Nouvelles de Jérusalem #7

La visite du saint Sépulcre

C’est le frère Stéphane Milovitch, franciscain et gardien du Saint Sépulcre (le tombeau du Christ) qui intervient lors de la visite du samedi organisée par les Dominicains. Il est passionnant. Les chrétiens du premier siècle vénéraient le lieu du tombeau du Christ. L’empereur Hadrien, voulant le profaner en érigeant un temple romain en a ainsi gardé la mémoire. Au IVème siècle, l‘empereur Constantin a fait démolir le temple et a édifié à la place la basilique dite byzantine. Détruite en 1009, elle est reconstruite en deux temps, et c’est la basilique des Croisées que nous admirons aujourd’hui. Portes et fenêtres ont été murées par Saladin en 1187 et pendant longtemps les chrétiens ont dû payer pour pouvoir y entrer deux fois par an. Les franciscains, à force de dialogue et persévérance, en obtiennent la garde en 1306. Mais la clé est confiée à une famille musulmane qui depuis ce jour la transmet de père en fils et l’utilise chaque matin et chaque soir. (cf photo du gardien actuel). Seul témoin de la résurrection du Christ, un pan de la carrière cachée dernière une citerne retrouvée dans la sacristie des franciscains.

Le Saint Sépulcre, lieu œcuménique

La basilique est un lieu de culte pour l’Église universelle, et des milliers de pèlerins du monde entier y entrent chaque jour. Mais c’est aussi et d’abord une église locale, pour les chrétiens du souk, de diverses confessions. Le bazar (« balagan ») à l'intérieur est donc à l’image du souk ! L’'espace est partagé entre les Grecs, les Arméniens et les Latins (franciscains). Ce n’est donc pas un lieu de divisions (qui se sont réalisées ailleurs !) mais l’unique lieu au monde profondément œcuménique puisque chacun peut y prier dans son rite et dans sa langue. Les processions, bien organisées, permettent de se croiser, de se rencontrer. Et la femme qui s’allonge par dévotion sur la pierre de l’onction de l’entrée a "plus de foi que lui" dira le frère Stéphane, puisqu’elle n’a pas besoin de connaitre l’histoire de ce lieu pour vivre ce « cœur à cœur avec Jésus ».

L’entrée en Avent et la préparation de Noël dans la coloc.

C’est Patricia, de Munich, étudiante en théologie, qui a initié l’Avent en accrochant à notre porte deux sachets numérotés que nous devions remplir d’un petit cadeau. Ainsi, chaque jour de décembre, l’une d’entre nous vient chercher son petit paquet. Sabrin nous a monté un sapin à décorer. Et Adèle, Marine et Anne Zélie ont fabriqué en carton et peint une petite crèche. Et pour préparer nos cœurs, les invitations se succèdent : une matinée chez les sœurs melkites de Bethléem, une halte spirituelle chez les bénédictines et un dimanche à Saint Pierre en Gallicante. A la chorale, nous travaillons les chants avec Djamil pour la messe à Bethléem. Et moi j'ai fait de la confiture de citron avec...les citrons du jardin de l'hôpital.

 

L’Avent à l’hôpital.

C’est aussi Sabrin qui s’occupe de la décoration de l’hôpital, avec l’immense sapin à l’entrée. Mais c’est Bayan, Hamsa et moi qui organisons la mise en place des sapins dans les différents services, avec l’aide des patients. Les spectacles se succèdent, des chansons en arabe que les résidents comme les care givers locaux accompagnent en chantant, tapant des mains et même en dansant. J’ai été touchée quand Samar (sans son balai) a dansé avec Alexandre, professeur d’histoire de l’art et écrivain, présent auprès de sa femme Bella en soins palliatifs. Juifs, chrétiens et musulmans aiment faire la fête ensemble à l’hôpital. Bayan et Hamsa, musulmanes, disent que c’est le moment de l’année qu’elles préfèrent.

La soirée chez Ségolène

Nouvelle soirée jeux chez Ségolène, où une table bien garnie et décorée nous attendait. Après un petit match de foot avec Abiel (5ans) nous intégrons Anael (11 ans) à nos jeux. Comme Patricia parle allemand et Larissa portugais, nous jouons au « Code game » en anglais. Il s’agit de retrouver un ou plusieurs mots présentés sur la table à l’aide d’un seul mot   donné par le chef d’équipe. Pas facile ! Mais c’est l’occasion d’exercer notre imagination et de confronter nos représentations ! Pour vous « Jérusalem », ça va avec « cercle » ou avec « grenade » ?

Le marché de Noël à la maison d’Abraham

La Maison d’Abraham a été construite sur le Mont des Oliviers pour accueillir les pèlerins pauvres, quelle que soit leur religion. Il s’agit surtout de chrétiens et de musulmans, car les Juifs craignent la proximité du village de Silwan, fief des Palestiniens. La Maison d’Abraham a aussi pour vocation d’être au service des habitants. Bernard et Sylvie, le couple de laïcs en charge de la gestion du lieu, accueillent une association de femmes palestiniennes qui cuisinent et réalisent des objets traditionnels. Le marché de Noël est l’occasion pour elles de présenter et vendre leurs produits. Nous avons été quelques volontaires à proposer nos services pour l’organisation de ce marché. Aliénor, la kiné de Taybeth qui termine son volontariat en parlant presque couramment l’arabe, a été particulièrement utile, appréciée

La visite de l’hôpital Saint Joseph.

J’avais déjà visité l’hôpital saint Joseph, en octobre, mais les yeux fermés pour cause de vertiges ! Cette fois, c’est sous la houlette de Sister Elisabeth que nous avons découvert cet établissement tout neuf, construit il y a sept ans pour répondre aux besoins des Palestiniens qui ne peuvent pas se faire soigner du côté israélien. Même des habitants de Gaza sont envoyés ici. Le service maternité très moderne nous a impressionnés, avec sa piscine pour accoucher dans l’eau, où les deux parents sont accueillis ! La visite s’est achevée dans le salon de la communauté des sœurs : gâteaux, friandises et quelques douceurs alcoolisées nous attendaient ! Sans parler des fauteuils masseurs américains !

Le départ d’Ulrich

Ulrich est le mari de Véra, notre patiente artiste peintre. Il était photographe et a participé à la mise en place de la salle des photographies à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Il est né à Munich en 1939. Toute sa famille, juive, est morte dans les camps de concentration. Lui a été confié à une communauté de religieuses catholiques, tandis que sa mère, très belle faisait des « affaires pas casher » avec les Allemands pour rester en vie. Elle a récupéré son fils en 1945. J’ai été très touchée en écoutant Ulrich me raconter son histoire. Il passait tout son temps au lit à lire, il ne voulait pas s’arrêter d’apprendre, c’était son bonheur. Il avait dit à Ségolène il y a quelques jours qu’il avait décidé d’être heureux (il était plutôt bougon d’habitude). Et puis il nous a quitté soudainement. A la demande d’Alex, le directeur de l’hôpital, tout le staff a accompagné Véra dans son deuil en vivant un temps de recueillement en souvenir d’Ulrich.

Remerciements

Merci à ma belle-fille Nariné disponible au téléphone pour me traduire ce que voulait me dire la femme d’Igor, en fin de vie, qui ne parle que russe.

Merci à Cezar qui m’a invitée à la messe de l’Immaculée Conception à Sainte Anne : j’ai pu découvrir un autre visage de Marie, celle « en chemin », qui vit dans la lumière de Dieu et ne s’en est jamais séparé.

Merci à Haïm et au fils de Leah pour m'avoir appris à jouer au backgammon. 

Merci aux amis et à ma famille qui entourent ma maman restée seule à Cholet.

Un immense merci à mon frère Grégory, mes fils Matthieu et Lucas et mes neveux Luis et Kilian, qui me font la grande joie d’être près de moi à Jérusalem du 10 au 17 décembre. 

 

Devinette.

Depuis le début de la coupe du monde, que je continue de boycotter malgré les bons résultats de la France et donc l'enthousiasme de mes coloc, je lis sur ma liseuse une saga des années 2000 que je n'avais vue qu'au cinéma  (quand je ne dormais pas). Quelle cette saga?

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