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Arrivée en Israël

Le voyage a été paisible après un contrôle « aléatoire » à la douane. Avant de partir je me suis fait un petit plaisir : manger un croissant avec un café americano à la gare. Y aura-t-il des croissants à Jérusalem ?

Au-dessus de la Méditerranée, les nuages portent bien leur nom de moutons blancs. J’ai une pensée triste pour tous les migrants qui perdent la vie dans cette immensité.

L’arrivée en Israël se fait par le nord. La terre est aride, les collines hautes et rondes, on voit les couches superposées de roches qui les composent. Un bon outil pédagogique pour un géographe en fonction ! Pas de routes sinueuses pour cyclistes courageux ici : elles contournent ou se nichent au fond des vallées ! Et l’architecture des villages, des quartiers, suit cette disposition en cercle ou spirale. Je suis émue de cette découverte qui me fait entrer dans la culture du Moyen Orient.

L’accueil à Jérusalem

Deux sœurs irakiennes sont venues me chercher à l’aéroport, avec Clara, ma colocataire française, volontaire DCC depuis février. Par chance, c’est le début du Shabbat, il y a moins de circulation. La sœur roule très vite, me fait penser bien sûr au film La grande Vadrouille, mais la voiture est hyper connectée, et la climatisation est de mise (pas de grands voiles au vent !). Nous parlons en français, en anglais, mais entre elles, c’est en arabe. J’apprendrai plus tard que j’ai eu l’immense honneur d’être pilotée par la mère supérieure de la communauté des Sœurs de saint Joseph de l’Apparition, directrice de l’hôpital Saint Louis mais aussi de l’hôpital Saint Joseph, une maternité pour tous à Jérusalem. 

La colocation

Après nous avoir déposées rapidement à l’entrée arrière de l’hôpital, les sœurs repartent très vite. Clara et moi franchissons une lourde porte en fer. Un immense escalier de pierre monte jusqu’au deuxième étage. Une odeur de lessive imprègne les murs et un bruit d’aspirateur (la climatisation extérieure en fait) nous surprend au premier. Il faut monter rapidement, malgré la lourde valise, car la lumière s’éteint en cours de l’ascension et nous continuons dans l’obscurité. Avec le temps, j’apprendrai à gérer la vitesse de mes pas pour éviter cet inconvénient. Derrière une autre porte épaisse, l’appartement se révèle spacieux, et surtout climatisé. Il fait 32 degrés en moyenne la journée en Israël et la chaleur ne descend vraiment que lorsque le soleil est couché. Ce qui arrive très vite : à 19h, heure locale (une heure plus tôt qu’en France), il fait déjà presque nuit.

Les colocataires

Dans la grande cuisine qui fait aussi salon, les jeunes locataires m’accueillent chaleureusement. Elles sont allemandes, hollandaises, et deux françaises se joignent à elles. Nous parlons toutes en anglais. Elles viennent ou reviennent, quinze jours, six mois, un an pour Patricia qui est étudiante en théologie. Elles sont là pour donner un coup de main, qui s’avère indispensable en réalité. A part Léa qui est étudiante en médecine et Clara qui est aide-soignante de profession, toutes ont appris sur le terrain. Il y a aussi deux jeunes allemands qui vivent au rez-de-chaussée. Et j’ai la joie d’accueillir, une semaine après mon arrivée, Julien et Victoire. Julien va travailler comme chargé de communication et de recherche de fond avec Alex, le directeur de l’hôpital. Mais il sera aussi avec nous dans les services un jour par semaine, pour « savoir de quoi il parle ».

 La pièce principale est longée par un balcon assez large pour prendre le petit déjeuner le matin, avant que le soleil ne soit trop chaud, et pour de longues soirées nocturnes autour d’un verre de vin apporté par Sabrin, notre référence coloc de l’hôpital.

Je m’installe dans ma chambre, petite mais confortable et climatisée.

Premières visites

Mon premier jour correspond au shabbat, jour de fête pour les juifs. Ils sont nombreux à se presser vers la porte de Jaffa qui est l’entrée principale de la vieille ville, la plus ancienne. Moi je passe par la New Gate (porte neuve), juste en face de l’hôpital. J’entre ainsi dans le quartier chrétien. Les rues sont étroites et sinueuses, il est facile de s’y perdre. Après la porte de Jaffa, que je découvre de l’intérieur et où je repère un point information (nous y prendrons des plans bien utiles plus tard) j’entre dans le quartier arménien. Un homme positionné au milieu de la rue me signale que l’église arménienne en face est exceptionnellement ouverte et que c’est la plus belle de la ville. Bien sûr, son magasin m’attend aussi ! J’entre et peux entendre les belles voix graves, profondes, des religieux qui officient. C’est magnifique. Je remercie le commerçant, que je saluerai maintenant chaque fois au passage, dans cette rue qui mène aussi à la porte de Sion et plus loin à Saint Pierre en Gallicante.

En suivant les quelques rares touristes ce jour-là et surtout les familles juives « endimanchés » -le mot n’est pas très adapté bien que juste - j’arrive au Kotel, ce que nous appelons en France « le Mur des Lamentations ». C’est mon premier coup de cœur. Les photos sont interdites le samedi, mais un guide semble les autoriser de loin. J’oserai m’approcher seulement le lendemain, avec Clara qui est en cours de conversion au judaïsme. Un jour, je mettrai un petit mot entre les fentes des pierres.

Le travail à l'hôpital

Je commence dès le lundi matin à 7h. Je dois rencontrer Ségolène, l’infirmière chef, française, ce qui est plutôt reposant pour moi qui jongle entre l’allemand et l’anglais depuis trois jours, tout en me remémorant des mots de russe et d’hébreu. Je dois attendre une heure un quart dans le couloir (immense) car avec moi sont arrivées deux contrôleuses du ministère de la santé, qui n’ont pas l’air commode. J’en profite pour m’imprégner de la vie de l’hôpital. Il est tout entier installé sur un étage au plafond immense, et je regarde circuler les aides-soignants, les malades. On me salue, le plus souvent en arabe. J’admire la patience, la douceur et le sourire visible sous le masque de Ségolène, la sérénité et l’attention d’Alex qui a rejoint le groupe. Tous deux sont désolés de me faire attendre. Je suis déconcertée par la violence de ces contrôles, répétés régulièrement, me dit-on.

Enfin, affublée de mon uniforme blanc, me voilà dans le « side A » (aile A) auprès des malades de gériatrie. J’écoute, j’observe, je me sens démunie. Je serai plus active le lendemain dans le side C, en soins palliatifs. Après le rapport du matin pendant lequel l’infirmière évoque chaque patient tour à tour, avec ses besoins, ses difficultés du jour, nous commençons les toilettes. Nous sommes quatre et travaillons très souvent en binôme car les patients sont lourds et être à deux permet de les mobiliser avec plus de douceur et de facilité. Je connais les gestes du soin, mais ici, les soignants sont souvent beaucoup plus rapides que moi. Parfois c’est mieux, parfois ce n’est pas du goût des patients. J’apprendrai peu à peu à m’adapter, à écouter…dans toutes les langues locales. Et à parler…Mais comment savoir s’il faut dire Shalom, Boquer tov (salut, bonjour) ou Dobre outra (idem en russe), ou good Morning (à défaut de parler arabe !) …Les mots se mêlent dans ma tête et dans ma bouche, je peux commencer en hébreu, continuer en russe et finir, fatiguée, en anglais. Je baragouine quoi, comme on dit chez nous (sachant que « baragouiner » est un mot breton qui désigne le pain-bara- et le vin-gwin !).

 

Spiritualité

La chapelle de l’hôpital est au fond du couloir du rez-de-chaussée. C’est d’abord un très bon repère pour trouver la cuisine, où les locataires vont chercher leur repas midi et soir. Suzanne et Emilias sont les anges gardiens de nos estomacs affamés. Les offices sont inexistants. Sœur Klausia, maîtresse es visa (ce n’est pas rien !), nous dit que les quatre sœurs sont trop âgées et occupées et pas assez nombreuses pour vraiment prier ensemble les psaumes. Alors « on prie vite et hop ! ». Il y a quand même une messe à 16H le jeudi.

Le premier dimanche, je suis allée tout près dans la magnifique église Notre Dame de Jérusalem (ex « de France »). Je vous raconterai son histoire une autre fois. La messe en anglais était joyeuse, l’homélie réalisé par un prêtre dynamique. Le second dimanche, les volontaires de la DCC se sont retrouvés chez les Grecs catholiques melkites. Un décorum splendide, des vêtements liturgiques dorés, des voix puissantes…des processions précédées de grands coups d’encensoirs…tout cela en arabe. Nos sens ont été comblés…un peu moins notre besoin de nous nourrir des commentaires de la parole de Dieu. La prochaine fois, nous irons chez les Dominicains, qui célèbrent en français.

 

Les versets des psaumes qui font échos 

Je t’appelle, toi le Dieu qui réponds : écoute-moi, entends ce que je dis. Garde-moi comme la prunelle de l’œil, à l’ombre de tes ailes, cache-moi. (Psaume 16, 6-8)

Esprit de Dieu, très pur Amour, descends dans notre nuit obscure… (Hymne, liturgie des heures)

Mon père a fait une crise cardiaque une semaine après mon arrivée. Au moment où j’écris, il est en réanimation et nous ne savons pas comment son état évoluera. Je le confie à vos prières et pensées affectueuses.

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