propose de se reprendre en main avec d’autres moyens. De construire avec d’autres objectifs que le court-terme – avec un Esprit, en s’appuyant sur une Parole, en se laissant structurer par elle.

Sur les ruines de la 1° guerre mondiale, l’abbé lyonnais  Paul Couturier noue des contacts avec un grand nombre de confessions chrétiennes. Il rencontrera le jeune pasteur suisse Roger Schutz qui créera l’église de la Réconciliation à Taizé, juste après la 2de guerre. Des milliers de personnes viendront y puiser.

N’est-ce pas  ce double besoin de silence et de prière, et le retour à la Bible, qui seraient le seul armement efficace ?

Dans les années 1940, l’étudiant Jacques Loew découvre la condition des dockers de Marseille et suscite les prêtres ouvriers. L’écrivain Gilbert Cesbron leur donnera stature romanesque publique avec « Les saints vont en enfer« 

En 1963, le dominicain Yves Congar fait paraître la révolution tranquille de son  » Pour une église servante et pauvre« . C’est juste avant le 2° concile du Vatican où tout se pensera à nouveaux frais.

Alors, donc, comment cette fonction prophétique baptismale peut-elle se traduire aujourd’hui ? Quel serait en notre XXI° siècle l’apport à la société  de l’Église « une, sainte, universelle et apostolique » ?

Je me risque à dire : que dialoguer est foncièrement nécessaire au temps des monologues identitaires. Et que se passionner  (pour le Christ Jésus et pour son attention aux plus humbles des humains)  conteste le relativisme individualiste.

Si l’on veut se respecter entre les confessions chrétiennes, qu’on-elles à se donner les unes aux autres ? quel est l’apport des protestants ? quel est l’apport des orthodoxes ? quel est l’apport des catholiques ?

Le protestantisme : tout nous vient de par la grâce et la personne du Christ, de par sa foi, et en même temps le Ressuscité attend de nous une fraternité agissante. Sa Parole nous le dit.

L’orthodoxie : réaliser dès aujourd’hui la gloire du Royaume éternel, le présentifier sur une terre concrète. La Liturgie nous le dit.

Catholique : il unit le mysticisme du regard porté sur le Seigneur, et une coquille protectrice – qui paraît parfois une carapace rigide aux yeux de certains. C’est du discours sur la Trinité que cela vient.

Ainsi, l’œcuménisme est pertinent s’il permet de sortir des routines et de redécouvrir de façon toujours nouvelle combien tout est fondamentalement construit sur le Christ. C’est lui qui nous passionne et rien d’autre et nul autre. « Christ, aujourd’hui comme hier et demain ».

Amen,  alleluia.

père dominique nicolas

 

19 janvier 2020 |

homélie pour la fête du baptême du christ (12 janvier)

par Jean-Paul Berthelot, diacre

La fête du Baptême du Seigneur vient clore le temps de Noël. Cet événement nous enseigne sur la personnalité de Jésus et sur notre propre baptême. Déjà au sixième siècle avant J.C. le prophète Isaïe essaie de redonner courage à son peuple en annonçant un serviteur qui aura pour mission d’accomplir le salut de Dieu. Il pourrait être le Messie qui agira avec douceur et fermeté pour libérer Israël et faire alliance avec son peuple.

Luc, dans la deuxième lecture, souligne que l’Esprit Saint est à l’œuvre aussi pour les païens. Il n’est pas réservé aux juifs ou aux élites. La lumière de Dieu et la libération sont pour tous les hommes. Pierre l’affirme : « Dieu accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. »

Cette bonne nouvelle annoncée par Isaïe est proclamée par la voix venue du ciel au baptême de Jésus.  Ce serviteur non violent, plein de douceur et d’attention à l’égard des hommes, c’est bien Jésus. Il est la lumière du monde tant attendue. Nous, chrétiens baptisés, devons porter cette lumière dans notre pays qui se déchristianise. Dieu nous demande d’être solidaires de la détresse spirituelle de tous. Voilà pourquoi Jésus a demandé à Jean Baptiste de le baptiser. Le Christ n’est pas venu pour nous punir mais pour se rapprocher de nous, de notre condition humaine, et plus spécialement pour les brisés de la vie.

En effet, Jésus en entrant dans l’eau du baptême, il pénètre sur notre terrain de vie. Il n’est pas sur le banc de touche pour crier des consignes. Il est au milieu de nous, pour un renouveau non violent, empli de justice et de douceur. Jésus veut libérer l’homme de son péché pour le rendre heureux. Il n’a pas besoin de ce baptême car il n’a point de faute à se faire pardonner, d’où l’incompréhension de J

ean : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi » Jésus a lui besoin d’être immergé dans notre humanité. Il désire prendre sur lui le mal qui nous accable pour nous en libérer. Il désire notre bonheur.

Ce baptême du Christ nous révèle la présence de la Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit nous veulent du bien et désirent nous emporter vers le salut. Dieu est avec nous pour ce combat contre le mal qui nous ronge, et par notre baptême, nous sommes consacrés pour être au service de Dieu. Rappelons nous cette onction sur notre front le jour de notre baptême :

–          Je suis appelé à prier pour nos frères et sœurs (prêtre)

–          Cette lumière, je dois la diffuser pour qu’elle apporte justice et joie. Je proclame la Parole de Dieu (prophète)

–          Je me mets au service des autres, je soutiens ceux qui souffrent, je donne tout mon amour (roi)

L’alliance que Dieu a fait avec l’homme s’est accomplie et scellée en Jésus-Christ. C’est pourquoi le baptême de Jésus est indispensable. Il crée un lien indéfectible entre Dieu et les hommes. Tout baptisé reçoit l’Esprit saint sur lui. Nous sommes des fils bien aimés, des porteurs de cette Bonne nouvelle. Il serait bon de prendre conscience de cette grâce reçue le jour de notre Baptême. Envahis d’un tel amour, nous ne pouvons la garder au fond de notre cœur en égoïste. Nous avons besoin de la donner car, en contrepartie, nous recevrons encore plus de bonheur.

Dieu nous invite à vivre de notre baptême, à exprimer notre foi en ce Dieu d’amour. Jésus nous demande d’établir une vraie relation de confiance avec son Père. Nous sommes appelés à port

e

r du fruit, à fleurir là où Dieu nous a plantés et avec tous ceux qui nous entourent. Avançons sur le chemin de la vie, avec une grande humilité, permettant de reconnaître nos défauts sans nier nos talents car nous en avons tous. Une chose est certaine : le Seigneur sera toujours là pour nous secourir à la moindre faiblesse. Son infinie délicatesse fortifie nos cœurs fragiles et redresse les blessés de la vie. Il ne  juge pas mais écoute son serviteur écrasé par la maladie, le chômage ou les difficultés de dialogue dans nos familles.

L’apôtre Pierre a mis beaucoup de temps pour comprendre ce que Jésus attendait de lui. Il l’a loué, rejeté, nié, et finalement sera son plus fidèle ami. Il faut de la patience, du temps et une confiance infinie pour rejoindre Jésus sur son chemin.  Aujourd’hui,  au bord du Jourdain, c’est l’explosion de l’amour de Dieu pour son Fils ; un accord parfait entre Jésus et son Père rempli de l’Esprit Saint, symbolisé par cette colombe d’où surgit discrètement et mystérieusement la vie.

Le Père a prononcé les mêmes paroles d’amour au moment de la Transfiguration : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » mais il a ajouté : « écoutez-le » car le Christ devient à ce moment audible à tous les hommes et les femmes prêts à ouvrir leurs cœurs et leurs oreilles à cette infinie bonté.

Quelle merveille cet évangile. Que de grâce. Redécouvrons Seigneur la force et la grandeur de ce don d’amour que nous avons reçu le jour de notre baptême. Posons-nous cette question : Sommes-nous ouverts réellement à cette présence de Dieu en nous ?

Amen.

12 janvier 2020 |

Homélie pour la Fête de l’Epiphanie (5.1.2020)

par Francis ROY, diacre

 

L’histoire des Mages, rapportée par l’Évangile, montre admirablement combien la quête de Dieu est de tous les temps. Même s’il faut remonter au VIe siècle pour apprendre que ces rois se seraient appelés Melchior, Gaspard et Balthazar, que l’un était blanc, l’autre jaune et l’autre noir, qu’ils représentaient les trois âges de la vie (Melchior un vieillard à longue barbe, Balthazar un homme d’âge mûr et Gaspard un jeune homme imberbe), il n’en est pas moins vrai que l’Épiphanie est l’une des plus anciennes affirmations de la foi.

C’est un appel intérieur puissant qui a jeté les Mages sur la route de l’aventure et de l’inconnu, et non une sorte de curiosité : «Allons voir ce que signifie cet intrigant météore!

». Dieu appelle le premier, parce qu’en fait, c’est lui qui aime le premier. En un mot, Dieu s’offre à nous. Il nous crie: Aimez-moi et vous m’aurez en vous. » Dieu vient au-devant de nous.

N’oublions jamais que Dieu est le premier des mendiants : celui qui quête l’amour des hommes, celui qui veut avoir besoin d’eux. Mais Dieu nous laisse libres. Il s’agit d’un appel infiniment respectueux. Dieu ne fait pas d’esbroufe. Dieu n’éblouit pas. Il n’est pas un charlatan racoleur : l’amoureux sait bien qu’il ne faut pas forcer l’être aimé.

Dieu appelle tous les hommes. Si Dieu s’est engagé envers un peuple précis, ce n’était pas pour négliger les autres. Pas question de races : Dieu n’est pas xénophobe. Pas question de classes : Dieu n’est pas pour les riches, ni exclusivement pour les pauvres. Dieu n’est pas pour les rois, ni exclusivement pour les parias. Pas question même de sainteté : Dieu appelle les pécheurs et les saints. Tous les hommes peuvent trouver leur place dans la caravane des mages. La conséquence s’impose : nous avons d’abord à prendre conscience que notre désir de trouver Dieu, notre soif d’absolu, ne viennent pas de nous.

Découvrir le Christ demande donc une épiphanie, une manifestation, un acte de sa part. C’est tout le drame de l’homme de refuser d’entendre l’appel du Dieu mendiant. En revanche, quand Dieu nous tire à lui par une de ses secrètes lumières qui parlent à notre cœur, quand celui qui l’ignore se met à aimer, quand celui qui jure se met à prier, alors nous pouvons éclater de joie : c’est l’Épiphanie !

Nous avons à prendre conscience de cette exigence respectueuse de la liberté d’autrui dans notre souci de transmission de la foi, y compris auprès de nos enfants : on ne peut faire l’impasse sur la grâce de Dieu. Nous ne sommes pas là pour donner la foi – elle est un don de Dieu – mais pour être un humble signe, une petite étoile pour tracer un chemin possible, pour être au service de son jaillissement dans le cœur des autres quand a sonné l’heure de Dieu.

Nous avons à prendre conscience qu’en ce temps où nous habitons avec des hommes et des femmes venus d’ailleurs, l’Épiphanie prend alors « une petite allure de fête antiraciste » Nous voici tous réunis par cet enfant qui veut voir autour de lui des Africains, des Européens, des Asiatiques, tous unis fraternellement.

Oui, quand tous les hommes de la terre, ceux qui sont noirs, ceux qui sont blancs, ceux qui ont des chapeaux et ceux qui ont des turbans, quand tous les hommes de la terre se mettront à aimer, alors ensemble, nous chanterons enfin l’éternelle Épiphanie!

Peu d’hommes, au temps des Mages, ont repéré et suivi l’étoile. Ne faut-il pas être un peu fou ou farfelu pour partir ainsi à l’aventure ? En débarquant à Jérusalem, les Mages ont dû faire « jaser » les gens raisonnables ! Les chercheurs de Dieu seraient-ils des marginaux, pour ne pas dire des anormaux, aujourd’hui comme hier ? Combien semblent ne porter à Dieu que de l’indifférence ! Dieu n’est-il pas le grand oublié de notre société sécularisée ? Dieu n’est-il pas le relégué de nos emplois du temps, le laissé-pour-compte de nos vies trop chargées ? Dieu serait-il celui dont on s’occupe quand on n’a rien d’autre à faire ? Celui qu’on a toujours de bonnes raisons d’oublier en raison :

–      de son silence quand il ne répond pas illico à nos prières,

–      des nécessités quotidiennes qui nous accaparent,

–      de la non rentabilité d’une vie spirituelle,

–      du mauvais exemple des croyants,

–      de la souffrance présente dans le monde. Autant de bonnes raisons que nous nous donnons pour  négliger Dieu.

Et pourtant, un jour ou l’autre, se pose pour tout homme la question : Dieu existe-t-il ? Où est-il ? Heureusement il existe toujours des chercheurs de Dieu. Il y a toujours des Mages, des ravis, assoiffés d’infini, insatisfaits devant les caddies bien remplis mais les cœurs vides, cherchant un sens à leur vie. L’homme est un être de désirs jamais comblés, car il est amoureux de l’infini.

La passion des savants à chercher la vérité, l’attrait des poètes et des artistes pour le beau, la soif de justice de ceux qui ont la «tripe sociale », le tourment de l’infini des mystiques sont des signes de cette dimension sacrée et religieuse qui habite tout être humain. Tout homme est, comme les mages, un nomade de Dieu qui s’ignore.

Quand les Mages arrivent à l’entrée de Jérusalem, l’étoile disparaît, ils posent alors à Hérode puis aux prêtres une question capitale : Où est-il ce roi qui vient de naître dont nous avons perdu la trace ?

« Où es-tu, Seigneur ? » Les Mages t’ont trouvé sous les traits d’un enfant. Peut-être devons-nous te chercher tout simplement sous les traits des plus faibles, des pauvres, de ceux qui ont besoin d’amour.

« Où es-tu, Seigneur ? » Tu es aussi à nos côtés sous les traits des bons Samaritains qui se penchent vers nous quand nous connaissons la peine ou la détresse.

« Où es-tu, Seigneur ? » Élie t’avait trouvé non pas dans la tempête mais dans la brise. Dieu se cherche et se trouve dans le silence. Dans la prière qui est d’abord écoute.

« Où es-tu, Seigneur ? » Peut-être va-t-on le chercher trop loin. Et voilà pourquoi nous passons sans le voir. Il est présent en nous au cœur même de nos péchés, par ce remords qui nous taraude.

« Où es-tu, Seigneur ? » Les Mages t’ont trouvé à Bethléem qui signifie la « maison du pain ». Et là, ils t’ont trouvé réellement. Nous pouvons avoir la certitude de te trouver réellement, nous aussi, dans le pain eucharistique. Tout homme est invité à être un chercheur de Dieu. Alors pourquoi tant d’hommes restent-ils sur le chemin?

Alors si, humblement, nous étions ces assoiffés de Dieu au milieu de nos frères, peut-être  serons nous pour eux le signe, l’étoile qui leur donnera l’envie d’en faire autant. L’année 2020 qui débute sera alors une belle année, pleine d’espérance, d’amour et de paix. Meilleurs vœux de bonne santé, de sérénité et de bonheur à chacune et à chacun.

 

Amen.

 

5 janvier 2020 |

MARIE, MÈRE DE LA PAIX

Prédication 1° de l’An 2020

Nous célébrons aujourd’hui celle qui a mis Dieu parmi nous au monde.  Celle qui a cru ce qui lui fut dit de la part du Seigneur. Celle qui a enfanté la Parole de Dieu, le Verbe qui nous relie à tout, à tous, à tous les temps, et à tous les lieux. Elle donne la Parole juste à notre monde, qui est soit trop mutique soit trop bavard.

Son oui, à elle, transforme tout, redresse tout. Comme disaient les anciens pères, le AVE de l’ange redonne sainteté à EVA. Son fils va  relier le ciel à la terre, et les terriens entre eux, et avec leur terre-mère, et avec le Ciel immense. Le cycle du temps se retourne, il ne prend plus son visage dans l’hier passé, mais dans l’avenir : en fait, dans l’aujourd’hui qui vient jour après jour.

En Marie, le Verbe de Dieu dit oui à la vie. Elle reçoit en son corps le Souffle créateur, l’Esprit-Saint du premier jour, du moment inaugural.

Tout au long de l’Évangile, par lesquels l’Évangile commence et par lesquels il finit, il y a 2 mots qui courent :

Le premier mot c’est Emmanuel Dieu, parmi nous. Il est dit par l’Archange Gabriel à la jeune femme Marie comme une promesse et comme une réalité. Comme l’annonce d’un Dieu toujours avec elle et toujours aussi avec nous.

Pas comme on dirait un espoir ou une espérance à venir, mais toujours au présent. Et autant avec nous qu’avec elle : comme si tout ce qui la concerne nous touchait aussi ; comme si tout ce qu’elle a était ipso facto vécu en partage. Le Seigneur Dieu est toujours là, avec tous, avec chacune, avec chacun. Il sera là tous les jours de nos vies, jusqu’à leur terme. C’est lui qui l’a dit. Il est présent, comme on tient quelque chose dans la main. Il serre tout en sa main, en sa poignée de main.  Il nous passe le flambeau.

L’autre mot  est ne crains pas, ne craignez pas : je vous donne la paix. Recevez la paix.

À l’aube du premier jour, l’Ange dit à Marie n’aie pas peur ; Jésus reprochera  aux disciples sur un lac tempétueux pourquoi avez-vous peur ; et lorsqu’il se présentera, ressuscité, aux femmes venues au tombeau pour le pleurer, il ira à leur rencontre, sur leur route : « Chalom, soyez complètement et parfaitement, absulument, en paix ; chairete, réjouissez-vous, allez porter bonne nouvelle à mes frères ».

Marie met au monde ces paroles de vie comme un chemin, comme une énergie. Dès l’annonce et son oui,  déjà, elle a en celui qui vient. Son actualité est l’avenir. Porte du Ciel, elle est l’ouverture à demain. À l’autre d’aujourd’hui.

Elle sait …

Oui, nous célébrons sa présence et sa confiance toute particulière lors du dernier jour,  auprès de celui qui meurt en croix. Elle l’a fait naître, elle l’accompagne pour cette mort qui est son autre naissance.

Mais elle n’y sera pas seule. Un disciple bien-aimé sera là, qui devient son fils. Elle devient sa mère. Elle devient la mère de tout ce groupe d’amis du Fils que l’Esprit va envoyer dans le monde. Elle y vit encore une naissance : la naissance d’une Église qui part loin, sans peur.  L’Esprit lui donne de quitter ses amarres pour porter au jour la parole semée en tout homme.

Ce seront nos souhaits pour tous les disciples de Jésus : que nous recevions cette mission. Que chacun puisse naître à ce Christ qui lui est présent et qu’il ne connaissait pas.

Alléluia

père dominique nicolas

1 janvier 2020 |