* homélie du dimanche 12 mai 2024

par francis ROY, diacre

Quelques jours après l’Ascension et une semaine avant la Pentecôte nous vivons un temps d’attente dans la prière pour recevoir le don de l’Esprit Saint, promis par Jésus. Si nous avons pu appeler le temps qui s’écoule entre Pâques et l’’Ascension une « école d’’évangélisation », nous pourrions appeler le temps entre l’Ascension et la Pentecôte une « école de prière », étant bien entendu que ce ne sont nullement deux écoles différentes.

Car aujourd’hui –- et c’est très rare, tout compte fait – – les paroles de Jésus dans l’évangile ne sont pas des paroles que Jésus dit aux hommes. Ce sont des paroles qu’il adresse au Père. Ce ne sont pas des paroles où Jésus parle de son Père aux hommes, mais des paroles où Jésus parle des hommes à son Père. Et saint Jean, en nous transmettant ces paroles, nous permet d’entrer dans le mystère même de la prière de Jésus, qui n’est rien d’autre que le mystère trinitaire.

Jean nous rapporte la grande prière de Jésus : « Consacre-les dans la vérité ». Jésus, le soir du dernier repas, demande à son Père de sanctifier ses disciples : s’ils veulent suivre le chemin du Christ, les disciples – vous et moi – vont être des Saints… et oui : nous sommes tous en chemin vers la Sainteté ! Mais à quoi cela nous engage-t-il ? Dans toute l’Ecriture, le mot « saint » veut dire tout simplement « différent de… ». Et bien Jésus demande à son Père de faire de nous, personnellement des gens différents, et collectivement un peuple différent. Nous sommes les « saints » qui habitent et vivent ici, dans notre quartier, au milieu de nos frères… dans le monde ! A une condition, c’est que nous acceptions de nous sanctifier, et donc de marquer notre différence dans tous nos comportements. Mais, entendons-nous bien sur le sens du terme : être saint ne veut pas dire prier, aller à la messe et multiplier les dévotions ; être différent ne veut pas dire non plus être un original. Etre saint, c’est vivre quotidiennement les valeurs de l’Évangile, dans la mesure où elles sont en opposition avec les valeurs qui émergent dans notre société, dans notre monde d’aujourd’hui : pouvoir de l’argent, violence et esprit de domination, désir de paraître, quête du pouvoir, volonté de puissance, vengeance et oppression des faibles…. C’est donc ne jamais se « couler dans le moule », ni dans nos manières d’être, ni dans nos manières de penser, mais au contraire, être vrais, en paroles et dans tous nos comportements ; être « dans le monde » pour témoigner du projet de Dieu, sans être « du monde » tel qu’il se présente à nous.

Oui mais alors, y-a-t-il une façon chrétienne d’être du monde ? Dans sa première lettre, le même saint Jean nous fournit les clés de compréhension : Première clé : « Dieu est Amour ». Nous connaissons si bien par cœur cette phrase que peut-être nous ne réalisons plus à quel point elle est fondamentale. Pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes. On peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu. Cela veut dire que tout amour véritable vient de Dieu, aucun amour humain ne vient de l’homme seulement. Tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « l’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour » (1 Jn 4,8).

Cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain, ce que nous expérimentons tous les jours en mesurant notre difficulté à aimer vraiment. Mais ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : si l’amour est la

caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel. Donc cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu.

Deuxième clé : « le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Suivez-moi, le raisonnement de Jean est le suivant :

1. Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ;

2. ceux qui croient en lui, reçoivent l’Esprit de Dieu et entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit ;

3. remplis de l’Esprit d’amour, ils deviennent à leur tour des sources d’amour, comme leur Père.

C’est pourquoi, à la suite de Jean, nous pouvons proclamer que Jésus est le sauveur du monde. C’est-à-dire qu’il est celui qui va permettre au monde d’accomplir sa vocation. Il est clair pour nous que le monde est perdu parce qu’il ne vit pas dans l’amour, ou -si vous préférez -qu’il ne vit pas d’amour. Jésus est venu habiter parmi nous pour nous transformer, pour nous faire découvrir que Dieu est Amour, et nous permettre de vivre de cet amour. Ainsi nous pouvons dire que les hommes sont sauvés, car enfin, ils deviennent ce pour quoi ils sont créés, « image et ressemblance de Dieu » et donc, si Dieu est Amour, nous sommes faits pour aimer : « Mes bien-aimés, puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres ». Cela ne serait-il pas au dessus de nos forces ?

Depuis le jour de notre baptême, nous avons reçu cette force de l’Esprit Saint, Esprit de force et de vérité que nous allons fêter dans la joie dimanche prochain. C’est lui, l’Esprit Saint qui nous permet de croire et de prier, de dire avec confiance cette

prière du Notre Père, de croire que c’est bien Jésus qui est véritablement présent sur l’autel, de rendre témoignage à Celui qui est Amour. C’est Lui qui me permet de reconnaître qu’avant de pouvoir aimer, j’ai été moi-même, librement et gratuitement aimé. C’est Lui qui nous guide, avec la Parole, pour comprendre ce que Dieu vient insuffler en chacun de nous. Prions-Le, afin que nous puissions à notre tour, humblement, avec ce que nous sommes, oser dire, non seulement que Dieu aime ce monde, que nous aimons ce monde, mais aussi que nous sommes faits pour cette solidarité, pour cet amour les uns, les autres.

Certes en progressant ainsi sur notre chemin de sainteté nous risquons, effectivement, de détonner, parce que nous ne serons plus en phase avec les idées reçues qui sont celles de Monsieur ou Madame-tout-le-monde. Pourtant Jésus nous promet la joie. Pas n’importe quelle joie : sa joie. Et il dit cela à quelques heures de son arrestation, de son procès, de la torture et de la crucifixion. Il ose dire : « maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » C’est que cette joie est plus profonde, plus intérieure qu’une simple gaité, qu’un simple sentiment de bonheur. Sa joie !

Puissions-nous vivre et partager cette joie tout au long de cette semaine.

« Jésus, que ma joie demeure. »

22 mai 2024 |

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