homélie des 23 et 24 novembre (fête du Christ-Roi)

par Francis ROY, diacre

 

En écoutant l’évangile, on pourrait croire qu’aujourd’hui, c’est le dimanche de la Passion. Et pourtant, c’est bien le dernier dimanche de l’année liturgique qu’on a coutume d’appeler « le dimanche du Christ-Roi ». Il est pour le moins étonnant qu’au jour où nous fêtons le Christ, Roi de l’Univers, la liturgie nous fasse entendre un tel évangile. Où est-il le roi sur la croix ? Où est-il le roi face aux injures de la foule ? Où est-il le roi flanqué de deux criminels soumis, comme lui, au supplice ? Oui, nous sommes bien loin de ce que nous attendons communément d’un roi, des représentations que nous nous en faisons.

Nous n’entendons pas la parole de l’évangile telle que Jésus lui a donné sens. Nous projetons nos idées, nos conceptions dans les paroles de Jésus. Et depuis plus de 2000 ans, la tentation reste bien vivante de vouloir assimiler le Royaume de Dieu, mais aussi l’Église, à une société, à un pouvoir de conception mondaine, voire à une monarchie absolue.

Essayons de nous libérer de cet enfermement dominateur pour mieux percevoir ce que veut nous dire Jésus et portant notre regard vers le second larron qui lui critique son complice et affirme l’innocence de Jésus. S’adressant à Jésus, il lui adresse une prière qui reconnaît sa royauté à venir, pourtant vraiment pas évidente. Sa prière « Souviens-toi de moi » reprend l’action de grâce de Marie et de Zacharie pour Dieu qui se souvient de son Alliance et de sa compassion envers les pères. Ce malfaiteur, aussi fils de l’Alliance, devine en Jésus celui par qui vient le Règne de Dieu. Le condamné qui n’a plus rien à offrir peut pourtant faire à Jésus ce don ultime : la reconnaissance de son identité et de la pertinence profonde de toute sa mission !

La réponse de Jésus s’enracine dans sa première parole en croix : fidèle à lui-même et à ce qu’il révèle de Dieu pendant toute sa vie, Jésus a demandé le pardon pour ses bourreaux. Pas parce qu’ils sont irresponsables, mais parce que la grâce de Dieu peut accueillir toutes nos dérives, pour peu que nous en devenions conscients. Ce Dieu qui nous appelle à aimer nos ennemis agit envers nous comme il souhaite nous voir agir.

Ce pardon offert à tous s’actualise alors pour le larron, qui voit sa prière comblée au-delà de sa demande : aujourd’hui le salut arrive pour toi, comme l’aujourd’hui annoncé aux bergers, aux gens de Nazareth et à Zachée. Aujourd’hui cet homme entre dans l’Alliance nouvelle, ouverte au-delà de la mort à quiconque s’associe au chemin de Jésus. Chemin de fragilité, d’humanité mortelle, mais chemin enraciné dans la confiance en Dieu.

L’originalité ici consiste à associer le pardon à la royauté de Jésus, qui incarne ainsi la manière dont Dieu est Roi. La figure royale de Jésus est pourtant contredite par son dénuement total, à l’opposé de la définition de puissance proposée par les moqueries. Mais sa véritable fonction royale trouve son accomplissement dans le pouvoir de gracier le condamné, c’est-à-dire le pouvoir de pardonner. Cette prérogative des rois et des chefs d’état, qui existe encore aujourd’hui, est le seul rôle royal que Jésus assume. Manquant de tout, il peut donner cela à celui qui vient de lui donner sa confiance. Il révèle ainsi, une fois encore, que l’amour, le donner-recevoir, est le dynamisme fondamental du Règne de Dieu.

Jésus manifeste par ses choix de vie le total consentement de Dieu à la liberté humaine, et sa solidarité avec nous, capable d’accueillir l’humanité comme elle est, dans un amour qui refuse de devenir dominateur. Cette manière étrange dont Dieu est Roi se révèle finalement être une force capable de susciter un retournement intérieur. Alors que la force du pouvoir ne suscite que l’admiration envieuse et la soumission craintive, ces conversions illustrent bien le dynamisme du salut que Dieu propose. L’amour et le refus du pouvoir se révèlent assez forts pour susciter une réponse d’accueil, de confiance et d’amour.

Amen.

24 novembre 2019 |

homélie du 10 novembre 2019

par Jean-Paul Berthelot, diacre,

Aujourd’hui, le thème central des textes est la résurrection. La première lecture tirée du livre des Martyrs d’Israël est bien cruelle. Ce livre n’a été retenu dans le canon catholique que pour cette mention de la résurrection des morts. Ces jeunes ont voulu témoigner de leur foi en la résurrection car Dieu n’abandonne jamais ceux qui lui sont fidèles. St Paul nous invite à trouver notre réconfort auprès du Christ : « Lui qui nous a aimés et nous a donné pour toujours réconfort et bonne espérance par sa grâce ». L’apôtre invite les chrétiens à prier pour échapper à la cruauté des gens qui leur veulent du mal. Les sadducéens, dans l’évangile, cherchent à compromettre Jésus dans une histoire rocambolesque.

Les saducéens sont avant tout des vendeurs, alliés des romains et responsables du Temple de Jérusalem. Ils sont surtout intéressés par l’argent et n’aiment pas que Jésus vienne perturber leur commerce.  La vie après la mort n’entre pas dans leurs croyances. Il faut dire que les opinions de l’époque étaient très partagées. Ceux qui croyaient en la résurrection la voyait plutôt comme un retour à la vie antérieure. D’où le sens de leur question : qui sera l’épouse de la femme qui a eu les sept maris ?

La résurrection appartient au registre de la création : c’est une vie nouvelle en Dieu. Le nombre sept est celui des sept jours de la création (sept martyrs et sept maris). La foi en la résurrection prend sa source dans la foi au créateur. Dieu est la vie et ne peut permettre à sa création de rejoindre la mort et le néant. Je n’ai de vie future qu’en la foi en la résurrection. Je suis un enfant de Dieu créé par Lui pour la vie éternelle.

Jésus nous montre que nous serons semblables aux anges, mais nous resterons nous-mêmes. Nous ressuscitons en étant les mêmes, et en même temps, en étant autre : une nouvelle créature en Dieu. C’est ce qui s’est passé pour Jésus ressuscité. Les disciples ne le reconnaissent pas, sauf au partage du pain ou aux blessures de   son corps. Il est bien le même tout en étant autre : il est transfiguré. Nous ne pouvons pas voir ce que nous serons après la résurrection, aussi aujourd’hui, certains de nos contemporains croient plutôt en la réincarnation espérant qu’ils auront une seconde chance de réussir leur vie.

La résurrection est enracinée dans l’Ancien Testament. Jésus reprend le texte du buisson ardent avec Moïse pour nous faire comprendre que Dieu est celui qui a guidé et aimé Abraham, mais aussi Isaac et Jacob. Ils sont auprès de Lui car il est le Dieu des vivants, et non des morts. Ils sont à ces côtés.

Pascal, ce grand croyant disait : « Les êtres humains, n’ayant pas trouvé le moyen de guérir la mort, ont décidé de chercher le bonheur en évitant d’y penser » Réfléchissons au contraire à ce moment important. Le fondement de la résurrection, c’est l’amour, le fait que Dieu nous aime. Cette foi est fondée sur la rencontre avec celui qui nous aime. Jésus a été le témoin suprême au milieu de nous. La mort n’est pas le néant, ni la fin de toute relation : elle est le passage, le pas d’amour qui épanouira tout ce qu’il y a déjà d’amour  dans notre vie.

Le meilleur signe de la résurrection est de vivre chaque jour, de l’Esprit de Dieu dans la communion de l’amour. Effectivement, nous devons lutter contre les maladies et les souffrances de toutes sortes. La science progresse beaucoup, mais au final, c’est toujours la mort qui a le dernier mot. Comme le dit St Paul aux Thessaloniciens : « ne soyons pas abattus comme ceux et celles qui n’ont pas d’espérance » Notre foi chrétienne affirme que la vie, l’amour, la beauté, la compassion, l’attention aux autres, la soif de justice qui se trouvent   en nous ne disparaitra pas avec la mort.

Jésus sait le contraste qui existe entre ce monde et celui à venir. Comme il nous promet la vie éternelle, il est inutile de perpétuer les générations. Trouvons notre joie dans tout ce que nous pouvons faire de bien. C’est parce que nous avons du prix aux yeux de Dieu, et qu’il est le maître de la vie, que nous croyons en un au-delà de la mort. Que sera notre vie dans cet au-delà ?  La graine ne permet pas d’imaginer l’arbre, alors faisons seulement confiance à ce Dieu d’amour car Lui seul peut nous donner la force d’avancer sur le chemin de la vie éternelle qui commence déjà sur notre terre.

Dieu des vivants, tu nous as créés pour une vie qui n’aura pas de fin car nous vivons dans l’espérance que s’accomplisse en nous le mystère de Pâques.               Amen

15 novembre 2019 |

homélie du jour de la Toussaint

par Francis Roy, diacre,

J’aime la fête de la Toussaint :

-parce qu’elle nous invite à nous mette en marche à la suite de tous les saints pour vivre encore davantage  l’Évangile.

-parce qu’elle nous permet aussi d’écouter ce beau texte des Béatitudes qui nous invite à la Joie.

Combien de fois les évangiles nous montrent Jésus portant un regard sur la foule, sur un homme ou une femme, sur une situation ? Combien de fois ce regard de Jésus transforme la vie de ceux qui le croise : le jeune homme riche, Zachée, la Samaritaine,…que peut-on voir dans ce regard ?

Sans aucun doute beaucoup d’Amour et une manière  unique de dire à celui ou à celle qui est là : Tu as beaucoup de prix aux yeux de mon Père. Mais je crois que ce regard révèle aussi ce que vient nous dire les béatitudes : « Heureux » « Réjouissez-vous » « soyez dans l’allégresse »

Cet « heureux » résonne comme une promesse de bonheur : Heureux comme la certitude que marcher à la suite du Christ nous remplit de Joie. Heureux parce qu’avec le Christ nous dit St jean dans la deuxième lecture nous sommes devenus enfants de Dieu.

Ce texte des Béatitudes change tout. Le regard du Christ transforme tout. Mais pour cela il faut se laisser regarder, il faut accepter de se mettre sous son regard, comme on s’expose au soleil par une belle journée en plein été, pour être bien et se laisser réchauffer par les rayons de cet astre bienfaisant.

Il me semble que c’est un peu ce qu’on su faire les saints. J’oserai dire que ces hommes et ces femmes sont des « bronzés » de Dieu. Ils se sont exposés sous le regard de Dieu, ils se sont laissé réchauffer par l’Amour du Seigneur. Ils ont accepté d’offrir toute leur vie au rayonnement de Dieu et par cette exposition leur existence a été transformée ; ils ont rayonné autour d’eux de la Lumière et de la chaleur de l’Évangile. Et l’avantage avec l’Amour de Dieu c’est qu’on peut s’exposer longtemps sans mettre de crème protectrice pour éviter les coups de soleil. Au contraire, la surexposition est bénéfique, elle est même nécessaire !

Je crois aussi que les Saints ont plongé toute leur existence dans l’Évangile, ils s’y sont immergés. Ils n’ont pas trempé quelques orteils, ils ont plongé tête la première depuis le jour de leur baptême jusqu’à la fin de leur vie terrestre. Même si pour certains, ils y sont allés en plusieurs fois et parfois même à reculons ; une fois qu’ils ont franchi le pas, ils y sont allés à fond

Vous pouvez peut-être trouver audacieux voire irrespectueux de comparer des saints à des personnes qui se font bronzer au soleil de Dieu et qui se baignent dans les profondeurs de l’Évangile, mais être chrétien n’est-ce pas être plongés par le baptême dans l’Amour de Dieu et s’exposer toute sa vie durant à la Lumière de l’Évangile ?

Prises séparément ces béatitudes ressemblent à de jolis proverbes. Mais prises dans leur ensemble ces paroles nous offrent les différentes facettes de l’Évangile que tout disciple est invité à vivre: la pauvreté de cœur, la douceur, la faim de justice, la miséricorde, la pureté de cœur, la paix, mais aussi la persécution et l’épreuve.

André Chouraqui traduit ce « Heureux » par  « En marche » et à l’entendre nous pouvons penser que les béatitudes ouvrent un chemin, celui du disciple, et promettent un avenir ! Oui les béatitudes nous invitent au mouvement. N’aie pas peur nous dit le Christ, Viens suis-moi, je te promets le bonheur même si le chemin sera parfois rude.

Les saints sont aussi des hommes et des femmes qui se sont mis en marche, qui ont fait de leur existence un chemin d’Évangile, parfois au prix de leur vie, et qui ont cherché à donner une place à Dieu dans tous les moments de leur existence.

La fête d’aujourd’hui c’est la fête de tous les saints mais c’est aussi notre fête à tous car nous sommes tous appelés à être des saints. Non pas des gens parfaits mais des vivants passionnés par l’Évangile et par la Joie. Et on peut dire sans se tromper qu’aujourd’hui notre devenir est révélé. Pourquoi ?

Révéler, c’est soulever le voile qui nous masque ce que nous serons au-delà de notre existence terrestre. C’est ce que veut dire le mot apocalypse, notre première lecture. Nous sommes dans cette « foule immense, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. »(Ap 7, 9). Vision grandiose que Jean nous livre, avec toutes les descriptions imagées, symboliques, invitant à entrer dans le mystère de la destinée humaine. C’est le peuple de Dieu, le peuple immense de tous ceux qui, lors de leur pèlerinage terrestre, ont vécu leur humanité selon l’appel de Dieu, peut-être sans le connaître, mais dans la nudité et la vérité de leur condition humaine.

Et voilà que nous y sommes, nous aussi, au milieu cette foule ; révélation anticipée de notre devenir, au-delà de notre vie terrestre. En vêtements blancs, répliques de notre vêtement du baptême ; tenant les palmes à la main, palmes du vainqueur, tel le Christ vainqueur de la mort et qui nous entraîne à sa suite.

Oui, la fête de tous les Saints est toute chargée d’espérance. Car aujourd’hui notre devenir est révélé : cette foule immense ce sont les gens de la vie ordinaire. Les personnes que l’on rencontre dans n’importe quel endroit de ce monde où Dieu nous a appelés et qui est pour nous le lieu de notre sainteté.

Oui, méditons et vivons les Béatitudes de Jésus car, comme le commente si justement notre pape :

Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !

Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté !

Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté !

Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté !

Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté !

Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté !

Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !

Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté !

Vivons chacun la Béatitude qui nous correspond en comptant sur les frères et sœurs pour vivre les autres.  « Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever. »

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, nous redit Jésus, un bon chrétien en chemin vers la sainteté, c’est un chrétien joyeux et semeur de bonheur !

 

Amen

2 novembre 2019 |