Homélie du 20 mai 2018 ( Pentecôte )

par Claude Compagnone, Diacre

Actes des Apôtres (2, 1-11), Galates (5, 16-25), Jean (15, 26-27 ; 16, 12-15)

J’ai découvert dans ma vie de foi l’importance et le feu de l’Esprit Saint lorsqu’adolescent je fus invité à un groupe de prière par des amis pentecôtistes. Nous faisions du scoutisme et dans notre groupe d’éclaireurs unionistes, où nous nous retrouvions entre membres des Eglises catholiques, réformés et pentecôtistes, nous méditions ensemble la parole et pouvions observer le fruit qu’elle produisait chez quelques ainés qui s’occupaient de nous. Cette parole se concrétisait en actes dans les engagements de vie et les comportements des uns et des autres.

Nous étions alors témoins de cette parole agissante dans des personnes de l’Eglise protestante, à portée de main, comme nous, qui ordonnaient leur vie pour suivre le Christ. Nous ne voyions dans ces personnes aucune ambition, aucune prétention, si ce n’est celle de vivre leur vie ordinaire pleinement en fidélité au Christ. Leur exemple était beau ; leur exemple était grand. Je découvris alors la prière collective de cœur à cœur avec le Christ faite des mots de tous les jours et pleine de vérité. Une prière accessible parfois à chacun et pour chacun car dite à voix haute pour le bien de tous.

Mais un soir, dans le groupe de prière où je fus donc invité, quelque chose de plus se passa. C’est la présence agissante de l’Esprit Saint qui me submergea. Je compris et vécu une chose essentielle : l’Esprit Saint était là, présent, maintenant, pour moi et pour tous. Il ne s’agissait pas d’un air vicié de souterrain, mais d’une brise légère, chaude et lumineuse d’un matin d’été montagnard.

La foi n’était donc pas qu’une question du passé, l’histoire d’un événement unique de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ, arrivé il y a 2000 ans. La foi ne s’appuyait donc pas simplement sur le souvenir de ce don du Christ, mais elle était aussi cette force de paix et de vie qui m’atteignait dans ma vie d’homme d’aujourd’hui, dans toute ma sensibilité aux gens et aux choses. Comme un passant étourdi, je venais, sur la route de la foi de me faire percuter par l’Esprit Saint, parce que rendu sensible à son souffle et à sa présence. Accident de la circulation bienheureux qui ne me coucha pas mais me dressa.

La fête que nous fêtons aujourd’hui est donc une fête essentielle dans notre vie de chrétien : c’est celle de l’effusion de l’Esprit sur les disciples. C’est la fête de cette force agissante donnée gratuitement aux disciples une fois que le Christ les a quittés pour monter auprès du Père. Cet Esprit Saint est Défenseur, Consolateur et Esprit de Vérité.

Les apôtres sont réunis à Jérusalem pour fêter, comme tous les autres juifs, 50 jours après Pâque, la fête du souvenir de la transmission des Tables de la Loi à Moïse. Ils vont vivre, après l’ascension du Christ, un événement majeur pour eux et pour l’Eglise. Avec fracas, lumière et bourrasque, ils se trouvent transformés par une force qu’ils ne possédaient pas et qui ne vient pas d’eux. Cette force est si grande qu’elle dépasse leur limite humaine tout en restant dans le cadre de leur humanité : ils se mettent alors à parler dans des langues qu’ils ne connaissaient pas, eux, mais que d’autres juifs, présents alors à Jérusalem, connaissent et comprennent. Evénement surprenant qui crée confusion, stupéfaction et émerveillement.

L’Esprit Saint ne transforme donc pas la création du Père, mais il permet à cette création de s’accomplir pleinement. Suite à cette venue de l’Esprit, les disciples sont ainsi bien les mêmes que ceux que le Christ a connus, mais ils ont alors des capacités en plus. Le don des langues qui est fait aux disciples du Christ réunis à Jérusalem va leur permettre de nouer des liens avec les juifs religieux de toutes les nations qu’ils croisent. Ils peuvent leur parler et ceux-ci peuvent leur répondre. Ce don de l’Esprit leur permet donc de se rapprocher de ceux qui étaient distants. Il leur permet d’être un pont jeté entre les hommes. L’Esprit Saint permet aux hommes de s’accomplir dans toute leur diversité. Si la diversité du monde que Dieu a voulu l’amène à détruire la tour de Babel où les hommes recherchaient l’uniformité, avec la Pentecôte, c’est le lien dans la diversité qui est scellé.

Et bien plus que cela, ce don de l’Esprit va permettre aux disciples de construire la première Eglise chrétienne. Ils deviennent alors des transformateurs du monde. Le Christ, le Fils du Père n’est plus là, mais le Père leur donne son Esprit en abondance. Après le départ du Christ et la venue de l’Esprit Saint, les disciples sont en pleine capacité de s’accomplir comme témoins du Christ. Ils deviennent amis du Christ. C’est dans la force de l’Esprit Saint, et donc dans la relation à Dieu, que les disciples vont vivre leur relation aux autres. Cette relation aux autres est alors, comme nous le dit Paul, amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

Sœurs et frères cette effusion de l’Esprit, nous concerne tous. Ce n’est pas une histoire du passé, ce n’est pas une histoire abstraite. C’est une réalité bien concrète dont nous pouvons juger les fruits. Présent dans les sacrements, l’Esprit de Dieu souffle là où il veut et porte ses fruits dans le monde. Il suffit pour nous de le demander et de nous mettre en disposition de l’accueillir, obstinés dans notre fidélité. Comme les apôtres, pour le bien de tous, il nous faut prendre le risque d’être, à tout moment, percutés et retournés par l’action de l’Esprit Saint en nous. C’est ainsi que nous sommes pleinement disciples et amis du Christ.

Amen

26 mai 2018 |

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