Nouvelles de Jérusalem #19

Un petit voyage avec les salariés de l’hôpital

Alex, notre directeur nous a proposé deux jours de visites dans le nord du pays. En deux groupes évidemment afin de ne pas laisser les malades tout seuls ! Nous sommes donc partis en bus jusqu’au plateau du Golan en passant par Haïfa et Tibérias. Après de beaux moments à l’hôtel Golan et sa piscine (il faisait 43 degrés à l’extérieur !) nous avons marché le long des sources du Jourdain à l’ombre des pins qui le bordent. Les Palestiniens ne nagent pas très bien car les piscines sont rares et chères à Jérusalem, mais ils sont heureux dans l’eau et leur rapport au corps est à la fois pudique, respectueux et apaisé. Pour les repas, Sabreen, notre intendante, avait apporté d’énormes couffins avec à l'intérieur du riz, des légumes et de viande cuisinés, ainsi que de la boisson à volonté. Seule à ne pas parler arabe, j’ai vécu ces deux jours en accueillant la joie de mes collègues, heureux de se retrouver dans un contexte autre que le travail.

Encore des musées, mais pas n’importe lesquels !

Je voulais découvrir le musée (et la tombe) de Yasser Arafat à Ramallah, et retourner au musée d’Israël pour des expositions temporaires et les tableaux impressionnistes. Après la visite du bunker d’Arafat, les amis de Christophe (l’expat de Tel Aviv rencontré chez les Dominicains) et moi, avons longuement discuté sur l’histoire de cet homme politique qui a tenté de négocier un partage juste de la Palestine après 1948. Nous avons ainsi passé l'après-midi dans un magnifique bar ombragé qui n’a rien à envier à nos guinguettes françaises !

 Pour se rendre au musée d’Israël, nous avons dû nous frayer un chemin au milieu des nombreux manifestants israéliens : les lois qui diminuent le pouvoir de la Cour Suprême devaient être votées le lendemain. Les tableaux paisibles et verdoyants de Van Gogh et Monet m’ont doucement ramenée en pensée vers la France. J’ai été étonnée de l’intérêt des enfants pour la peinture, expliquée avec beaucoup de pédagogie par une guide du musée.

La visite au Carmel avec Ella, Latrun et l’au revoir des Bénédictines.

Je ne partirai pas sans avoir la nostalgie des monastères et de celles et ceux qui y habitent. Rachel, la religieuse carmélite avec qui j’ai appris l’hébreu nous a invitées, Ella, la prof d’hébreu et moi, à lui rendre visite au Carmel du Pater. Ella n’était jamais venue au Mont des Oliviers car c’est la partie est de Jérusalem, donc arabe, bien que des colons y habitent aussi. Ella a posé beaucoup de questions à Rachel sur sa vocation et sa vie quotidienne au couvent. Ensemble nous sommes montées sur le toit pour admirer la vue à 360 degrés sur Jérusalem jusqu'à la mer Morte et la Jordanie à l’est !

Avec Christophe, j’ai découvert le monastère cistercien de Latrun où les moines fabriquent du vin, comme à Cîteaux en Bourgogne. Après la prière de midi, nous avons été invités à manger, et avons beaucoup appris de Johnny, un chrétien orthodoxe de Bethléem qui vient depuis vingt ans demander des conseils au père Luis.

Quel bonheur enfin de nous retrouver avec les volontaires dans le jardin des bénédictines, au milieu des oliviers pour un dernier repas, une dernière prière ensemble, un dernier coucher de soleil sur la ville de Jérusalem.

 Toutes ces belles personnes vont me manquer.

Spiritualité : une dernière messe au tombeau

Il faut se lever tôt pour pouvoir participer à une messe au tombeau. Stéphane, prêtre de Paris et étudiant avec moi à l’institut Polis, nous a invités, Victoire, Julien, Noémie et moi à une dernière messe. Quelle émotion ! J’avais en tête le livre de Éric Emmanuel Schmidt « Le défi de Jérusalem » qui racontait son « extase » au Golgotha, et je me disais qu’au fond, je n’ai pas besoin de sentir comme lui une présence puisque, chrétienne, je crois ce que Jésus dit dans l’évangile de Matthieu « Et moi, je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ». Pourtant, il m’a été donné ce jour-là de vraiment ressentir cette présence. Ou plutôt, de comprendre comment il en témoigne à travers nous.

Départ

Un repas à la coloc avec Jean Glory, la douche surprise de Marine lors de son dernier shift, la petite fête à l’hôpital pour dire merci à Bayan qui a trouvé un autre travail, une dernière messe matinale à Saint Pierre en Gallicante, un dernier petit déjeuner avec la communauté et nous voilà en route Victoire, Julien et moi, mais aussi Alexandre et Jean Sostène, deux étudiants parisiens, pour l’aéroport. Nous étions inquiets de passer la sécurité, nous savions que nous pouvions être interrogés deux ou trois heures, au risque de louper notre avion. Mais tout s’est bien passé. Je termine cette dernière Nouvelle de Jérusalem depuis la Vendée où j’ai rejoint ma famille. Il fait 19 degrés, il pleut le matin, le vent souffle fort et je me surprends à aimer le sentir sur ma peau. J’apprécie les bons petits plats que m’a préparés ma belle-sœur, et aussi le fromage, la charcuterie et le boudin aux pommes.

Remerciements

Un grand merci à l’hôpital Saint Louis, Alex et Ségolène, Sister Elisabeth, Hamsa et Bayan, et tous les workers. Aux malades et en particulier Masfen, Sylvia, Haïm et Daniel. Aux volontaires, Clara, Adèle, Patricia, Noémie, Caroline, Julien, Victoire, Anna Marie, Emaly, Sybille, Emmanuelle, Anne-Zélie, Agathe, Marine, Larissa, Léna…

Un grand merci à la communauté des Assomptionnistes et des oblates de Saint Pierre en Gallicante, tout spécialement à Cezar. Et à toutes les belles personnes rencontrées en chemin, dont Ella et les élèves de la classe d’hébreu.

Un grand merci à mes parents qui m’ont donné la possibilité financière de réaliser mon rêve, à mon frère Grégory et sa moto, et à Lucas mon fils qui ont achevé de me décider à partir. Et au reste de ma famille qui m’ont soutenue moralement tout le long de l’année.

Un grand merci à Christine et Monique qui ont gardé Rouss, mon chat ; à Pascale, Béatrice et Ophélie qui ont pris soin de mon appartement, et à Luis de ma voiture.

Un grand merci à tous ceux qui sont venus me visiter : Lucas, Matthieu, Grégory, Luis, Kilian, Pierre, Vincent, Bénédicte, Yvon, Christine, Didier, Jean-Jacques et Lucas.

Un grand merci à tous les amis et la famille qui m’ont donné des nouvelles en retour de mes nouvelles : c’est moins difficile d’atterrir aujourd’hui !

Et enfin un grand merci à vous tous, mes lecteurs, qui m’ont encouragée à continuer d’écrire et de raconter. 

Je confie à vos pensées et vos prières mon futur petit-fils ainsi que le bébé de Victoire et Julien conçu à Jérusalem, qui naîtra en janvier prochain. 

« La joie de se donner est rare et elle n’a pas de prix : elle porte la signature du Royaume » Nicolas Tarralle, Assomptionniste.

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