Le travail à l'hôpital
Je commence dès le lundi matin à 7h. Je dois rencontrer Ségolène, l’infirmière chef, française, ce qui est plutôt reposant pour moi qui jongle entre l’allemand et l’anglais depuis trois jours, tout en me remémorant des mots de russe et d’hébreu. Je dois attendre une heure un quart dans le couloir (immense) car avec moi sont arrivées deux contrôleuses du ministère de la santé, qui n’ont pas l’air commode. J’en profite pour m’imprégner de la vie de l’hôpital. Il est tout entier installé sur un étage au plafond immense, et je regarde circuler les aides-soignants, les malades. On me salue, le plus souvent en arabe. J’admire la patience, la douceur et le sourire visible sous le masque de Ségolène, la sérénité et l’attention d’Alex qui a rejoint le groupe. Tous deux sont désolés de me faire attendre. Je suis déconcertée par la violence de ces contrôles, répétés régulièrement, me dit-on.
Enfin, affublée de mon uniforme blanc, me voilà dans le « side A » (aile A) auprès des malades de gériatrie. J’écoute, j’observe, je me sens démunie. Je serai plus active le lendemain dans le side C, en soins palliatifs. Après le rapport du matin pendant lequel l’infirmière évoque chaque patient tour à tour, avec ses besoins, ses difficultés du jour, nous commençons les toilettes. Nous sommes quatre et travaillons très souvent en binôme car les patients sont lourds et être à deux permet de les mobiliser avec plus de douceur et de facilité. Je connais les gestes du soin, mais ici, les soignants sont souvent beaucoup plus rapides que moi. Parfois c’est mieux, parfois ce n’est pas du goût des patients. J’apprendrai peu à peu à m’adapter, à écouter…dans toutes les langues locales. Et à parler…Mais comment savoir s’il faut dire Shalom, Boquer tov (salut, bonjour) ou Dobre outra (idem en russe), ou good Morning (à défaut de parler arabe !) …Les mots se mêlent dans ma tête et dans ma bouche, je peux commencer en hébreu, continuer en russe et finir, fatiguée, en anglais. Je baragouine quoi, comme on dit chez nous (sachant que « baragouiner » est un mot breton qui désigne le pain-bara- et le vin-gwin !).