par Claude Compagnone, diacre
2 Ch 36, 14-16.19-23 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21
Je voudrais avec vous reprendre quelques versets des textes de Saint Paul et de St Jean que nous venons de lire et qui disent, comme en écho, tout l’amour de Dieu pour nous.
Dans l’évangile de Saint Jean, tout d’abord, nous trouvons ce verset que nous connaissons bien mais dont nous ne tirons pas forcément toute la saveur : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Ce verset, lorsque je fais l’effort de traverser l’épaisseur d’une lecture rapide, m’indique, dans une formulation condensée, que le monde, cette création de Dieu, est profondément aimable. Il est aimable puisque Dieu lui-même l’aime, et il l’aime au plus haut point.
On pourrait avoir tendance à ne voir en ce monde que dysfonctionnements, erreurs et douleurs, mais ça serait doublement nous tromper : nous tromper tout d’abord sur la nature du monde puisque nous le verrions avec de mauvaises lunettes en étant incapables de voir en lui la beauté, la joie et la bonté qu’il recèle ; et ça serait ensuite nous tromper sur la nature même de Dieu dont le jugement serait faussé et qui porterait toute son attention sur quelque chose qui ne le mérite pas. Dit autrement, lorsque nous refusons de voir le monde dans sa beauté pour n’y voir que noirceur, nous sommes dans l’erreur en jugeant que l’amour dont Dieu est capable l’a rendu un peu aveugle sur la vraie nature du monde.
Comme Dieu, il nous faut aimer le monde, aimer la création toute entière et dans ses moindres détails, comme nous le rappelle le pape François dans l’encyclique Laudato Si. Nous ne pouvons donc pas être dans le « à quoi bon agir, le monde n’en vaut pas la peine, il est trop méchant ». Car, et c’est un autre élément que nous dit ce verset, il nous faut agir pour contribuer à la réalisation pleine et entière du monde. Il nous faut suivre Dieu qui agit envers le monde en se dépouillant lui-même. Il n’est pas un spectateur désintéressé qui regarde les êtres humains s’agiter sur un terrain de jeu. Il est un acteur qui donne de lui-même, qui est impliqué, pour le bien de l’homme, dans la partie qui se joue. Je ne sais pas si nous le percevons bien, mais Dieu met dans l’arène du monde ce qu’il a de plus cher. Il donne son Fils et son Fils unique. Il n’a pas en réserve une série de Fils : il n’en a qu’un seul et il l’offre au monde pour transformer le monde.
Transformer le monde… Mais qu’y a-t-il de central dans cette transformation du monde ? Ce qu’il y a de central, c’est le changement d’état de l’homme, c’est de mener l’homme à sa pleine réalisation. Lorsque le verset nous dit « afin que quiconque croit en lui ne se perde pas », c’est cela dont il s’agit : pour l’homme ne pas se perdre, c’est arriver à sa pleine réalisation. Dieu ne veut pas que l’homme se perde en chemin et la pleine réalisation de l’homme est d’être sauvé.
C’est la destinée de l’homme, mais une destinée que l’homme peut aussi refuser, négliger ou oublier en chemin en étant accaparé par des choses secondaires. La nécessité que l’homme soit sauvé n’est pas qu’une nécessité pour l’homme de demain, pour l’homme de la vie d’après la mort, mais c’est aussi une nécessité aussi pour l’homme d’aujourd’hui, une nécessité pour le monde d’aujourd’hui. Vous vous rendez compte ce que le fait de savoir que Dieu nous aime, veut notre bien et nous sauve aujourd’hui, apaise de tensions et de prétentions ? Le fait de savoir cela et de le vivre nous libère de luttes stériles pour nous consacrer à ce qui est le souci essentiel : la pleine réalisation du monde et de l’homme dans le monde.
C’est cela que nous dit Saint Paul, avec ses mots, dans la lettre aux éphésiens : « c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. »
Saint Paul nous dit l’impulsion de Dieu vers nous pour nous sauver, il nous dit l’impulsion de son amour vers nous. Cette impulsion se manifeste de deux manières : par son action de bonté et de miséricorde envers nous : il n’est pas un simple spectateur dans notre vie ordinaire comme nous l’avons vu. Mais cette impulsion se matérialise aussi par son action dans l’être créé que nous sommes : nous sommes équipés, d’une certaine manière, pour le connaître, pour entrer en relation avec lui à travers cette capacité présente en nous tous d’avoir la foi. Comme le dit Saint Paul : « c’est Dieu qui nous a fait » et qui nous a donc doté de cette capacité de foi. Comme nous sommes capables d’aimer et de nous épanouir pleinement dans une relation de couple, nous sommes capables de nous épanouir pleinement dans notre relation à Dieu en nous appuyant sur les capacités dont il nous a dotés.
Et la finalité de tout cela est que nous puissions contribuer « à la réalisation d’œuvres bonnes » comme le dit Saint Paul. Elément du monde créé nous pouvons parfaitement contribuer à la pleine réalisation de ce monde que Dieu aime tellement.
En ce temps de carême, laissons-nous donc toucher par le don de Dieu et sachons ouvrir les yeux sur ce monde qu’il nous donne.