Nouvelles de Jérusalem #14

Ramadan et repas du Seder

Cette année, le Ramadan, la Pâque juive et la Pâque chrétienne ont lieu en même temps. Mes collègues musulmanes doivent se lever à 4h du matin pour manger, puis elles se recouchent un peu avant de venir travailler à l’hôpital. Du coup l’après-midi, elles sont plutôt endormies dans notre bureau ! Surtout Bayan dont la petite fille d’un an ne change pas son rythme et rend donc le Ramadan difficile à vivre ! Le soir, au moment de la rupture du jeûne, à la porte de Damas, c'est la fête.

Le premier jour de Pessah, un repas du Seder était organisé à l’hôpital par une famille reconnaissante des soins palliatifs donnés à sa maman. Le repas du Seder est le moment où les Juifs rappellent la libération d’Égypte et le passage de la mer Rouge à pied sec. Une nourriture spéciale et symbolique est présentée au début du récit. Le repas ensuite est copieux. Et il se termine par des danses. Les patients juifs sont présents, mais les autres en profitent aussi !

Gethsémani

Parmi les nombreuses célébrations du triduum pascal, j’ai particulièrement apprécié celles du Jeudi Saint. La messe à Saint Pierre en Gallicante était en français, menée par les Assomptionnistes, et rassemblait les congrégations francophones. J’aime l’accueil chaleureux et la simplicité de mes amis religieux, et j’ai été touchée par le geste du lavement des pieds effectué par le père Etienne, de Madagascar. Le repas qui a suivi, pour tous les pèlerins, était magnifiquement présenté- avec même deux coqs en plâtre trônant au milieu- grâce au chef cuisinier Issa. J’ai ensuite filé rapidement avec Pierre à l’église de Gethsémani pour y chanter la messe de la Passion, en passant par la vallée du Cédron. C’est par ce même chemin que la procession s’est enfilée, remontant à Saint Pierre et s’arrêtant sur l’escalier de pierres qui date du temps de Jésus et qui n’est accessible que ce soir-là.

La Semaine sainte à Jérusalem

La Semaine sainte à Jérusalem est particulièrement chargée. Des célébrations ont lieu à toutes les heures dans les nombreuses églises latines. Comme je fais partie de la chorale du « Magnificat » des Franciscains, j’étais réquisitionnée à 7h30 et à 21h les jeudi et vendredi, à 7h30 le dimanche matin et toute la journée du lundi. C’est plutôt agréable de passer devant les centaines de paroissiens et touristes agglutinés devant la porte du Saint Sépulcre. Mais quelle galère pour chanter dans un espace réduit alors qu’avec la chorale hongroise invitée, nous étions une cinquantaine ! Cela a donné des situations cocasses ! Mais le plus époustouflant a été de chanter le dimanche matin en même temps que la procession des Rameaux des orthodoxes qui n’ont pas ménagé leurs gongs et clochettes des encensoirs pour faire trois fois le tour du tombeau de Jésus.

Les visites avec les amis : citadelle de David, tombe hérodienne, Saint Pierre en Gallicante, l’hôpital.

Après une semaine en Galilée, mes amis de l’Alliance Assomptionniste se sont installés à Jérusalem et j’ai pu visiter avec eux certains lieux que je ne connaissais pas, et d’autres que je leur ai fait découvrir. Je n’imaginais pas que la citadelle de David, dont l’extérieur ressemble à un château, pouvait se révéler aussi spacieuse, calme et intéressante sur un plan historique. J’ai trouvé un peu glauque le tunnel, qui part du Kotel et aboutit sur la Via Dolorosa en longeant les anciens contreforts de l’esplanade du temple, mais les enfants des nombreuses familles juives qui le visitaient étaient heureux de s’y aventurer. J’ai évidemment fait une visite de l’hôpital avec l’aide documentée de Julien et les réponses médicales de Ségolène aux nombreuses questions de notre ami médecin Yvon. Et bien sûr, Cezar nous a invités à un repas et une visite de Saint Pierre en Gallicante avant le départ du groupe.

Emmaüs

Le lundi de Pâques n’est pas férié en Israël, mais les chrétiens de rite latin se retrouvent dans le village dit d’Emmaüs pour y célébrer le récit de la rencontre de Jésus ressuscité avec deux « pèlerins d’Emmaüs ». En fait, trois villages différents se disputent l’authenticité du lieu. J’étais avec la chorale à Al Qubeibeh, à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem, en Palestine. Propriété des franciscains, c’est là que la congrégation célèbre en arabe, et accueille pour un repas de midi avant les « vêpres » à 14h et le retour à Jérusalem. Surprise : à la fin de la messe, le célébrant distribue des petites miches de pain aux paroissiens.

Le coin spirituel sur les ondes !

La radio catholique française RCF, associée à Radio Notre Dame, a installé ses studios le temps de la semaine sainte chez les Dominicains à l’EBAF et a assuré quatre jours de direct depuis ce lieu. La raison première était la diffusion de toutes les liturgies pascales. Mais aussi nombres de proposition couvrant bien des sujets au-delà du seul religieux : « Servir la paix en Terre sainte », « Jérusalem, hier, aujourd’hui, demain » etc…Cezar, en tant que supérieur de la communauté, et moi-même en tant que laïque assomptionniste, avons été interviewés sur le thème « Saint Pierre en Gallicante : faire mémoire de l’emprisonnement ». Voici le lien pour écouter : https://www.rcf.fr/vie-spirituelle/paques-2023-et-la-semaine-sainte-a-jerusalem?episode=360558

Et après ?

Mes amis sont repartis, la pluie est arrivée avec l’orage, pendant plusieurs jours. Une visite du samedi est prévue avec les Dominicains, mais je n’irai pas, car je dois travailler le weekend pour pouvoir accueillir d’autres amis dans les jours qui viennent. Quels amis? Surprise ! A l’hôpital, les activités continuent : Revital a deux chiens maintenant, pour le grand bonheur des patients. Moi j’ai perdu mon chat, Rouss, qui a fini sa vie chez mon amie Christine, après dix-sept années de câlins.

A Jérusalem, on ne s’ennuie jamais, c’est une ville monde qui est sans cesse à découvrir et une année est bien loin de suffire pour la parcourir et aussi pour améliorer la qualité des soins et du travail à l’hôpital. Mais j’ai pris ma décision. Quand Jésus apparait à Marie Madeleine près du tombeau vide, il lui dit qu’il rejoindra ses disciples en Galilée, c’est-à-dire le lieu d’où ils sont originaires. Je sais maintenant que ma Galilée à moi, c’est la France. J’y reviendrai donc début août car une autre mission m’attend : une naissance s’annonce chez Vincent et Nariné à Strasbourg ! Il va me falloir apprendre à être grand-mère !

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