* homélie du 22 décembre 2024

par claude Compagnone, diacre

Chers sœurs et frères,

Nous sommes arrivés aujourd’hui au 4ième et dernier dimanche de l’Avent. Le cheminement que nous proposent les textes de la liturgie de la parole sur quatre dimanches consécutifs doit nous permettre d’arrivée à Noël les sens et l’esprit éveillés à cet indicible moment de la venue du Christ dans notre monde. L’arrivée de notre cheminement communautaire de chrétiens de ce mois de décembre est le moment de Noël (arrivée, c’est ce que signifie le mot latin adventus dont est tiré le mot avent).

Et pour arriver, et bien, il a bien valu nous mettre en marche, au risque ne pas vivre ce temps suffisamment amplement, de le vivre peut-être comme un moment de fête et de rencontre (ce qui est déjà pas si mal, et parfois pouvons-nous réellement faire plus ?), mais pas forcément comme un moment où nous reprenons conscience de ce que signifie l’incarnation de Dieu dans le monde par son Fils Jésus. L’extraordinaire ne devient-il pas banalité lorsqu’année après année, au seuil de l’hiver, au plus profond de la nuit, nous fêtons Noël ? N’oublions-nous pas de nous émerveiller et de célébrer non seulement la venue AU monde du Christ – il vient AU monde comme tout enfant qui nait -, mais aussi sa venue DANS le monde – il vient DANS le monde car il existe avant de s’incarner ?

Comme je l’ai dit au moment de l’entrée dans le temps de l’avant, ce moment de Noël nous dit la plus grande des porosités que Dieu instaure, pour notre bien, entre le ciel et la terre. L’un et l’autre, le ciel et la terre, ne sont pas hermétiques. Les textes de ce jour nous présentent, à leur manière, ce moment charnière, où cette porosité du ciel et de la terre s’est opérer de manière jusqu’alors inconnue.

Porosité entre le ciel et la terre qui s’opère de manière inconnue, car il ne s’agit plus ici – ou en tous cas pas seulement – pour Dieu – comme on le voit dans les textes de l’ancien testament – de créer le Monde ; de parler à un prophète ; d’envoyer un ange ; de répondre à une prière ; d’agir sur le cours matériel des choses ; de permettre à une femme stérile d’engendrer un fils. Non, dans le récit de la nativité de Jésus, il s’agit à la fois de tout cela et d’autre chose. C’est pour cela que Noël est un moment charnière, un basculement vers autre chose, une ouverture vers un autre espace de vie pour les hommes.

Et le texte du premier chapitre de l’évangile de Luc rend bien compte de ce moment singulier, de ce moment charnière où deux mondes s’articulent et jouent l’un par rapport à l’autre. Que s’est-il passé pour chacune de ces femmes, Marie et Elisabeth, avant leur rencontre ?

L’une Elisabeth, âgée et stérile, tombe enceinte. L’ange Gabriel l’a annoncé à son mari Zacharie alors qu’il servait dans le saint des saints, au temple de Jérusalem. Zacharie, doutant de l’effectivité de l’annonce de l’Ange, se voit privé de l’usage de la parole mais Elisabeth devient bien enceinte. Comme le raconte d’autres récits de l’ancien testament, d’autres femmes qu’elle, âgés et stériles, sont tombés enceintes. Elisabeth garde cet événement secret mais se réjouit en son cœur qu’elle ait pu trouver grâce aux yeux de Dieu.

Quant à Marie, elle est jeune et vierge quand elle devient une femme enceinte, et elle n’a connu aucun homme. On ne trouve aucune situation similaire dans l’ancien testament. Marie inaugure donc une situation nouvelle. Et contrairement à ce qui s’est passé pour Elisabeth, l’ange Gabriel lui parle, à elle, directement, il ne passe pas par un intermédiaire. Et il lui parle dans un lieu qui n’est plus le temple. Il lui dit qu’elle portera un enfant, qui sera appelé Fils de Dieu. Il fait d’elle un temple. Elle ne doute pas et accepte l’annonce de l’ange Gabriel pour elle.

Nous avons ainsi à travers la rencontre de Marie et d’Elisabeth sa cousine, la rencontre de deux intimités, de deux secrets de femme. Elles sont enceintes, mais elles ne l’ont dit à personne. A vrai dire, qui comprendrait ce qui leur arrive ? Qui comprendrait ce qu’elles vivent ? Qui comprendrait cette joie profonde, à la fois d’avoir trouvé grâce devant Dieu et, à la fois de porter en elles la vie, normalement impossible ? Elles sont chargées, l’une et l’autre, d’une vie qui les dépasse, d’une vie qui ne devrait pas être là car l’une et l’autre, au vu de leur condition, ne devraient pas avoir d’enfant.  

La rencontre de Marie et d’Elisabeth prend alors la forme d’un moment d’explosion de joie. Ce moment d’explosion inaugure celui qui sera vécu à la naissance du Christ. Ce sont deux intimités de femmes qui se percutent, entrent en résonance l’une avec l’autre et donnent lieu à cette explosion de joie. Le texte nous dit qu’Elisabeth crie lorsqu’elle sent tressaillir en elle l’enfant qu’elle porte à la salutation de Marie. Remplie par l’Esprit Saint elle crie, comme si elle vivait une délivrance. Et elle adresse sa bénédiction à Marie : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ».  En écho à ces mots, Marie lui répondra par le Magnificat, en disant « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ».  L’une et l’autre explosent en louange comme si le barrage du secret c’était rompu, comme si le flot de la joie pouvait alors s’écoulait dans toute sa force.

Elisabeth lorsqu’elle rencontre Marie, bien qu’aucune parole n’ait été échangé sur ce sujet, sait que Marie est enceinte, et elle sait que cette grossesse de Marie ne peut être qu’aussi extraordinaire que la sienne. Les femmes qui ont vécu des maternités pourraient, si on les laissé parler, nous décrire cette extrême sensibilité qui les habite alors et qui leur permet de sentir des choses qui ne sont pourtant pas dîtes. Elisabeth par sa sensibilité aiguë est alors la première personne à reconnaitre à la fois la venue du Christ dans notre monde par Marie, et le rôle de Marie dans cette venue. Et L’Eglise fera sienne sa proclamation de foi et vie.

Chers sœurs et frères en ces quelques jours qui nous séparent de Noël sachons entrer dans la pensée et dans la joie explosive de ces femmes qui savent l’amour de Dieu pour elles et se font porteuses de vie.

Amen

28 décembre 2024 |

* bulle d’indiction du jubilé ordinaire de l’année 2025 : pape François

Le 9 mai 2024, jour de la fête de l’Ascension, le Pape François a publié Spes non confundit, « l’espérance ne déçoit pas », la bulle d’indiction de l’année jubilaire de 2025 qui va s’ouvrir à NOEL 2024. Vous trouverez  ci-après les différents liens pour accéder à ce document.

https://www.vatican.va/content/francesco/fr/bulls/documents/20240509_spes-non-confundit_bolla-giubileo2025.html

ou sur le site de l’Eglise catholique de France : https://eglise.catholique.fr/jubile-2025-pelerins-desperance/

24 décembre 2024 |

* homélie du 17 novembre 2024

par Francis ROY, diacre

Ne nous trompons pas. Prendre cet évangile pour une description du « comment se passera la fin du monde », c’est opérer le même contresens que celui qui consiste à chercher, dans le récit de la création, le déroulement précis de l’évolution de l’univers. Ce texte ne nous décrit pas la fin des temps. La Bible, ni au début ni à la fin, ne se soucie du comment ; elle s’intéresse au pourquoi, au sens que peut avoir pour nous les phénomènes et les évènements de notre vie.

Pourtant, que d’images troublantes ou déconcertantes dans ces textes : une grande détresse, le soleil qui s’obscurcit (donc la fin de la vie), la lune qui perd sa clarté, les étoiles qui tombent du ciel, les puissances célestes ébranlées. Et pourquoi ne pas ajouter comme signes actuels, une élévation quasi certaine de 3 degrés de la température de la terre, avec son cortège de désolations naturelles et humaines ? Ou encore, dans un autre ordre, la pulsion diabolique de mort qui se manifeste encore et toujours ?

Si véritablement Dieu nous parle dans ces textes – car telle est notre foi –, quelle est la nature de son message exprimé dans le langage du temps de leurs auteurs ?

Ce passage d’évangile, comme la première lecture, appartiennent à un genre littéraire particulier, le genre « apocalyptique », qui signifie « révélation » : tout est dévoilé et mis au jour. Mais si tout est dévoilé et que l’espérance demeure, alors nous pouvons discerner dans ces messages autre chose que de l’épouvantable. Il faut savoir que les textes juifs anciens annoncent, à grand renfort d’images souvent terrifiantes, le jour où Dieu triomphera du mal et des persécutions. Les premiers chrétiens furent persécutés, et pourtant jésus venait tout juste de ressusciter. Les évangélistes, dont Marc, empruntent aussi ce langage apocalyptique pour annoncer que la fidélité de Dieu et l’espérance du croyant sont plus fortes que les catastrophes. Mais comprenons bien les images qui sont employées. Du temps de Jésus, les peuples voisins adoraient les étoiles et les astres comme des divinités redoutables. Alors, annoncer que le soleil, la lune et les astres s’effondrent, en langage apocalyptique, signifie que l’avènement du Christ signe la mort de toutes ces divinités artificielles que l’homme a construites. Ainsi, l’image d’une catastrophe cosmique, dans la Bible, doit être interprétée comme la victoire du Dieu créateur, origine et principe de la vie, du Dieu d’amour qui a partagé en Christ la condition humaine.

Jésus contredit d’ailleurs toutes les prophéties alarmistes avec cette dernière phrase de l’Évangile : « Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père ». Si le Fils ne connaît pas l’heure, pourquoi la connaîtrions-nous ! Cela coupe court aux supputations hasardeuses et aux curiosités malsaines sur la date de la fin du monde dont raffolent les sectes. Le retour du Seigneur est une perpétuelle actualité. Chaque instant de notre vie est « la date et l’heure » !

Nous sommes donc invités à devenir des observateurs du temps présent où les questions, les peurs, les obscurités naissent. Le Christ nous dit : n’ayez pas peur, je suis là dans ces évènements. Scrutons les temps présents pour déceler au quotidien la venue du Christ à travers des réalités aussi simples qu’un sourire, un signe d’amitié ou un geste de solidarité.

Notre monde ne va pas vers une chute dans le néant, mais vers le plein accomplissement du règne de Dieu, une libération totale dans un monde de relations de justice, d’estime, de reconnaissance de l’autre. Depuis le matin de Pâques, le monde nouveau est né. Ce nouveau monde grandit tout comme le figuier dont les branches, au printemps, deviennent tendres et dont les feuilles commencent à pointer. Le printemps du monde nouveau, commence par des petits actes concrets.

Des désastres bouleversants, il y a en dans de toute sorte, il y en a tout proche de nous, et en nous, en nos vies. Des échecs dans nos relations, des rêves brisés, des accidents de santé… Nous préparer à la venue de Dieu, c’est vivre notre présent non pas dans la peur ou dans la vaine recherche de nouvelles révélations, mais dans une vigilance active.

Etre vigilant c’est repérer ces signes de vie aujourd’hui et nous y associer ! Tous ces gens qui se mettent au service des pauvres sont les « accoucheurs » d’un monde nouveau où la dignité de chacun sera reconnue et respectée. Tous ceux et celles qui travaillent pour la paix, pour la justice, tous ceux et celles qui aiment dans les déserts d’amour et ne recherchent pas que leur bonheur personnel, sont les femmes et les hommes de l’avenir. Ces gestes de don de soi ne font pas de bruit ; on n’en parle pas beaucoup (car ils n’intéressent pas les médias), mais ils sont les « bourgeons » qui annoncent l’été.

Tous les textes de  la messe de ce dimanche sont importants : d’un côté, nous sommes invités à reconnaître le Christ dans notre existence de tous les jours et, d’un autre côté, cette reconnaissance  nous prépare à notre rencontre définitive avec le Seigneur à la fin de notre vie.

Nous sommes donc appelés à développer chaque jour, nos réflexes de foi pour reconnaître le Christ partout où il se trouve. : rencontrons-le par la prière quotidienne, voyons-le dans les personnes que nous rencontrons  sur  la rue, aux repas, etc. Découvrons-le dans la beauté de  la nature… Rendons-lui grâce pour tout et à propos de tout, particulièrement lorsque nous venons à la messe.  Quelle belle manière que voilà, de nous  préparer à la venue définitive du Seigneur dans notre  vie !

Nous sommes également appelés à maintenir et à développer notre espérance en la venue du Seigneur à la fin de notre vie. Le temps qui passe est précieux. Ne gâchons pas nos jours en ne nous donnant qu’aux réalités périssables. Ce qui est définitif, c’est le verre d’eau donné, le morceau de pain partagé, le réconfort apporté au malade, le temps consacré à l’enfant qui pleure, l’aumône faite dans le secret, la présence aux autres, l’accueil de l’étranger, le pardon. En un mot, tout ce que nous accomplissons par amour nous achemine directement vers l’entrée dans la joie éternelle. Amen.

1 décembre 2024 |

* entrée en Avent 2024 – NOEL !

INVITATION DU MOUVEMENT LAUDATO SI  POUR LE TEMPS DE L’AVENT

« Rejoignez-nous pendant que nous attendons avec empressement la venue du Christ en criant avec la Création pour demander la lumière du monde à venir ! »[i]

PRIERE QUOTIDIENNE DU TEMPS DE L’AVENT 2024

Dieu, notre Créateur,

Tu nous as révélé ton amour, à nous et à la Création, une fois pour toutes grâce à la venue de notre Sauveur, Jésus Christ. Par la grâce de ton Esprit créateur, apprends-nous à célébrer notre foi dans l’Incarnation qui a eu lieu dans la Création.

Jésus, Sauveur de la Création, nous te demandons de naître en nous à nouveau alors que nous cherchons à cultiver l’espérance pour notre maison commune. En tant que tes disciples, apprends-nous à prendre soin de la dignité de tous les êtres vivants et de toute la Création, maintenant et à l’avenir.

Pendant cette période trop souvent marquée par la surconsommation et l’excès, permets-nous de rendre grâce et d’honorer tous tes dons dans le monde naturel.

Aide-nous à contempler le mystère de la Création alors que nous célébrons le mystère de l’Incarnation.

Nous prions pour les victimes actuelles du réchauffement climatique, à la fois humaines et non humaines. Nous prions pour qu’il y ait davantage d’ambition dans la transition énergétique, dans ce pays et mondialement. (…)

Et, enfin, nous prions pour avoir le courage d’être des prophètes de notre temps en appelant nos responsables à porter les fruits de la justice écologique.

Viens, Emmanuel ! Fais de nous des personnes encore plus pleines d’espérance pour une planète pleine d’espérance. Fais-nous prendre part à ta lumière d’espérance pour le monde. Amen.

[i] https://laudatosimovement.org/fr/news/guide-de-priere-mensuel-du-mls-decembre-2024/

Voir photos du Temps Fort de l’Avent et de NOEL  2024 dans la rubrique Album photos !

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